Thierry Gazan

L’inquiétude du bonheur

La question du bonheur semble être une véritable obsession à notre époque, à tel point qu’elle est devenue paradoxalement un nouveau souci, une nouvelle inquiétude. Certains en sont venus à penser par réaction que le plus sûr moyen d’être heureux c’est de ne plus y penser. Cette remarque ne manque pas de pertinence et cependant on peut tenter de comprendre ce paradoxe.

L’émotivité, un atout féminin incompris

L’émotivité, voilà ce dont on a le droit de parler sans honte en occident depuis peu de temps : tout au plus une quarantaine d’années, bien que le terrain fut préparé par Freud dès la fin du 19ème siècle.

De nombreux philosophes ont su souligner la cruciale importance de l’émotion en tant que marque d’humanité. L’instinct de survie serait parfaitement inopérant sans émotion visant à signaler un danger. En effet, la morale conçue par les philosophes a toujours été fondée sur des émotions telles que la pitié, ou l’indignation voire même la colère. De plus, sans une émotion de nature esthétique supposant de la part d’un individu une hypersensibilité, comment concevoir cette efflorescence de toutes les formes d’art que nous connaissons ?

L’addiction alimentaire, un sens caché de l’ennui

Car il est clair que tout ennui est souffrance. Mais dans un ennui contextuel, cette souffrance est confuse et n’a rien d’aigu. Cette confusion est due au fait que ces futilités procurent aussi du plaisir. Cependant, la souffrance peut l’emporter, physiquement, si l’on a choisi l’alcool, la nourriture, la drogue et psychiquement, si l’aspect dérisoire de certains loisirs l’emporte sur le plaisir.