Quand la lumière de nos écrans endommage nos yeux, notre cerveau et perturbe notre santé

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Introduction

La lumière du jour a depuis toujours réglé notre horloge biologique, ce processus physiologique qui nous informe quand dormir et quand être réveillé. Les plantes, les animaux et même les bactéries ont un cycle circadien de 24 heures. Des récepteurs sensoriels au niveau de nos yeux sont activés à la lumière du jour et particulièrement ce sont les fréquences dans les spectres du bleu (autour de 480 nanomètres) qui nous stimulent le plus. La lumière du jour inclut la plupart des spectres lumineux, en plus de la lumière bleue.

Étant donné que de nombreuses personnes sont de moins en moins exposées à la lumière du jour et de plus en plus à des sources artificielles, il est important de connaître quelles en sont les conséquences sur notre santé. Dans cet article, nous allons surtout nous intéresser à la lumière bleue, car c’est elle qui a le plus d’impact sur notre cycle circadien. Il y a encore quelques années, personne ne s’inquiétait de cette fréquence lumineuse et pourtant du jour au lendemain on nous conseille de mettre des filtres de lumière bleue sur nos ordinateurs, nos tablettes ou sur nos lunettes. Nous allons essayer de comprendre l’intérêt de ces filtres et surtout de se rendre compte que le problème n’est pas la lumière bleue qui peut être réellement bénéfique, mais nos lumières artificielles, véritables junklight pour nos yeux et notre cerveau.

Bénéfices de la lumière bleue pour notre santé

On connaît depuis des années, l’intérêt de la luminothérapie dans la dépression saisonnière. Notre cerveau a besoin d’être stimulé par une certaine intensité lumineuse pour bien réagir. Certaines personnes, très sensibles à la baisse de l’intensité lumineuse, souffrent dès l’automne d’un état de fatigue et d’une baisse de moral, ces symptômes entrant dans le cadre de la dépression saisonnière. La lumière bleue a des effets équivalents à la luminothérapie dans ce type de syndrome (1).

S’exposer à une source de lumière bleue le matin permet à notre cerveau d’être plus alerte toute la journée et même permet de mieux stabiliser notre rythme circadien (2).

De plus, une étude récente de 2017 a confirmé que l’exposition à la lumière bleue vive améliorait notre état de vigilance, nos temps de réaction lors de diverses sollicitations, et améliorait les performances de notre mémoire (3). On a également étudié l’effet d’un enrichissement de la lumière bleue dans les maisons de retraite, en effet les personnes âgées étant souvent peu exposées à la lumière du jour. On a ainsi pu montrer qu’en augmentant l’exposition à la lumière bleue chez ces personnes âgées, cela avait comme impact d’augmenter leurs activités quotidiennes et de réduire le niveau d’anxiété (4).

Quand la lumière bleue devient néfaste pour notre santé

Les lumières artificielles telles que le LED (light emittingdiod) et le CFL (compact fluorescent light) ont les désavantages de manquer de certaines fréquences importantes pour notre corps et notre cerveau. En effet, avec ces lumières artificielles, nous avons éliminé en grande partie certaines fréquences telles que l’infrarouge ou les ultraviolets que nous trouvons dans la lumière du soleil. A contrario, nous avons amplifié fortement les fréquences de lumière bleue. Le problème avec ces sources lumineuses que nous retrouvons un peu partout dans notre société (éclairages urbains, ordinateurs, téléphones portables, etc.), c’est l’importance excessive de la lumière bleue (jusqu’à 5x plus dans les LED que dans la lumière du jour). Un effet, cet excès de lumière bleue va avoir diverses conséquences sur la santé de nos yeux et de notre cerveau. De plus, lorsque nous savons que plus de 60 % des Américains passent environ 5 heures par jour devant leur écran, on peut se poser des questions sur l’impact de la lumière artificielle sur notre santé.

Premièrement, l’excès de lumière bleue stimule trop les récepteurs sensoriels de nos yeux, ce qui va entraîner une surcharge de l’activité de nos mitochondries. La conséquence de cette hyperactivité est la formation excessive de radicaux libres. Ces déchets toxiques vont abîmer nos cellules oculaires. Des études ont confirmé un lien entre excès de lumière bleue et l’atteinte des cellules de notre rétine (5,6). Ces atteintes répétées au long cours vont abîmer nos yeux et favoriser des maladies comme la dégénérescence maculaire (7,8,9). La lumière du jour, en stimulant nos yeux, génère également des déchets cellulaires (radicaux libres), mais également stimule des systèmes antioxydants de nettoyage qui éliminent ces déchets. La lumière bleue, quant à elle, en augmentant le stress oxydatif de nos cellules, n’est pas capable d’activer ces systèmes de nettoyage. C’est pourquoi, à la longue, il existe des risques d’atteinte irréversible de nos yeux. Et si cela ne suffit pas, récemment des études semblent montrer que la lumière bleue induit également un stress oxydatif au niveau de la peau et augmenterait le vieillissement de celle-ci (10). Dès lors, on peut craindre que rester trop longtemps devant nos écrans nous donne un coup de vieux.

D’autre part, l’exposition à des lumières artificielles le soir ou la nuit a un impact négatif sur notre rythme circadien et surtout sur la qualité de notre sommeil. L’excès de lumière bleue le soir ou la nuit bloquerait la sécrétion de mélatonine perturbant ainsi la qualité du sommeil. A contrario, la journée lorsqu’on s’expose à la lumière du jour, on produit plus facilement de la sérotonine, neurotransmetteur du bien-être. Par la suite, notre corps transforme en fin de journée cette sérotonine en mélatonine, hormone qui vous aide à dormir. Donc, si vous n’avez pas eu assez de lumière du soleil durant la journée, votre sommeil sera également de moins bonne qualité.

Cela a des conséquences non négligeables, puisque notre santé dépend étroitement de la qualité de notre sommeil. En effet, en cas de perturbation de la qualité ou de la quantité d’heures de sommeil, les risques de diverses maladies augmentent telles que l’obésité, les problèmes cardio-vasculaires, le cancer ou la dépression, etc. En effet, plusieurs publications médicales récentes estiment que l’exposition aux lumières artificielles la nuit serait un facteur contributif, non seulement à l’obésité, mais également à des maladies comme le diabète et le cancer (18-19).

Récemment, les études sur l’impact des lumières artificielles sur notre sommeil et nos capacités cérébrales se sont multipliées. Ainsi, une étude récente de 2017 a confirmé que l’exposition aux lumières artificielles entraîne des troubles de nos rythmes biologiques avec perturbation du sommeil (11). Le problème est particulièrement important chez les adolescents et les jeunes adultes dont l’exposition le soir à un excès de lumière bleu (tablette, ordinateur, smartphone) provoque des retards de phase avec endormissement tardif et perturbation de la qualité du sommeil (12,13). Nous allons voir qu’il existe toutefois quelques solutions pour ne pas subir sans rien faire ces lumières artificielles qui font intimement partie de notre mode de vie.

Comment empêcher que nos yeux et notre cerveau souffrent de la junklight

Premièrement, comme nous l’avons vu au début de cet article, il est important de s’exposer quotidiennement à la lumière du soleil (minimum 30 min.). La lumière du soleil contient de nombreuses fréquences lumineuses qui ne sont pas présentes dans les lumières artificielles et qui sont importantes pour notre santé. Par exemple, la lumière du jour nous aide à faire de la sérotonine et, selon les périodes de l’année, à synthétiser de la vitamine D. Les infrarouges présents dans la lumière du soleil sont également importants pour notre santé. Ces fréquences ont la capacité à stimuler nos mitochondries. C’est vraisemblablement une des raisons pour laquelle ils sont utilisés en thérapie régénérative dans les lasers à faible intensité. Les saunas infrarouges sont probablement un bon moyen pour se faire du bien et compenser le manque d’exposition aux infrarouges du soleil.

Pour ceux qui, dès l’automne, souffrent d’une tendance à la dépression saisonnière caractérisée par une baisse de moral et un état de fatigue, une luminothérapie matinale avec de la lumière blanche ou de la lumière bleue est conseillée. J’ai personnellement une préférence pour les lunettes de luminothérapie (lumière bleue, équivalent 10 000 lux) qui me semble plus facile d’utilisation, et dont les résultats sur la fatigue et l’humeur sont souvent impressionnants.

Les filtres lumière bleue

Pour ceux qui passent leur journée devant un ordinateur, la dernière grande mode, ce sont les lunettes anti-lumière bleue. Un marché que se partagent de nombreux opticiens. Ces derniers insistent particulièrement sur la fatigue oculaire. Toutefois, on ne trouve pas réellement d’études sérieuses sur ces nouvelles lunettes. De plus, on peut se poser la question de l’intérêt de filtrer une grande partie de la journée la lumière bleue alors que nous avons vu que cette fréquence lumineuse stimule notre niveau d’éveil et améliore nos performances cérébrales. C’est pourquoi il me semble plus intéressant de mettre des filtres applicables sur les écrans et de charger un logiciel tel que F.lux qui va permettre d’adapter l’intensité des fréquences du bleu selon l’horaire de la journée. En effet, le soir et la nuit, il devient important de réduire au maximum cette lumière en raison de son impact sur la qualité de notre sommeil. Pour cela, les lunettes ambre permettent une meilleure absorption de ces fréquences lumineuses. Étant donné que ce sont surtout les fréquences vers le bleu qui stimulent notre éveil, ces lunettes ambre informent notre cerveau que c’est la nuit et cela favorise la qualité de notre sommeil (14).

Une étude récente a confirmé l’utilité de mettre ces lunettes le soir pour ceux qui s’endorment trop tardivement. On parle dans ce cas d’un retard de phase. Les personnes devaient porter ces lunettes de 21 h jusqu’au coucher et les résultats ont montré une amélioration du retard de phase et de la qualité du sommeil (15). Les chercheurs explorent actuellement l’utilité de ces lunettes dans les troubles dépressifs. Certains travaux ont montré un intérêt significatif dans la prise en charge des troubles maniaques chez les bipolaires, mais les résultats sont pour l’instant moins probants dans la dépression majeure (16,17).

À retenir

La lumière bleue fait partie des fréquences de la lumière du jour qui a un impact majeur sur notre horloge biologique. Elle a des effets positifs en stimulant notre niveau d’éveil, nos capacités cérébrales et notre humeur. Elle peut être utilisée dans une luminothérapie matinale pour stimuler notre éveil chez ceux qui ont de la peine à émerger le matin, surtout dès l’automne où la luminosité commence à baisser.

Les effets néfastes de la lumière bleue sont essentiellement dus à nos lumières artificielles que nous subissons à travers nos écrans divers ainsi que par les lumières urbaines et notre éclairage à domicile. Ces lumières sont trop riches en lumière bleue (jusqu’à 5x plus dans les LED par rapport à la lumière du jour). Les effets négatifs comprennent une agression de nos yeux, une surstimulation de notre cerveau et le soir une perturbation de notre sommeil.

Les médias et les opticiens nous proposent de porter des lunettes avec filtre de lumière bleue. Toutefois cela est une approche simpliste du problème et nous empêche de saisir les effets délétères de notre divorce avec la lumière du soleil. En effet, il ne faut pas oublier de s’exposer à la lumière du soleil, au minimum 30 minutes par jour, car la lumière du jour a beaucoup de fréquences (inexistantes dans la lumière artificielle) qui sont importantes pour notre santé. Rappelez-vous que la lumière du jour stimule la sérotonine, hormone du bien-être.

De plus, si vous êtes toute la journée devant un écran pour des raisons professionnelles, mettez un filtre sur votre écran ou chargez un logiciel (F.lux). Le soir, deux heures avant de vous coucher, réduisez l’intensité des lumières chez vous et éviter de regarder vos écrans d’ordinateur, smartphone ou votre télévision. Si cela n’est pas possible et que la qualité de votre sommeil n’est pas optimal alors mettez des lunettes ambre (ou oranges) deux heures avant de vous coucher, car l’excès de lumière bleue de vos écrans peut réduire la sécretion de mélatonine pendant environ 2 heures, empêchant l’endormissement ou un sommeil de qualité. Rappelez-vous également que l’exposition trop fréquente à la lumière artificielle la nuit a tendance à dérégler nos horloges biologiques et favoriser la prise de poids et diverses maladies (diabète, cancer, etc.).

Références

  1. Meesters Y. « The effects of low-intensity narrow-band blue-light treatment compared to bright white-light treatment in sub-syndromal seasonal affective disorder » BMC Psychiatry, 2016 Feb 18 :16-27
  2. Munch M « Blue-Enriched Morning light as a countermeasure to light at the wrong time : effects on cognition, sleepiness and circadian phase » Neuropsychobiology 2016 ;74 :207-218
  3. Alkozai A « Acute exposure to bluewave lenght light during memory consolidation improves verbal memory performence » PLoS One 2017 Sep 18 ;12(9)
  4. Hopkins S « Blue-enriched lighting for older people living in care homes : Effects on activity, actigraphic sleep, mood and alertness » Curr Alzheimer Res 2017 Jun 7.
  5. Ishii « Bystander effects elicited by single cell photo-oxidative blue-light stimulation in retinal pigment epithelium cell network » Cell Death Disco 2017 Feb 6 ;3 :16071
  6. Osborne NN « The effect of visual blue light on mitochondrial function associated with retinal ganglions cells » Exp Eye Res. 2014 ;128 :8-14
  7. Nakamura M « The involvement of the oxydative stress in murine Blue LED-induced retinal damage model » Biol Pharm Bull. 2017 ;40(8) :1219-1225
  8. Ooe E « The involvement of ATF4 and S-opsin in retinal photoreceptor cell damage induced by blue LED night » Mol Vis 2017 5 :23 :52-59
  9. Lin CH« Editor’s Highlight: Periodic Exposure to Smartphone-Mimic Low-Luminance Blue Light Induces Retina Damage Through Bcl-2/BAX-Dependent Apoptosis. » 2017 May 1;157(1):196-210
  10. Nakashima Y « Blue light-induced oxidative stress in live skin » Free RadicBiol Med 2017 Jul :108 :300-310
  11. Hatori M « Global rise of potential health hazards causes by blue light-induced circadien disruption in modern aging societies » NPJ AgingMech Dis. 2017 Jun 16 ;3 :9
  12. Moderie C « Circadian phase, dynamics of subjective sleepiness and sensitivity to blue light in young adults complaining of a delayed sleep schedule » Sleep Med 2017 jun ;34 :148-155
  13. Heo JY « Effects of smartphone use with and without blue light at night in healthy adults : A randomized, double-blind, cross-over placebo-controlled comparaison » J Psychiatr Res 2017 Apr ;87 :61-70
  14. Buckart K « Amber lenses to block blue light and improve sleep : a randomized trial » Chronobiol Int 2009 Déc ;26 : 1602-12
  15. Esaki Y » Wearingblue light-blocking glasses in the evening advances circadian rhythms in the patients with delayed sleep phase disorder : an open-label trial » Chronobiol Int 2016 ;33(8) :1047-44
  16. Henriksen TE « Bipolar-blocking glasses treatment for mania :a randomized placebo-controlled trial » BipolarDisord 2016 :18 :221-32
  17. Esaki Y « Effect of blue-blocking glasses in major depressive disorder with sleep onset insomnia : a randomized, doulble-blind, placebo-controlled study »
  18. Rybnikova NA « Does artificial light-at-night exposure to the worldwide obesity pandemic ? Int J Obes. 2016 may ;40(5) :815-23
  19. Zubidat AE « Artificial light-at-night- a novel lifestyle risk factor for metabolic disorder and cancer morbidity » J Basic Clin Physiol Pharmacol 2017 Jul 26 :28(4) :295-313
Dr. A. D'Oro

Dr. A. D'Oro

Dr Antonello D’Oro
Consultations en Micronutrition et Alimentation Santé
Tel: +41.22.301.63.38
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  2 comments for “Quand la lumière de nos écrans endommage nos yeux, notre cerveau et perturbe notre santé

  1. DEJEAN
    21 octobre 2017 at 8 h 52 min

    Bonjour Dr
    Quelle bonne idée de nous parler de cette « fameuse » lumière bleue dont les médias se sont emparés pour encore nous  » faire » acheter !!
    Vos explications sont très claires et le paragraphe intitulé  » à retenir » me convient bien – lorsque l’on veut relire votre article rapidement –
    Il y a des mois paraît il ou le soleil est moins efficace ( vitamine D ) est ce exact ? Idem pour la lumière bleue ?

    MERCI
    anne-marie dejean
    ( déjà inscrite)

    • Dr. A. D'Oro
      21 octobre 2017 at 13 h 18 min

      Bonjour

      Merci pour votre intérêt pour cet article.
      Effectivement, en hiver les rayons du soleil pénètrent dans notre atmosphère
      de façon plus tangentielle ce qui augmente l’absorption des UV par l’atmosphère et donc permet
      moins la formation de vitamine D par notre peau. Dès lors, il est conseillé pendant les mois d’hiver de
      prendre de la vitamine D. Il peu être aussi intéressant de faire des saunas infrarouges qui a également
      un effet positif sur nos cellules.

      Sincèrement

      Dr A. D’oro

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