La Fibromyalgie Partie 2 : Approche holistique en médecine nutritionnelle

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La fibromyalgie Partie 1 : Nouvelles hypothèses médicales

Introduction

La fibromyalgie est un syndrome caractérisé par des symptômes cliniques relativement généraux et handicapants (fatigue, douleurs chroniques, trouble du sommeil, etc.). Les causes sont encore peu connues et probablement multiples. On a relié ce syndrome à diverses origines possibles (stress chronique, syndrome psychosomatique, intoxications aux métaux lourds, virus, maladie de Lyme, candidose, etc.), ceci sans aucune confirmation scientifique, malgré des années de recherche. Nous avons vu dans la première partie de cet article que la fibromyalgie est caractérisée par des perturbations complexes impliquant le métabolisme énergétique (mitochondries), le microbiote intestinal, l’équilibre hormonal (thyroïde et surrénales) ainsi que les neurotransmetteurs du cerveau. Ces désordres fonctionnels peuvent expliquer des manifestations cliniques telles qu’un seuil de douleur abaissé, une fatigue chronique, des troubles intestinaux, des troubles cognitifs et même un état anxio-dépressif. L’approche en médecine fonctionnelle et nutritionnelle va consister à rééquilibrer le mieux possible ces perturbations qui sont souvent méconnues par la médecine classique. Probablement chaque personne souffrant de fibromyalgie a des déséquilibres qui lui sont propres. Il est nécessaire de les individualiser et de les prendre en charge si l’on veut améliorer l’état de santé de la personne souffrant de fibromyalgie. Dans cette maladie, quatre grandes perturbations doivent être évaluées et corrigées, à savoir ;

  • Les perturbations de la fonction de l’intestin et du microbiote
  • Les perturbations de la production d’énergie des mitochondries
  • Les perturbations des hormones de stress et des neurotransmetteurs du cerveau
  • Les déséquilibres fonctionnels éventuels de la thyroïde

A. Prendre en charge l’intestin et le microbiote

La fibromyalgie est fréquemment associée à des troubles gastro-intestinaux dont le plus connu est le colon irritable. En effet, selon les études, entre 30 % à 80 % des personnes souffrant de fibromyalgie souffrent d’un colon irritable. Le colon irritable est caractérisé par une augmentation de la perception de la douleur de l’intestin. Cette hypersensibilité (hyperalgésie) est similaire à celle ressentie dans les muscles ou les tissus mous tels que la peau et correspond à une hypersensibilité centrale caractéristique de la fibromyalgie. Dans ces deux pathologies, il existe un déséquilibre de la sérotonine qui joue un rôle dans la motricité intestinale et la perception de la douleur.

D’autre part, le microbiote semble jouer un rôle déterminant dans ce syndrome à travers son impact sur l’immunité et le cerveau. On sait également que les bactéries peuvent libérer des métabolites pouvant perturber notre humeur et nos perceptions de la douleur. La recherche est active dans ce domaine et de plus en plus d’études se penchent sur le rôle possible de certains probiotiques, appelés psychobiotiques  pouvant influencer notre cerveau. En médecine fonctionnelle et nutritionnelle, on va rechercher surtout un déséquilibre de l’écosystème intestinal appelé dysbiose, en relation avec un excès de bactéries pathogènes, une candidose, des virus ou même éventuellement des parasites. Une attention particulière est focalisée sur la recherche d’une pullulation bactérienne de l’intestin grêle appelée SIBO ainsi que sur le rôle d’intolérances alimentaires pouvant entretenir une inflammation de la muqueuse et une perméabilité intestinale accrue.

Afin de faire le point sur notre intestin, on peut envisager 3 types d’explorations, à savoir :

– Une recherche de germes pathogènes par une analyse de selles

Pour rechercher des bactéries pathogènes, des champignons ou des parasites, le mieux serait d’utiliser des tests récents basés sur l’ADN des organismes. Les analyses par séquençage d’ADN du microbiote sont probablement les tests qui vont prochainement le plus se développer. Ces tests permettent déjà d’analyser notre écosystème intestinal de façon assez objective. Par exemple, le test appelé GI-MAP permet d’évaluer quantitativement les bonnes bactéries (probiotiques) des mauvaises bactéries (pathogènes), ainsi que de mettre en lumière des organismes opportunistes (par exemple candidose, parasites).

– Une recherche d’intolérances alimentaires par une prise de sang

Il existe plusieurs méthodes pour rechercher des intolérances alimentaires. La plus utilisée est le dosage d’IgG alimentaire. Le dosage des IgG alimentaires reste relativement critiqué par le corps médical en raison de son manque de corrélation clinique. Toutefois, ces dosages indiquent souvent la présence d’une perméabilité intestinale et/ou d’une perte de la tolérance immunitaire. Dans un premier temps, l’élimination des aliments réactifs peut améliorer certains symptômes et au fur à mesure de l’amélioration de la fonction digestive et de la guérison de l’intestin, on peut progressivement réintroduire la plupart des aliments éliminés. Malgré des résultats intéressants dans la clinique, le rôle des intolérances alimentaires reste toutefois peu documenté dans la fibromyalgie, à part le gluten dont le rôle perturbateur possible dans la fibromyalgie a été souvent évoqué (1-3). Ceci peut être expliqué par la difficulté à digérer complètement la protéine du gluten et son influence sur la perméabilité intestinale.

– Une recherche d’un SIBO par un test respiratoire au lactulose

Ce test sert à déterminer une fermentation bactérienne excessive au niveau de l’intestin grêle, appelé SIBO. Un grand pourcentage des symptômes de type côlon irritable (ballonnements, gaz, crampes, selles défaites ou constipation) correspond en réalité à un SIBO. Il s’agit d’une condition dans laquelle les bactéries de l’intestin grêle pullulent anormalement et leur fermentation provoque la plupart des troubles digestifs. Le SIBO favorise également une perméabilité intestinale et secondairement une inflammation et une hyperactivité immunitaire (4).

La recherche médicale suspecte que, lors d’une perméabilité intestinale accrue, le passage dans le sang d’endotoxines bactériennes (LPS) peut entraîner secondairement une micro-inflammation cérébrale perturbant la chimie cérébrale et les conductions nerveuses. Cela peut mener à une augmentation du seuil de la douleur et une hyperalgésie caractéristique de la fibromyalgie. De plus, certaines toxines produites par des bactéries pathogènes peuvent affecter également le fonctionnement des mitochondries, responsables de la production d’énergie, ce qui peut entraîner une fatigue chronique. Dans ce cas, l’éradication de cette fermentation par des plantes antimicrobiennes (acide caprylique, berbérine, Citrobiotic, etc.) ou des huiles essentielles (HE origan, cannelle, etc.) associées à une diète pauvre en glucides et en aliments fermentescibles (FODMAP) permet d’améliorer les symptômes digestifs, mais également les symptômes plus généraux comme la douleur, la fatigue et les troubles du sommeil (5,6).

B. Soutenir la production d’énergie des mitochondries

La production de notre énergie provient de petites structures dans la cellule appelée mitochondries. Elles produisent 95 % de l’énergie de notre corps en convertissant l’oxygène et nos substrats alimentaires en ATP qui est la monnaie énergétique de notre organisme. Les mitochondries sont toutefois très sensibles au stress oxydatif et leur dysfonctionnement peut être responsable de diverses maladies dégénératives (fatigue chronique, cancer, diabète, maladies cardio-vasculaires, etc.). Nous avons vu dans la première partie de l’article que de nombreuses études récentes indiquent que le stress oxydatif semble jouer un rôle déterminant dans la fibromyalgie.

Des tests sanguins et urinaires peuvent indiquer un excès de stress oxydatif. Par exemple, le dosage des LDL oxydés ou du 8-hydroxyguanosine représente des bio-marqueurs intéressants du stress oxydatif. On peut également évaluer les défenses antioxydantes d’un individu à la recherche de carences (vitamines A, E, C, zinc, sélénium, CoQ10, SOD, GPX etc.).

Pour prendre en charge un stress oxydatif, il ne faut pas se contenter de donner des antioxydants, mais il faut surtout améliorer les facteurs générateurs de stress oxydatif tels que l’inflammation, le stress, la malbouffe ou les toxines de l’environnement qui peuvent entraîner un excès de radicaux libres et abîmer nos mitochondries. Cela est d’autant plus préoccupant que notre environnement est rempli de produits chimiques et de polluants qui interfèrent avec nous (cigarettes, pesticides, médicaments, parfums, cosmétiques, produits de nettoyages, désinfectants, etc.). C’est pourquoi il est conseillé de s’exposer le moins possible aux polluants et produits chimiques. Pour cela, on ne peut que conseiller de ne pas fumer, de manger sainement, sans pesticides ou conservant, d’utiliser si possible des produits pour le corps et des produits de nettoyage avec le moins de produits chimiques possibles. Un certain nombre de compléments   antioxydants peuvent également soutenir le fonctionnement des mitochondries. Ici nous allons principalement évoquer les plus documentés dans la fibromyalgie, bien qu’il en existe de nombreux autres qui ont été sujet d’étude tels que le D-ribose (7) ou le resvératrol.

Le Coenzyme Q10

C’est un antioxydant important jouant un rôle essentiel dans la formation d’ATP de la mitochondrie. Il est plus présent dans les organes qui ont le plus besoin d’énergie tels que les muscles, le cœur, le foie ou les reins. Les statines qui sont un des médicaments les plus prescrits contre le cholestérol affectent la production de CoQ10. Plusieurs études ont montré son intérêt dans la fibromyalgie (8,9).

La L-Carnitine,

La L-carnitine est nécessaire pour faire rentrer les graisses dans la mitochondrie et produire de l’énergie ATP. Une baisse de la carnitine peut réduire notre production d’énergie ATP. La carnitine est produite à partir de deux acides aminés (lysine, méthionine), mais elle peut être directement amenée par la viande. C’est un des compléments alimentaires les plus étudiés dans la fatigue chronique (10,11).

Les vitamines B

Ces vitamines B jouent presque toutes un rôle important comme coenzyme dans notre métabolisme énergétique et la production d’ATP que ce soit la thiamine (B1), la riboflavine (B2), la niacine (B3), la pyridoxine (B6), l’acide folique (B9) ou la cobalamine (B12). L’utilisation de ces complexes a des effets positifs sur les dysfonctions des mitochondries. Les vitamines les plus étudiées dans la fibromyalgie sont les vitamines B12 et B9 (12).

Le Magnésium

Le magnésium joue également un rôle vital dans la fonction des mitochondries. Par exemple l’ATP, pour être biologiquement activé, doit être associé à un ion magnésium (Mg-ATP). Le magnésium a démontré être utile dans la fibromyalgie (13,14).

C. Rééquilibrer les hormones de stress et les neurotransmetteurs

Chez toute personne fatiguée, il est nécessaire d’évaluer la fonction des glandes surrénales et éventuellement des neurotransmetteurs cérébraux. En effet, lors d’un stress chronique, on constate une augmentation des catécholamines (adrénaline, noradrénaline) produites par les glandes surrénales, associée à une hyperstimulation du système nerveux sympathique. Le cortisol, également produit par les glandes surrénales, est une autre hormone de stress donc son dosage peut indiquer une dysfonction des surrénales. Le cortisol en excès peut être le reflet d’un stress chronique qui risque à la longue d’épuiser nos réserves physiologiques. Dans la fibromyalgie, on peut observer aussi un cortisol bas avec une augmentation des catécholamines, ce schéma est également retrouvé dans le stress post-traumatique. Cela peut expliquer, la survenue d’une fibromyalgie chez des personnes sous stress important ou lors d’événements traumatisants (traumatisme psychologique, abus, etc.).

Tests utiles dans l’évaluation du stress et des neurotransmetteurs

·       Une analyse des neurotransmetteurs urinaires

Ce test peut permettre d’évaluer certains neurotransmetteurs tels que la dopamine, la noradrénaline ou la sérotonine. Un excès de noradrénaline peut confirmer un état de stress et d’anxiété alors qu’une baisse de l’excrétion urinaire de la sérotonine (5-HIAA) peut indiquer une réduction de la production globale de sérotonine pouvant être corrélée avec une augmentation de la perception douloureuse, des troubles du sommeil, une dépression ou un colon irritable. Le plus souvent la baisse de sérotonine dans la fibromyalgie est en relation avec une neuro-inflammation déviant la voie de la sérotonine (kynurenine pathway) (15).

·       Un profil salivaire de cortisol dans la journée

Pour analyser le stress surrénalien, on peut effectuer un profil de cortisol salivaire sur la journée (à 4 moments de la journée). En effet, le cortisol suit un cycle journalier, il est maximum le matin avec des valeurs plus basses en fin de journée et surtout la nuit. Une anomalie du cycle circadien du cortisol sur 24 h ainsi qu’une DHEA sulfate basse peuvent indiquer un stress prolongé et un trouble de l’adaptation des glandes surrénales dans la fibromyalgie (16).

Prendre en charge la dépression, l’anxiété et la fatigue des surrénales

En même temps que l’on envisage une approche nutritionnelle adaptée, il est nécessaire également d’avoir une alimentation adaptée au stress (chrononutrition, alimentation pauvre en sucres avec apport de bonnes graisses et protéines), ainsi que d’avoir une bonne hygiène du sommeil et d’envisager une technique de gestion du stress (par exemple : cohérence cardiaque, méditation) (17). Souvent un soutien psychologique est également nécessaire. Maintenant, nous allons voir quelques stratégies nutritionnelles et en phytothérapie selon les plaintes et les bilans.

  • En cas de stress et d’anxiété

Il faut soutenir le système GABA qui est un neurotransmetteur à action anxiolytique et qui permet de pacifier nos humeurs. En effet, l’augmentation des niveaux de GABA va permettre de réduire l’anxiété, les tensions musculaires et améliorer le sommeil. La plupart des anxiolytiques (Xanax, Lexotanil, etc.) augmente l’effet GABA dans notre cerveau, mais avec des effets secondaires au long court et des risques d’addiction médicamenteuse. C’est pourquoi il préférable de prendre des produits naturels tels que la L théanine (18), le GABA ou des plantes calmantes comme la Valériane, la Mélisse ou la Passiflore.

En pratique de prendre seul ou en combinaison :

  • L-theanine, 100 mg matin et soir, on peut augmenter à 2 x 200 mg/jour
  • GABA fermenté (pharmaGABA de chez supersmart 1 à 2cp par jour)
  • Passiflore, Mélisse, Valériane ensemble en EPS (1 càc 2x par jour) ou en TM 3x 20 à 30gtts/j
  • En cas de baisse de l’humeur et dépression

À la place de prescrire un antidépresseur, on peut opter pour la prescription d’un précurseur de la sérotonine comme le tryptophane ou le 5HTP (5-hydroxytryptophan) qui va permettre d’améliorer le sommeil et l’humeur ainsi que d’améliorer le seuil de la douleur. Bien qu’il est préférable de ne pas l’associer avec un antidépresseur, sa prescription peut être indiquée en association avec un antidépresseur SSRI en cas de dépression résistante aux médicaments antidépresseurs, mais pour cela demande un suivi par un médecin.

Le millepertuis agit comme un antidépresseur en inhibant la recapture synaptique de neurotransmetteurs comme la sérotonine ou la noradrénaline. C’est une alternative en phytothérapie du 5HTP et donc il faut éviter de les prendre ensemble. Cette plante est connue également pour des problèmes d’interaction avec d’autres plantes ou médicaments (par exemple, la pilule contraceptive), ce qui doit nous rendre prudents lors de la prise d’autres médicaments.

Le SAMe (S-adenosylmethionine)est un acide aminé qui permet de soutenir la production de sérotonine, noradrénaline et dopamine. Plusieurs études montrent un intérêt de cette substance dans la dépression (19). D’autre part, la mélatonine est conseillée pour améliorer la qualité de sommeil souvent perturbée dans la dépression. Non seulement la mélatonine permet de réguler notre horloge biologique, mais elle possède des propriétés comme antioxydant, immunomodulateur et analgésique (23,24). La luminothérapie est une autre thérapie intéressante lors de dépression. En effet, elle est non seulement connue pour la dépression saisonnière, mais ses effets sont également documentés dans les états anxio-dépressifs. De plus, une étude récente montre dans la fibromyalgie également des effets positifs sur la douleur (25).

En pratique :

  • 5-HTP, commencer 50 mg par jour pendant les repas, à augmenter progressivement jusqu’à 300 mg/jour (en 3 prises) si nécessaire.
  • Millepertuis (à 0,3% hypericin), 300 mg 2 à 3 x par jour
  • SAMe (S-adenosylmethionine), de 400 à 800 mg /jour (par exemple : SAM-e 400 mg de chez supersmart)
  • Mélatonine, à prendre 1 heure avant le coucher afin d’améliorer le sommeil, il faut favoriser une forme retard. Le dosage peut débuter à 3 mg et peut monter si nécessaire jusqu’à 9 mg.

·       En cas de fatigue des surrénales

Si le bilan des neurotransmetteurs montre surtout des catécholamines basses, il peut être préférable d’utiliser des plantes adaptogènes stimulantes telles que l’Eleuthérocoque, le ginseng (20), larhodiola(21), la réglisse ou la tyrosine. Une alimentation adaptée est nécessaire ainsi que le soutien des mitochondries qui sont importantes dans la fonction des surrénales.

D. Corriger une éventuelle dysfonction de la thyroïde

La thyroïde est responsable de la production d’hormones qui jouent un rôle essentiel dans notre métabolisme. La thyroïde produit principalement 2 hormones, plus de 80 % de la production c’est de la T4 qui est une hormone de réserve inactive et environ 10 % c’est de la T3 qui est la forme active. C’est dans nos tissus, en grande partie dans le foie, mais également dans d’autres organes (cœur, muscles, cerveau, etc.) que la conversion de l’hormone T4 en sa forme active T3 se produit. La TSH (thyroidstimuling hormone), produite par notre hypophyse cérébrale va influencer les niveaux de formation de T4 et T3. Si le niveau de TSH est élevé, cela indique que la thyroïde a besoin d’être stimulée, suggérant ainsi que quelque chose ne fonctionne pas bien avec la thyroïde. La plupart des médecins se contentent de doser la TSH pour évaluer la fonction de la thyroïde. Toutefois, avoir une thyroïde qui ne fonctionne pas bien sans avoir à proprement parler une hypothyroïdie clinique claire ou des valeurs hormonales pathologiques semble de plus en plus fréquent. Les symptômes d’une hypothyroïdie sub-clinique sont souvent discrets et peuvent inclure ;

  • des extrémités froides ou une certaine frilosité
  • des cheveux cassants, fins, une peau sèche
  • une constipation rebelle
  • une fatigue anormale
  • une prise de poids progressive
  • des douleurs articulaires et musculaires
  • des troubles cognitifs
  • au niveau du visage, on peut noter des poches sous les yeux et un amincissement de la partie externe des sourcils

On peut dès lors comprendre qu’une hypothyroïdie sub-optimale peut se manifester par des symptômes proches de la fibromyalgie. C’est pourquoi, chez toute personne se plaignant de douleurs chroniques et de fatigue, il faut rechercher une dysfonction de la thyroïde. Les tests doivent être complets et ne pas se contenter d’une TSH (comme le font souvent les médecins). D’autre part, il arrive que le problème provienne non pas d’une anomalie de la production d’hormones, mais d’une mauvaise conversion de l’hormone de réserve T4 en forme active T3. Cette conversion s’effectue grâce à l’enzyme 5-déiodinase qui nécessite pour bien fonctionner certains micronutriments (vitamine A, D, sélénium, zinc, B12, etc.) et surtout cette conversion peut être bloquée par le stress, certains médicaments (par exemple bêta bloquants) ou certains toxiques (métaux lourds, pesticides, PCB, etc.). Dans tous les cas, si des éléments cliniques font suspecter une mauvaise fonction de la thyroïde, il faut approfondir le bilan thyroïdien et se poser la question d’une prise en charge spécifique malgré des valeurs sanguines rassurantes.

En conclusion

Nous avons vu que pour s’occuper d’une personne souffrant de fibromyalgie, il est nécessaire d’évaluer et de prendre en charge certaines perturbations physiologiques décrites ci-dessus. Chaque personne souffrant d’une fibromyalgie a des caractéristiques particulières, une histoire psychologique unique, des déséquilibres physiologiques et des carences qui lui sont propres. C’est pourquoi il est difficile de donner une marche à suivre identique pour chaque fibromyalgie. En effet, peut-être chez une personne, un stress chronique, un traumatisme affectif ou une dépression vont jouer un rôle déterminant et la prise en charge de la psyché est primordiale dans un premier temps. Pour une autre personne, il faut soutenir une thyroïde déséquilibrée ou des glandes surrénales épuisées. Pour une autre, le problème intestinal sera prioritaire (SIBO, candidose) alors que certains seront victime d’une intoxication fatiguant les mitochondries (pesticides, métaux lourds, vaccins, etc..).  Le plus souvent, il est nécessaire d’agir de façon combinée, mais toujours en donnant une priorité à certaines perturbations selon le profil individuel. Pour terminer, j’aimerais rappeler quelques recommandations générales importantes et proposer une complémentation de base utile pour toute personne souffrant de fibromyalgie.

 

Recommandations pratiques générales

1.     Ayez une alimentation saine

Il existe certaines recommandations importantes quelle que soit la diète. Ces recommandations différencient une alimentation santé d’une alimentation plus néfaste. Il s’agit principalement de manger des aliments frais, les moins transformés possibles, de manger chaque jour beaucoup de légumes et des fruits frais. Il s’agit également d’éviter les sucres et ces dérivés ainsi que les féculents et les céréales raffinées. Il faut également éviter les mauvaises graisses, surtout les graisses Trans, manger raisonnablement et prendre le temps de mâcher. Certaines diètes d’exclusion se sont montrées intéressantes dans la prise en charge de la fibromyalgie. La plus connue reste le régime Saignalet, sans gluten et sans produits laitiers. D’autres personnes ont trouvé une aide avec des diètes variées comme régime paléolithique ou une diète végane. Selon l’état du microbiote, il peut être utile de commencer par une diète pauvre en glucides ou en Fodmap (SIBO, candidose). Il est conseillé au début d’être suivi par une nutritionniste pour trouver la diète adaptée et éviter les carences.

 

2.     Faite régulièrement de l’exercice et bouger

Il est difficile de faire de l’exercice, surtout si l’on souffre de douleurs et de fatigue. Au fur à mesure que l’on va mieux, il faut progressivement augmenter son activité physique en intégrant assouplissements et exercices aérobic et de force selon tolérance.

3.     Prenez le temps de vous reposer et de bien dormir

Il faut être conscient de l’importance d’avoir un sommeil de qualité et de se reposer dans la journée lorsqu’on en ressent le besoin, par exemple en faisant une courte sieste. Dans l’ensemble, il est essentiel de respecter son rythme biologique jour et nuit. Ainsi, il est conseillé d’avoir des habitudes de sommeil régulier en se couchant relativement tôt (entre 22 h et 23 h au plus tard) et en se réveillant toujours dans les mêmes heures (par exemple, entre 6 h 30 et 7 h 30). Dans les deux heures qui précèdent le coucher, éviter les lumières vives et les écrans de téléphone, d’ordinateur dont l’excès de lumière bleue empêche la sécrétion de mélatonine. Vous pouvez mettre des filtres sur vos écrans ou porter des lunettes ambre qui filtrent la lumière bleue.

4.     Réduisez votre niveau de stress

Dans notre société, le stress est devenu omniprésent, au travail, à la maison même dans nos loisirs. À force, le stress répété peut complètement épuiser notre métabolisme et provoquer des douleurs. Il représente probablement une composante majeure de la fibromyalgie. De plus, les gens stressés recherchent des stimulants pour tenir le coup comme une consommation excessive de café et/ou une alimentation riche en sucres qui finalement finit par épuiser encore plus. Des techniques de gestion du stress comme la méditation en pleine conscience et la cohérence cardiaque peuvent vraiment vous aider. Il existe bien entendu de nombreuses techniques possibles utilisant la respiration profonde, la relaxation, des mouvements doux ainsi que des approches cognitivo-comportementales.

5.     Nettoyez votre environnement

Il faut prendre le temps de nettoyer son environnement, afin de réduire au maximum l’exposition aux polluants et aux produits chimiques qui surchargent nos cellules. Ainsi par exemple, purifier l’eau du robinet que l’on consomme à la maison est un investissement nécessaire. Si les filtres par osmose inverse sont les meilleurs, une simple filtration au charbon marche assez bien et reste beaucoup moins chère. Rappelez-vous que la pollution à l’intérieur d’une maison est souvent plus importante qu’à l’extérieur, donc pensez aussi à aérer régulièrement vos pièces de vie. Réduisez votre exposition aux polluants en achetant des produits de nettoyage bio pour la maison et le linge. Tout ce que l’on met sur sa peau peut pénétrer dans notre corps et donc utilisez des produits pour le corps avec le moins de produits chimiques possibles (produits bio). Ne pas utiliser à l’extérieur de pesticides ou d’herbicides.

 

6.     Protocole de soutien de base dans la fibromyalgie

·       Complexe de vitamine B, 1cps par jour

·       L-Carnitine 500 mg 2 à 3 x par jour

·       CoQ10 100 mg 2x par jour

·       Curcumine 200 à 400 mg 2x par jour

·       Huile de poisson oméga 3. : entre 1 à 2 gr par jour d’un complexe riche en EPA/DHA

·       Magnésium (glycinate ou glycerophosphate) environ 200 mg élément 2 à 3 x par jour

 

Dr. A. D’Oro

Références :

 

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Dr. A. D'Oro

Dr. A. D'Oro

Dr Antonello D’Oro
Consultations en Micronutrition et Alimentation Santé
Tel: +41.22.301.63.38
Email: secretairedoro@gmail.com

 

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