Perte de cheveux chez la femme, A la racine du problème

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Introduction

L’alopécie (ou perte diffuse de cheveux) est un problème qui touche autant les femmes que les hommes. Dans cet article nous allons surtout parler de l’alopécie diffuse qui est plus fréquemment rencontré chez la femme. En effet, chez les femmes, la perte anormale de cheveux peut être vécu de façon beaucoup plus dramatique que chez les hommes car ces dernières en générale sont beaucoup plus concernée par leur image d’elle même.  De plus cette perte de cheveux n’est pas héréditaire et peut survenir à n’importe quel moment de la vie car elle est le plus souvent due à des facteurs externes multiples tels que des problèmes hormonaux (thyroïde, androgènes), des déficits nutritionnels, de la pollution, des suites d’un accouchement, des effets liés à des médicaments ou en relation à certaines maladies (diabète, maladies auto-immunes), sans oublier le stress qui est probablement une cause importante.

Comprendre le cycle de vie du cheveu

Le cheveu est vivant et suit un cycle de croissance naturel qui se divise en trois phases. La phase anagène correspond à une phase de croissance du cheveu, c’est la période la plus longue et peut durer 2 à 5 ans, la majorité des cheveux sur notre tête se trouvent dans cette phase. La phase catagène est une phase de repos d’environ 3 semaines pendant laquelle le cheveu cesse d’évoluer. Finalement, la 3ème phase est la phase télogène, il ne pousse plus et reste attaché au follicule pileux. A la fin de cette phase, le cheveu tombe pour laisser la place à un nouveau follicule en phase anagène.

En général nous avons environ 90% des cheveux en phase de croissance et 10% en phase télogène.   Dès lors, il est normal de perdre de 50 à 100 cheveux par jour. D’autre part, il existe des cycles liés aux saisons, ainsi on perd plus facilement ces cheveux en automne et  dans une moindre mesure au printemps. Ceci serait en relation avec les changements des hormones en réponse aux changements de la durée d’ensoleillement. En effet l’exposition à la lumière du jour change de façon significative les niveaux de prolactine, cette hormone ayant en effet sur le renouvellement des cheveux. Ces pertes de cheveux restent provisoires. Toutefois, dans l’alopécie diffuse (télogène effluvium), 70% des cheveux peuvent se trouver en phase télogène et dés lors la chute de cheveu est nettement augmentée. Nous allons passer en revue les causes pouvant provoquer la perte de cheveux avant de proposer quelques stratégies naturelles.

En premier lieu, évaluer la présence d’un stress ou de carences nutritionnelles

Si vous notez des cheveux qui tombent en quantité dans la douche ou sur la brosse à cheveux de façon anormal, la première chose à envisager c’est de réfléchir si vous avez été victime ces derniers mois d’un stress psychologique inhabituel, émotionnel ou physique (par exemple une opération). La ménopause est également une période propice à la perte de cheveux. Si l’origine de la perte de cheveu n’est pas évidente, considérez dans un premier temps une carence nutritionnelle.

Voici les carences nutritionnelles les plus fréquentes.

Le fer

Les femmes sont souvent susceptibles d’avoir des carences en fer en raison de leur menstruation. Dans une étude récente explorant les causes d’une alopécie diffuse chez 108 femmes, le stress psychologique et la carence en fer étaient les facteurs associés les plus retrouvés (1). Une femme qui a une ferritine en dessous de 30 mg/ml aurait un risque plus élevé de pertes de cheveux (2), toutefois il est déconseillé de prescrire du fer sans évaluation au préalable en raison de son action toxique en cas d’excès.

Le zinc

Le zinc semble être impliqué dans la perte de cheveux (3). Le zinc agit en effet directement sur les follicules pileux et la croissance du cheveu (4). Les pertes de zinc peuvent être accélérées lors d’un stress psychologique (5). Dans ce cas également, il est conseillé de rechercher une carence en zinc avant de proposer une supplémentation systématique.

Les vitamines B et plus particulièrement la Biotine (B8)

La biotine ou vitamine B8 est probablement le composé le plus utilisé dans les compléments pour combattre les pertes de cheveux. En effet, la biotine stimule la croissance et la réparation des cheveux. Les femmes sont plus à risque d’une déficience en biotine durant la grossesse et l’allaitement (6) pouvant expliquer une augmentation des pertes de cheveux après une grossesse. Une étude récente de 2016 a essayé de déterminer  la fréquence de la carence de biotine chez les femmes se plaignant de pertes anormales de cheveux.  La carence en biotine a été retrouvée chez environ 38% des femmes et seulement 24% avait un diagnostic réel d’alopécie diffuse au trichogramme. Les auteurs estiment que l’on ne doit pas donner de la biotine de façon systématique lors de pertes de cheveux à moins que l’on ai pu démontrer une carence en B8 (7).

La vitamine D

La vitamine est un facteur qui a été récemment pris en considération dans l’alopécie de la femme. Diverses études récentes ont montré qu’il existe une nette corrélation entre le niveau sanguin de vitamine D et la perte de cheveux (8,9). La correction d’une carence en vitamine D doit être prise en compte dans la prise en charge nutritionnelle d’une alopécie.

Evaluer les agressions de votre environnement ainsi que les médicaments que vous prenez.

Il faut savoir que de nombreux médicaments peuvent être responsable de perte de cheveux  (12) (médicaments contre l’acné, antibiotiques, antidépresseurs, antihypertenseurs, anti-inflammatoires, contraceptifs oraux, inhibiteurs de la pompe à protons etc..), regardez attentivement la notice pour voir si cet effet secondaire est décrit. De plus le cheveu peut s’abimer lors d’agression par un stress oxydatif pouvant être favorisé par le tabac, l’excès d’exposition aux UV ou la pollution (10). Le stress oxydatif de l’organisme peut être augmenté par une alimentation junk food riche en sucres, ou lors d’excès d’alcool ou de caféine. D’autre part, les cheveux peuvent être agressés par des shampoings ou des gels trop chimiques ou divers autres traitements sur les cheveux ainsi que par des douches trop chaudes. La qualité de l’eau peut jouer également un rôle, surtout si elle est trop chlorée. Dès lors, il ne faut pas hésiter à améliorer la qualité de son environnement intérieur et extérieur par une alimentation saine, riche en antioxydant (fruits, légumes colorés), utiliser des produits cosmétiques bio de bonne qualité, éviter de prendre des douches trop chaude qui peuvent abimer le cheveu (rincer avec de l’eau plus fraiche) et pensez éventuellement à mettre un filtre sur la douche pour réduire le chlore et le fluor.

Hormones et perte de cheveux

Si vous n’êtes pas sous stress, que votre état nutritionnel est bon, et que vous n’agressez pas vos cheveux avec divers produits chimiques ou des médicaments, alors il faut envisager un facteur hormonal.

Globalement toute chute brusque des hormones féminines (estrogènes) peut affecter le cheveu, on peut constater ainsi des chutes de cheveux importants quelques mois après un accouchement (alopécie postpartum), ainsi qu’à la ménopause. On peut voir plus rarement des chutes de cheveux transitoires à l’arrêt d’une pilule contraceptive.

Les hormones masculines comme les androgènes contribuent également à la perte de cheveux que ce soit chez l’homme ou chez la femme. Chez l’homme, la calvitie est souvent en relation avec un problème héréditaire impliquant  l’hyperactivité d’une enzyme appelée 5 alpha réductase transformant la testostérone en DHT (dihydrotestostérone), ce qui va accélérer  la perte de cheveux. Chez les femmes, il existe également une alopécie androgénique d’origine familiale, un peu comme chez l’homme mais dont le mécanisme est moins bien compris. D’autre part, un excès d’androgènes dans le cadre  d’un syndrome des ovaires polycystiques (PCOS) peut aussi être associé à des pertes de cheveux en plus de problèmes de pilosité, d’acné et de menstruations perturbées (11).  La chute de cheveux peut également être un des premiers signes d’une baisse de la fonction thyroïdienne, en effet un tiers des personnes souffrant d’hypothyroïdie souffrent de pertes de cheveux (14).

Approche en médecine nutritionnelle

Vous pouvez appliquer les conseils donnés ci-dessous et assez souvent les pertes de cheveux vont s’améliorer en quelques mois. N’oubliez pas qu’une alimentation saine, un sommeil réparateur et une bonne gestion du stress non seulement améliore la qualité de vos cheveux mais surtout sont les piliers d’une bonne santé. Si malgré vos efforts, les pertes continuent, il est conseillé d’allez voir votre médecin afin d’exclure une maladie plus sérieuse (troubles de la thyroïde, PCOS, maladie auto-immune etc.).

Conseils alimentaires et micro nutritionnels

Les cheveux ont besoin de nutriments pour pousser et se réparer. L’alimentation joue un rôle important dans la qualité de notre peau et de nos cheveux. Il est conseillé d’éviter des comportements alimentaires toxiques pour les cheveux (punk food, excès d’alcool, excès de café, sucres) et il préférable d’opter pour une alimentation saine, bio avec des apports de protéines adéquats, l’ajout de bonnes graisses (oméga 3) avec des fruits et légumes en abondance.

Certains micronutriments  sont utiles pour la croissance du cheveu, il s’agit du fer, du zinc, de la vitamine D et de certaines vitamines B dont la biotine est la plus connue. Avant d’envisager une supplémentation, il est préférable de confirmer des carences ce qui permet une correction ciblée des déficits.

Que se soit chez l’homme ou chez la femme, une perte de cheveux anormale peut être liée à un dysfonctionnement hormonale touchant principalement les androgènes,  certains produits naturels tels que les graines de lin, l’huile de graines de citrouilles, le thé vert etc., peuvent bloquer la conversion de la testostérone en DHT dans le follicule pileux et freiner par conséquence la perte de cheveux.

Gérer le stress

Le stress est toxique pour le cheveu et de plus la perte de cheveux renforce le stress intérieur. Le stress, l’anxiété ou la dépression peuvent modifier la biochimie du follicule et favoriser la perte de cheveux (14). Une bonne gestion du stress (cohérence cardiaque, méditation) et/ou des plantes adaptogènes  telles que l’Ashwagandha ou la Rhodiola peuvent aider à réduire le stress et  encourager une croissance saine des cheveux.

Réduire les agressions de l’environnement

Eviter les shampooings riches en produits chimiques, les permanentes ou les colorations non naturelles. Des douches trop chaudes peuvent fragiliser les cheveux, il est conseillé de rincer les cheveux avec l’eau la plus fraiche possible. Les eaux riches en chlore et en fluor peuvent irriter les follicules pileux, la mise en place d’un filtre à eau peut être envisagé.

Autres stratégies

Dans une étude récente, l’huile essentielle de romarin a été comparée favorablement avec le minoxidil (traitement pharmacologique de l’alopécie) chez des personnes souffrant d’alopécie (15). On peut appliquer quelques gouttes d’huile essentielle de romarin sur une brosse de poils naturels puis se brosser les cheveux pendant quelques minutes  avant d’aller se coucher, ou une alternative est de se masser le cuir chevelu avec quelques gouttes de romarin mélangé dans une cuillère à soupe d’huile de jojoba. Il existe d’autres huiles essentielles qui favorisent une meilleure micro-circulation au niveau du scalp (lavande, menthe poivrée, sauge etc).

Des approches technologiques récentes  peuvent être envisagées telles que la thérapie laser de basse intensité qui permettrait la régénération et la croissance du cheveu (16) ou les injections en plasma riche en plaquettes (PRP) (17,18).  Les traitements médicamenteux classiques comme le minoxidil topique ou le finasteride n’ont pas montré une grande efficacité si l’on se réfère à des publications récentes (19).

Dr. A. D’oro

Références

  1. Malkud S « A Hospital-based study to determine causes of diffuse hair loss in women » J Clin Diagn Res 2015 Aug ;9(8)
  2. Moeinvaziri M « Iron status in diffuse telogen hair loss among women » Acta dermatolvenerol croat. 2009 ;17 :279-84
  3. Jin W « Changes of serum trace elements level in patients with alopecia areata : a meta-analysis » J Dermatol 2017 Feb 2
  4. Park H « The therapeutic effect and the changed serum zinc level after zinc supplementation in alopecia areata patients who had a low serum zinc level » Ann Dermatol 2009 May ;21(2) :142-146
  5. Tao L « Psychological stress induced lower serum zinc and zinc redistribution in rats » Biol Trace Elem Res 2013 Oct ;155(1) :65-71
  6. Perry CA « Pregnancy and lactation alter biomarkers of biotin metabolism in women consuming a controlled diet » J Nutr 2014 Déc ;144(12) :1977-84
  7. Trueb RM « Serum Biotin Levels in women complaining of hair loss » Int J. Trichology, 2016 Apr-Jun ;8(2) :73-7
  8. Banihashemi M « Serum Vitamin D3 level in patients with female pattern Hair loss » Int J Trichology 2016 Jul-Sep ;8(3) :116-20
  9. Siah TW « Female Pattern Hair Loss : a retrospective study in a teriary referral center » Int J Trichology 2016 Apr-Juin ;8 :57-61
  10. Trueb RM « The impact of oxidative stress hair » Int J. Cosmet Sci 2015 Dec ;37 Suppl 2 ;25-30
  11. Lizneva D « Androgen excess : Investigations and mamagement » Best Pract Res Clin Obster Gyneccol 2016 Nov ;37 :98-118
  12. « Drug-Induced hair loss » Prescrire Int. 2016 May ;25(171) :127-9
  13. Trueb RM « Oxydative stress in ageing of hair » Int J Trichology 2009 Jan-Juin ;1(1) :6-14
  14. Gulec AT « The role of psychological factors in alopecia areata and the impact of the disease on the quality of life » Int J Dermatol 2004 May ;43(5) :352-6
  15. Pahahi Y « Rosemary oil vs minoxidil 2% for the treatment of androgenetic alopecie : a randomized comparative trial » Skinmed 2015 Jan-Feb ;13 :15-21
  16. Afifi L « Low-level laser therapy as a treatment for androgenic alopecia » Laser surg Med 2017 Jan ;49(1) :27-39
  17. El Taieb MA « Platelets rich plasma versus minoxidil 5% in treatment of alopecia areata : a trichoscopic evaluation » Dermatol Ther. 2017 Jan ;30(1)
  18. Ferneini EM « Platelet-Rich Plasma in androgenic alopecia :indications, Technique and potential benefits » J Oral Maxillofac Surg 2016 Nov 15
  19. Van Zuuren EJ « Interventions for female pattern hair loss » JAMA Dermatol 2017 Jan 18
Dr. A. D'Oro

Dr. A. D'Oro

Dr Antonello D’Oro Consultations en Micronutrition et Alimentation Santé Tel: +41.22.301.63.38 Email: secretairedoro@gmail.com 

  2 comments for “Perte de cheveux chez la femme, A la racine du problème

  1. 27 juillet 2017 at 14 h 55 min

    Merci beaucoup pour ces informations car je souffre malheureusement de la perte de cheveux.

  2. PCE
    14 août 2017 at 12 h 47 min

    Grand merci pour ces conseils, j’en ai tellement besoin.

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