Le microbiote, Partie 1: Annonce d’une nouvelle médecine

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Généralités sur le microbiote

microbiote 1Peut-être avez-vous entendu parler du microbiote. En effet, on retrouve régulièrement des articles et des livres parlant de ce sujet. En réalité, il s’agit d’un nom moderne pour parler de notre flore intestinale. Les récentes découvertes sur le microbiote ont permis de mettre en évidence un petit monde invisible constitué de 100 000 milliards de bactéries, dix fois plus que le nombre de cellules humaines composant le corps. Ces dernières années, le séquençage du génome bactérien (métagénome) a mis en évidence plus de 3 millions de gènes soit 150 fois plus que l’ADN humain. On a également découvert que le microbiote compte plus de 1 000 espèces de bactéries qui cohabitent et communiquent entre elles en permanence. La relation entre l’équilibre des bactéries intestinales et notre santé est de plus en plus étudiée. Des publications médicales récentes montrent que le microbiote d’une personne sur quatre contient 40 % d’espèces de bactéries en moins. Cet appauvrissement entraîne un déséquilibre important permettant aux bactéries pathogènes de prendre le contrôle de nos intestins, au détriment des bactéries amies. Ce déséquilibre s’appelle une dysbiose intestinale et a pour conséquence d’exposer la muqueuse intestinale qui est ainsi moins bien protégée. Les parois de l’intestin deviennent poreuses et laissent passer des molécules toxiques, créant un état inflammatoire chronique qui peut engendrer des maladies chroniques, mais aussi des troubles psychiques.

Selon le Dr Perlmutter, célèbre neurologue et nutritionniste américain, cette hyperperméabilité de l’intestin semble être la pierre angulaire de nombreuses pathologies telles que le diabète, le surpoids, les maladies auto-immunes, l’Alzheimer, le TDHA ou la maladie de Parkinson, etc.

Le rôle néfaste de la perméabilité de l’intestin

Il faut être conscient qu’environ 80% de toutes nos cellules immunitaires se trouvent autour de notre intestin. Lorsque notre paroi intestinale est enflammée, suite à une dysbiose intestinale, elle devient perméable (leaky gut) et laisse pénetrer divers molécules pathogènes. Pour répondre à cette invasion, notre corps déclanche une réaction du système immunitaire. De nombreuses études montrent que ces attaques du système immunitaire jouent un rôle clé dans le dévloppement des maladies auto-immunes (par exemple, maladie d’Hashimoto, diabète de type 1, polyarthrite rhumatoide etc..).

Des chercheurs ont également identifié une protéine appelée zonuline qui a la capacité d’augmenter la perméabilité intestinale. Les chercheurs par la suite ont découvert que la majorité des maladies auto-immunes avaient des hauts niveaux de zonuline ainsi qu’un intestin perméable (leaky gut).

Nous verrons ultérieurement que de nombreux facteurs peuvent détruire notre microbiote et favoriser un leaky gut telles qu’une alimentation déséquilibrée, des médicaments (antibiotiques, IPP, AINS), des infections, le stress ou des déréglements hormonanux. Ainsi, en raison de nos modes de vie inadaptés, on constate que de nombreuses personnes présentent une mauvaise flore intestinale ainsi qu’une hyperperméabilité de l’intestin. Cela favorise un état inflammatoire intestinal et systémique activant également notre autoimmunité. Il est important de comprendre que la conséquence de cet état inflammatoire avec leaky gut peut se manifester sans troubles digestifs et favoriser des maladies variées telles qu’une dépression, des allergies, des maladies de la peau (psoriasis, eczéma..), des maladies métaboliques comme le diabète ou l’obésité ainsi que des maladies auto-immunes.

L’intestin, notre deuxième cerveau

microbiote 2Depuis longtemps, on a constaté un lien entre le ventre et les émotions. On sait que chez de nombreuses personnes, le stress et l’anxiété sont souvent accompagnés par des perturbations intestinales. Les connaissances médicales actuelles nous permettent de comprendre de mieux en mieux ce lien. En effet, nos intestins sont reliés intimement à notre cerveau à travers plus de 100 millions de neurones (système nerveux entérique). Curieusement, on retrouve dans nos intestins autant d’espèces de neurones ou de molécules chimiques que dans notre cerveau (acétylcholine, dopamine, sérotonine). Notre intestin communique avec le cerveau par voie sanguine et nerveuse via le nerf vague. Les connexions sont surtout en relation avec la partie primitive de notre cerveau (amygdale, hypothalamus, etc.) expliquant l’influence de nos émotions sur notre système digestif. Cette relation intime entre l’intestin et le cerveau a permis à certains médecins de nommer le ventre, le 2ème cerveau.

Les recherches actuelles vont encore plus loin. On commence à comprendre que nos bactéries intestinales influencent notre humeur et nos émotions. Beaucoup de publications médicales mettent en évidence le rôle indéniable des bactéries intestinales sur notre comportement et notre état mental. Les bactéries intestinales sont capables de sécréter différentes molécules qui communiquent avec le cerveau par voie sanguine ou nerveuse participant ainsi au développement de maladies psychiques (dépression, stress, anxiété). Le microbiote intestinal devient un champ de recherche en plein essor. Ainsi, le vaste programme « Microbe & Brain » réunit des neuroscientifiques, immunologues et microbiologistes d’équipes internationales pour étudier l’impact du microbiote sur le système nerveux et les troubles mentaux.

Annonce d’une nouvelle médecine

Nous assistons depuis quelques années à un tournant majeur de la médecine. Les connaissances nouvelles sur notre écosystème intestinal nous permettent d’envisager la médecine de demain de façon différente et plus respectueuse de notre écologie interne. Peut-être que ceux qui prônent depuis des décennies une médecine de terrain moins nocive trouveront finalement un écho favorable par ceux qui auront intégré le rôle clé du microbiote sur la santé.

Ces dernières années, on constate une explosion des recherches dans ce domaine. L’industrie pharmaceutique commence également à s’y intéresser, consciente du potentiel économique de cette médecine de demain. Toutefois, avant de rechercher des nouvelles substances modulatrices de notre microbiote, il est fondamental, en premier lieu, de comprendre comment nous avons traumatisé ce dernier par nos modes de vie déséquilibrés et d’autre part comment ce déséquilibre a permis l’augmentation de nombreuses maladies dites de civilisation. Le rôle néfaste de notre modèle alimentaire occidental (trop riche en sucres, graisses saturées et produits transformés) sur notre écosystème intestinal est bien connu. Plusieurs publications médicales ont montré la perte de la biodiversité de notre microbiote par rapport à des populations vivant comme nos ancêtres avec une alimentation plus naturelle. On sait également qu’un stress chronique et le manque d’exercice appauvrissent notre flore intestinale. Ceci, sans oublier le rôle néfaste sur notre écosystème intestinal de nombreux médicaments prescrits quelquefois abusivement (antibiotiques, inhibiteurs de la pompe à protons, anti-inflammatoires). On commence également à comprendre de mieux en mieux comment notre environnement pollué (pesticides, herbicides, métaux lourds, PCB etc.) a également une action néfaste sur nos bactéries intestinales et favorise de nombreuses maladies dégénératives. Nous verrons dans la 2ème partie de cet article, qu’il existe des stratégies simples qui nous permettent de préserver ou d’améliorer notre microbiote.

Dr A. D’oro

Le microbiote, Partie 2 : Conseils pratiques

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Dr. A. D'Oro

Consultations en Micronutrition et Alimentation Santé, site: http://www.plomed.ch, Email: secretairedoro@gmail.com,Tel: +41.22.301.63.38, 

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Jean-Pierre BARBIER
Jean-Pierre BARBIER
11 mois il y a

Pas de viande et pas de poisson ? Il n’y en a que pour les végétaliens alors ?