Troubles digestifs, Partie 2 : Approche naturelle et holistique

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Troubles digestifs, Partie 1: le microbiote sous la loupe

Nous allons voir maintenant que malgré une certaine complexité, une approche pragmatique et nutritionnelle permet de d’améliorer de nombreux troubles digestifs chez une majorité de personnes. En préliminaire, avant d’envisager une approche nutritionnelle des troubles digestifs, il faut tenir compte de certains éléments pouvant être alarmants (drapeaux rouges) qui doivent amener à consulter un médecin spécialiste. Il peut s’agir une perte de poids importante non expliquée, la présence de sang dans les selles ou une histoire familiale de cancer du côlon ou de colite inflammatoire

Après avoir écarté une maladie plus grave, il est temps de se pencher sur une prise en charge nutritionnelle, dont le but est de retrouver un intestin en bonne santé en corrigeant les causes profondes perturbatrices. La première partie de la prise en charge s’articule sur quatre points importants qui, ensemble, permettent dans la majorité des cas de gérer efficacement le côlon irritable.

  1. Débuter par une diète FODMAP
  2. Assainir le microbiote intestinal
  3. Optimiser la digestion
  4. Gérer le stress et les émotions

A.   Commencer par une diète FODMAP

La diète pauvre en FODMAP est une approche nutritionnelle du côlon irritable dont de nombreuses études médicales ont montré sa grande efficacité. Cette diète consiste à éliminer certains aliments (FODMAP) qui augmentent les fermentations dans votre intestin, ce qui permet ainsi à votre écosystème intestinal de se reposer. Les aliments évités seront ensuite réintroduits progressivement, permettant de détecter ceux que vous tolérez mal. Chez les personnes souffrant d’un dérèglement de leur microbiote (dysbiose) ou surtout d’une pullulation bactérienne (SIBO), ces sucres fermentescibles provoquent un excès de gaz responsable de nombreux symptômes caractéristiques du côlon irritable. Les FODMAP sont divisés en plusieurs groupes de sucres, dont les principales sources sont reprises dans le tableau ci-dessous avec quelques exemples d’aliments.

 

FODMAP Principales sources
Fructo-oligosaccharides (FOS) Céréales contenant du gluten, oignon, ail, poireaux, etc…
Galacto-Oligosaccharides (GOS) Légumineuses (pois chiches, lentilles)
Lactose Lait, yaourts, fromages à pâte molle
Fructose Miel, pomme, poire, mangue…
Polyols (dont sorbitol) Poire, prune, chewing-gum, bonbons sans sucre, etc.
Polyols, dont le mannitol Champignons, chou-fleur, bonbons, etc..

 

Il existe actuellement de nombreux ouvrages sur cette diète, ainsi que des applications sur Smartphone, et également des sites consacrés à ce sujet. Il est toutefois recommandé d’être suivi par une personne formée à cette diète, car cette diète reste subtile dans son utilisation et la phase de réintroduction est délicate, car il est important de connaître la quantité tolérable des aliments ainsi que les effets cumulatifs entre divers FODMAP.

L’intérêt de la diète FODMAP est multiple. En premier lieu, c’est une diète efficace dans le côlon irritable, à tel point que de nombreux auteurs la proposent en première intention (1). De plus, les études les plus récentes montrent qu’elle agit globalement sur la santé de l’intestin, pas seulement au niveau de la réduction de la fermentation intestinale, mais également sur la qualité du microbiote, la perméabilité intestinale et l’inflammation (2). Du même coup, elle permet d’exclure momentanément deux perturbateurs de l’intestin que sont le lactose et surtout les céréales à gluten, en raison de leur richesse en fructanes. Après quelques semaines d’exclusion, lors des phases de réintroductions, la réaction symptomatique aux différents groupes FODMAP permettra de clarifier ce qui est nocif de ce qui est toléré.

Quand faut-il aller plus loin dans la diète d’exclusion

En cas d’échec du FODMAP, une des questions que l’on se pose est de savoir s’il faut aller plus loin dans la diète exclusive, en suspectant que d’autres aliments surtout certains glucides (céréales, féculents, etc.) continuent à nourrir des bactéries intestinales pathogènes. Certaines personnes peuvent nécessiter momentanément de mettre au repos leur intestin de façon plus drastique. Des diètes plus exclusives, telles que la diète paléolithique, la SCD (specific carbohydrate diet) ou la diète GAPS ont montré une efficacité lors de troubles digestifs divers. Ces diètes doivent être limitées dans le temps et il est toutefois préférable d’être bien accompagné dans ce type de diète pour éviter des carences.

B.   Assainir le microbiote intestinal si nécessaire

Durant la diète FODMAP, selon le niveau de fermentation, il est conseillé de prendre des plantes antimicrobiennes ou des huiles essentielles afin d’accélérer l’assainissement des bactéries pathogènes intestinales. Pour rappel, dans le côlon irritable, on constate fréquemment une dysbiose ainsi qu’une pullulation bactérienne de l’intestin grêle (SIBO). Dans une étude sur ce sujet, on a montré que sur 202 cas de personnes souffrant de côlon irritable, environ 78 % des personnes avaient une pullulation bactérienne confirmée (SIBO). Le traitement de la pullulation bactérienne par des antibiotiques avait permis une régression des symptômes dans 48 % des cas (4).

Des alternatives naturelles, avec des plantes anti-microbiennes, des huiles essentielles ou des probiotiques se sont montrées aussi efficaces pour traiter un SIBO ou améliorer les symptômes du côlon irritable (5). Les huiles essentielles conseillées pour assainir l’intestin sont nombreuses et peuvent comprendre le thym, la menthe, le clou de girofle, la cannelle, le gingembre, le tea tree et l’origan. La berbérine est une plante également très intéressante pour sa capacité d’assainissement, antibactérien et antifongique. De plus, des études ont montré une capacité d’améliorer la motilité intestinale et la sensibilité viscérale dans un modèle de côlon irritable (6,7). D’autre part, l’huile essentielle de menthe a démontré une certaine efficacité comme antispasmodique dans le côlon irritable, l’effet semble toutefois à court terme en cas de crampes abdominales (8,9).

C.    Optimiser la digestion

Si l’on veut améliorer les symptômes du côlon irritable, il est nécessaire de comprendre que les aliments mal digérés sont souvent une cause importante de troubles digestifs. En effet, les aliments doivent être correctement transformés et digérés, avant d’arriver dans l’intestin pour y être assimilés. Sinon, ces aliments, insuffisamment transformés ou mal digérés, vont favoriser des processus de fermentation ou de putréfaction au niveau intestinal.

Repérer une mauvaise digestion des protéines

Des facteurs comme un régime déséquilibré (diètes hyperprotéinées), une mauvaise mastication, un stress chronique, la prise d’inhibiteurs de la pompe à protons, ou des infections à Hélicobacter pilori peuvent favoriser une mauvaise digestion des protéines pouvant générer une dysbiose ou un SIBO se manifestant entre autres par des reflux gastro-oesophagiens, des lourdeurs digestives, des douleurs abdominales, une constipation, une haleine fétide ou des gaz malodorants.

Afin d’améliorer la digestion des aliments, il est important de manger avec conscience, en mâchant suffisamment vos aliments (entre 10 à 25 X chaque bouchée). De plus, manger en étant émotionnellement calme. Il faut être conscient que la digestion est optimale lorsque l’on est dans un état détendu. Le simple fait de faire quelques respirations profondes avant de manger améliore déjà considérablement la digestion.

Conseils en micronutrition

Dans le syndrome du côlon irritable, il est souvent nécessaire d’envisager des compléments pour permettre une digestion optimale afin de réduire les risques de fermentation intestinale.

  • Lors de lourdeur digestive, afin d’améliorer les processus de digestion au niveau de l’estomac, des alternatives simples peuvent être essayées telles que la prise de vinaigre de pomme avant ou après les repas, l’utilisation de plantes amères stimulant la fonction gastrique telles que la gentiane, l’artichaut, etc. Le gingembre ainsi que la consommation de prunes Umeboshis peuvent être des stratégies également efficaces pour soutenir la fonction gastrique.
  • Dans certains cas, la prise de bétaïne HCL peut être nécessaire pour optimiser la digestion, surtout lors d’un côlon irritable avec lourdeur gastrique. Il s’agit de prendre un comprimé de bétaïne HCL (650 mg avec adjonction de pepsine) pendant un repas riche en protéines (viande par exemple), puis de voir si la digestion s’améliore indiquant une baisse de la sécrétion acide de l’estomac. Si vous ressentez des brûlures d’estomac, vous avez suffisamment d’acidité. Sinon continuez à en prendre. Selon le besoin, on peut augmenter jusqu’à 2cp à chaque repas. Continuer à prendre la bétaïne HCL tant qu’elle vous aide. Si à un moment, vous ressentez des brûlures, c’est que vous n’en avez plus besoin et qu’il est préférable d’arrêter.

Repérer une mauvaise digestion des  graisses

La bile produite par notre foie nous aide à absorber les graisses, mais également à éliminer des déchets métaboliques. Lorsqu’on souffre d’une insuffisance hépatobiliaire, par exemple si notre foie est surchargé, ou notre vésicule biliaire est congestionnée, ou encore lors d’un stress chronique qui épuise nos réserves de bile, nous avons de la difficulté à digérer les graisses. Cela peut entraîner divers troubles digestifs tels que ballonnements, diarrhées, selles molles et collantes ainsi que des sensations de nausées, des migraines, etc.

Conseils en phyto et micronutrition

Au niveau nutritionnel, on peut envisager :

  • la prise de taurine (500 mg 3x par jour) qui favorise la conversion du cholestérol en sels biliaires,
  • de lécithine (une cuillère à soupe/j), c’est un gras soluble qui aide à émulsifier les graisses.
  • En cas de besoin, il est même nécessaire, un certain temps, de prendre des sels biliaires sous forme de complément (Ox bile) afin d’améliorer la qualité de la bile.

Au niveau de la phytothérapie, les choix sont nombreux, on pensera à ;

  • l’artichaut qui est une plante amère qui améliore la digestion et à un effet cholagogue et favorise la protection du foie.
  • au chardon marie (sylimarine) qui est une des herbes les plus puissantes pour le foie, qui aide à éliminer les dépôts de gras du foie.
  • au radis noir qui est cholérétique et diurétique, et qui aide à traiter les troubles digestifs résultant d’une mauvaise circulation biliaire.
  • On peut également opter pour la berbérine qui a une action bénéfique sur le foie et la vésicule biliaire. Il existe bien entendu de nombreuses plantes dans ce domaine telles que la dent de lion, la boldo, le curcuma, etc.

D.   Gérer le stress et les émotions

Pour beaucoup de médecins, le syndrome du côlon irritable est une affection psychosomatique, l’intestin étant considéré comme un organe influencé par les émotions et le stress, via une connexion cerveau-intestin importante de 100 millions de neurones. En effet, les émotions sont capables de déclencher un orage neurologique provoquant une hypersensibilité viscérale, expliquant une partie des symptômes digestifs. Dès lors, on comprend mieux que des approches de gestion du stress et des émotions telles que l’hypnose, la méditation ou la sophrologie sont utilisées afin de calmer les symptômes digestifs.

Dans notre pratique, notre choix s’est porté en premier lieu sur la pratique de la cohérence cardiaque. Cette approche permet, entre autres, de réguler nos émotions et notre système nerveux autonome. Il s’agit d’un outil simple et puissant de la gestion du stress.

C’est une forme de méditation dont la respiration est induite selon un rythme bien précis de 6 respirations par minutes. Ce rythme imposé permet au système cardiaque et au système respiratoire d’entrer en résonnance à une fréquence de 0,10 Hz. Cette harmonisation du système cardiaque et du système respiratoire provoque un rééquilibrage du système nerveux autonome, entre le système sympathique (action, stress) et parasympathique (récupération détente).

En rééquilibrant le système parasympathique, la digestion se fait plus naturellement et surtout cela évite une suractivation du système sympathique, qui est responsable du maintien d’une hypersensibilité viscérale et des spasmes douloureux de notre intestin.

Plusieurs études médicales ont démontré que les patients souffrant de côlon irritable ont un dérèglement du système nerveux autonome, caractérisé par un déséquilibre entre le système sympathique et parasympathique (10-12). Ces dérèglements du système nerveux autonome expliquent en grande partie l’hypersensibilité viscérale amplifiant les douleurs abdominales.

La pratique de la cohérence cardiaque permet de réguler le système nerveux autonome, avec comme conséquence une amélioration des troubles digestifs. Ainsi, une publication médicale de 2014 a montré une rémission complète des symptômes, après une pratique régulière de cohérence cardiaque, chez 70 % d’un groupe d’enfants souffrant de côlon irritable (13). Dans notre pratique, nous avons pu observer, depuis déjà 4 ans d’expérimentation, les résultats étonnants de cette approche, combinée à une prise en charge nutritionnelle.

Après que la guerre soit gagnée, il faut construire la paix

Le maintien d’une diète pauvre en glucides fermentescibles (FODMAPS) devient à la longue contre-productif, car elle est difficile à suivre à long terme, et la réduction prolongée de certaines fibres (prébiotiques) peut appauvrir la diversité de la flore intestinale, ce qui est le contraire du but recherché. Après environ un à 3 mois maximum d’une diète FODMAP, et après une période de réintroduction progressive des groupes d’aliments exclus, il est temps de fertiliser son écosystème intestinal avec des bactéries amies et des aliments nourrissant le microbiote. Il est conseillé de continuer à éviter la malbouffe (frites, patates sautées, etc..) et les céréales raffinées en excès. C’est le moment de réintroduire progressivement, selon tolérance, des végétaux riches en fibres prébiotiques, afin de nourrir nos bonnes bactéries (artichauts, poireaux, avoine, etc.) et surtout c’est la bonne période pour adjoindre des aliments fermentés (choucroute crue, kimchi, kombucha, miso, etc.) riches en probiotiques pour réensemencer notre microbiote avec des bactéries amies. Cette phase de réensemencement doit se faire de façon très progressive et adaptée à votre tolérance digestive. La guérison du microbiote peut prendre du temps et il ne faut pas brûler les étapes, mais le jeu en vaut la chandelle puisqu’au bout du tunnel se trouvent la santé et une relation paisible avec vos intestins.

Dr. A. D’oro

Références :

  1. Halmos EP «  A Diet low in fodmaps reduces symptoms of irritable bowel syndrome » Gastroenterology 2013 Sep 24
  2. Eswaran « Low Fodmap in 2017 : lessons learned from clinical trials and mechanistic studies » Neurogastroenterol Motil 2017 Apr ;29
  3. Hustoft TN « Effects of varying dietary content of fermentable short-chain carbohydrates on symptoms, fecal microenvironment, and cytokine profiles in patients with irritable bowel syndrome. » Neurogastroenterol Motil 2017 Apr ;29
  4. « Eradication of small intestinal bacterial overgrowth reduces symptoms of irritable bowel syndrome » Am J GAstroenterol 2000 Dec
  5. Shipradeep« Development of probiotic candidate in combination with essential oils from medicinal plant and their effect on enteric pathogens: a review. » Gastroenterol ResPract. 2012 ;457150
  6. Chen C « Berberine Improves Intestinal Motility and Visceral Pain in the Mouse Models Mimicking Diarrhea-Predominant Irritable Bowel Syndrome (IBS-D) Symptoms in an Opioid-ReceptorDependent Manner. » PLoS One 2015 Dec 23 ;10(12)
  7. Chen C « A Randomized Clinical Trial of Berberine Hydrochloride in Patients with Diarrhea-Predominant Irritable Bowel Syndrome » Phytother Res 2015 Nov ;29(11) :1822-7
  8. Khanna R « Peppermint oil for the treatment of irritable bowel syndrome: a systematic review and meta-analysis. » J Clin Gastroenterol 2014 Jul :48 :5050-12
  9. Alam MS « Efficacy of Peppermint oil in diarrhea predominant IBS – a double blind randomized placebo – controlled study. » Mymensingh Med J 2013 Jan ;22(1) :27-30
  10. Mazurak « Heart rate variability in the irritable bowel syndrome: a review of the literature » Neurogastroenterol Motil 2012 Mar ;24(3) :206-16
  11. Cheng P « Autonomic response to a visceral stressor is dysregulated in irritable bowel syndrome and correlates with duration of disease » NeurogastroenterolMotil 2013 Oct ;25(10)
  12. Liu Q « Autonomic functioning in irritable bowel syndrome measured by heart rate variability: a meta-analysis. » J Dig Dis 2013 ;14(12) :638-46
  13. Stern MJ « HRV biofeedback for pediatric irritable bowel syndrome and functional abdominal pain : a clinical replication series » Appl Psychophysiol Biofeedback 2014 Déc :39(3-4) :287-91
Dr. A. D'Oro

Dr. A. D'Oro

Dr Antonello D’Oro Consultations en Micronutrition et Alimentation Santé Tel: +41.22.301.63.38 Email: secretairedoro@gmail.com 

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