La mitohormèse, le secret de la santé et de la longévité

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La mitochondrie
La mitochondrie

Rencontre avec nos mitochondries

Les mitochondries sont des petites structures à l’intérieur de nos cellules qui produisent toute l’énergie dont nos cellules ont besoin pour bien fonctionner. A part nos globules rouges, toutes les cellules de l’organisme ont des mitochondries, c’est pourquoi tous nos tissus sont dépendants de la production d’énergie de nos mitochondries. Tous nos organes, dépendent exclusivement de nos mitochondries pour générer l’énergie nécessaire pour effectuer leur travail.

Nos mitochondries, pour produire de l’énergie, peuvent métaboliser nos sucres, nos graisses et même nos protéines, ceci par des mécanismes différents que nous n’allons pas aborder dans cet article. A un certain point, tous ces nutriments vont alimenter le cycle de Krebs et la chaine respiratoire afin de produire par oxydation de l’énergie sous forme d’ATP (adénosine triphosphate) qui est le produit final de nos mitochondries. L’ATP est notre monnaie énergétique pouvant être utilisée par toutes nos cellules.

Les mitochondries toutefois en même temps qu’elles produisent de l’énergie, elles génèrent certains déchets oxydés que l’on appelle les radicaux libres qui peuvent abimer nos cellules et nos mitochondries. Nous avons heureusement un systèmes antioxydant interne de protection tels que le glutathion, la catalase ou encore la superoxyde dismutase permettant d’éteindre le feu produit par ces déchets oxydants. Lorsque la production de ces déchets est bien contrôlée par notre système antioxydant, on parle d’homéostasie de la cellule. Un déséquilibre de ce système redox peut entrainer une accumulation de radicaux libres provoquant inflammation et dommage aux cellules et aux mitochondries. Les mitochondries peuvent se détériorer et devenir dysfonctionnelles. Ainsi, un déséquilibre du système redox, c’est-à-dire trop de radicaux libres par rapport à nos capacités antioxydantes, est impliqué dans la plupart des maladies chroniques telles que le cancer, les maladies cardio-vasculaires ou métaboliques comme le diabète. Fondamentalement, la recherche a montré qu’une des causes principales du vieillissement, y compris des maladies liées au vieillissement, est en relation avec un stress oxydatif mal contrôlé. Toutefois nous allons voir que la solution ne passe pas par les antioxydants.

L’échec des antioxydants

Equilibre-antioxydant-et-radicaux-libres
Equilibre-antioxydant-et-radicaux-libres

Dès lors, lors d’une dysfonction de la mitochondrie, la stratégie principale en médecine nutritionnel serait de soutenir le système de défense antioxydant avec certains compléments alimentaires comme les vitamines B, C ou E, le coenzyme Q10, acétyle carnitine, l’acide alpha lipoïque, le NAC ou encore le glutathion mais souvent ces stratégies se sont révélées peu efficaces. Il existe effectivement de nombreuses études montrant que la prise de pilules antioxydantes n’est pas associée à une prévention des maladies ou au prolongement de la longévité. Le Prof Michael Ristow, spécialiste de la mitochondrie, a démontré dans des études médicales récentes que la supplémentation en antioxydants n’a permis aucune amélioration de la durée de vie (1). Diverses méta-analyses ont démontré l’échec de ces stratégies et ont même montré dans certains cas une augmentation de la gravité de la maladie et de la mortalité toutes causes confondues. Les raisons du manque de succès ne sont pas entièrement comprises et le concept d’une thérapie antioxydante est de plus en plus remise en question (2).  Le chercheur, Toren Finkel en examinant les fondements biologiques et de signalisation des radicaux libres dans les organismes vivants a montré que selon la quantité de radicaux libres cela pouvait avoir un effet positif sur la longévité ou un effet négatif (3).  De multiples études ont montré que l’exercice physique réduisait le risque des maladies cardio-vasculaires, cérébrales et même le cancer. Le problème de l’exercice est qu’il génère des déchets oxydés, appelés radicaux libres. La solution pour les chercheurs semblait être la prise d’antioxydants pour éliminer ces radicaux libres et ainsi réduire un aspect négatif de l’exercice. Toutefois ce que les études ont montré, c’est qu’en prenant des antioxydants (vitamine C et E), on annulait les avantages adaptatifs de l’exercice physique (4). Ce que les recherches récentes ont montré, c’est qu’un niveau de stress sur la mitochondrie par des radicaux libres est nécessaire pour augmenter les effets de l’exercice en boostant la réponse musculaire et en augmentant la réponse métabolique à l’exercice (5,6), on parle dans ce cas d’une mitohormèse induite par l’exercice. Avant d’aborder la mitohormèse et ses effets bénéfiques, il est nécessaire de mieux comprendre le rôle complexe de la mitochondrie.

Le concept du mode défense de la mitochondrie (Cell Danger Response)

Cell Danger Response

Cette dernière décennie, une meilleure compréhension de la mitochondrie nous permet de mieux appréhender sa fonction. Certains chercheurs comme le Dr. Robert Naviaux, responsable d’un laboratoire de la médecine mitochondriale à l’université de Californie, ont permis d’améliorer notre compréhension de la mitochondrie en montrant que la mitochondrie a une fonction duale, non seulement un rôle de productrice d’énergie mais lorsque l’environnement n’est pas sûre, elle peut se mettre en mode de défense ce qui va détourner la production d’énergie pour se protéger contre des dangers (7). La mitochondrie est comme l’oiseau dans la mine, elle peut détecter la moindre menace pour l’organisme, elle peut détecter pratiquement tous les facteurs pouvant stresser la cellule tels qu’une malbouffe, un intestin en mauvais état, des problèmes psychologiques, des substances toxiques, des déficiences en lumière, des agents pathogènes comme des virus etc.  La mitochondrie si elle sent un danger elle va abandonner son rôle de productrice d’énergie et déplacer ses ressources vers la défense cellulaire. Ainsi nos niveaux d’énergie sont fondamentalement le reflet du degré auquel nos mitochondries sont soit en mode d’énergie soit en mode de défense. On retrouve un mécanisme similaire lors d’une maladie qui va générer des messagers de l’inflammation et en réponse à cela le cerveau va orchestrer une baisse de régime énergétique et les gens vont se plaindre de symptômes tels qu’une léthargie, une apathie, un manque de dynamisme, de motivation et d’énergie, il s’agit d’un mécanisme de protection face à une agression, la personne va ainsi se mettre au repos pour que le corps puisse gérer la maladie, dans ce cas la fatigue fait partie du processus de guérison, il s’agit d’un mécanisme adaptatif de survie.

Lors de la présence de pathogènes, nos mitochondries commencent à produire intentionnellement beaucoup plus de radicaux libres. Elles deviennent moins efficaces pour produire de l’énergie afin qu’elles puissent rejeter plus de radicaux libres et pouvoir endommager réellement tout agent pathogène qui pourrait être présent dans la cellule. Cela remet en partie en question le paradigme voulant que les radicaux libres sont mauvais et que les antioxydants sont toujours bons et surtout cela nous permet de comprendre que la mitochondrie n’est pas une simple centrale d’énergie, elle agit aussi comme une sentinelle   qui prélève constamment des échantillons de l’environnement et en réponse à la détection de ces signaux de stress, les mitochondries réduisent la production d’énergie et déplacent les ressources vers le mode défense. Ce sont ces différentes sources de stress qui vont déterminer le degré auquel nos mitochondries décident si elles vont être en mode énergie ou en mode défense.  Après que les dangers sur la mitochondrie ont été éliminé ou neutralisé, des voies de régénération sont activées afin d’inverser le mode de défense de la mitochondrie pour permettre une meilleure production d’énergie. Toutefois, en cas de persistance de facteurs de stress dans le corps comme des toxines de l’environnement, une dysbiose avec un leaky gut, des virus persistants (EBV, COVID), un stress psychologique chronique etc. la persistance du mode défense de la mitochondrie va ralentir la production d’énergie, impacter la fonction de nos organes et favoriser l’émergence de maladies chroniques (diabète, cancer, autisme, asthme, TDHA etc.) (7) ainsi qu’une accélération du vieillissement (8).  Pour le Dr Naviaux, la biologie du mode de défense de la mitochondrie représente une nouvelle percée de la science qui permet de connecter la santé de notre environnement avec la mitochondrie et l’augmentation des maladies chroniques (9). L’approche en médecine fonctionnelle va donc consister à éliminer ou neutraliser ces facteurs de stress de l’organisme. Nous allons voir maintenant qu’il existe aussi des possibilités d’améliorer la qualité et la quantité de nos mitochondries pour une meilleure vitalité et une meilleure santé et cela passe par un phénomène biologique appelé la mitohormèse.

La mitohormèse, la clé de la vitalité et santé

Bien que la théorie du vieillissement lié au stress oxydatif soit très populaire, les études expérimentales tendent à prouver que cette théorie est en partie fausse, en effet diverses publications ont montré que le fait de donner beaucoup d’antioxydants aux animaux ou aux gens ne prolongent pas leurs vies alors qu’à contrario de nombreuses études montrent qu’en provoquant un stress contrôlé et bien dosé, cela améliore la santé et prolonge la vie. Ces stress contrôlés peuvent impliquer un exercice court et intense, une exposition au froid, une hypoxie intermittente, un jeûne ou certains types de composés phytochimiques.

Lorsque ces stress sur l’organisme sont appliqués à la dose appropriée, ils augmentent notre vitalité et prolongent en fait la durée de vie. En effet, les mitochondries sont mises à l’épreuve par des facteurs de stress, qui créent un pic de radicaux libres, ceux-ci vont signaler aux mitochondries de s’adapter au facteur de stress, leurs permettant ainsi de devenir plus fortes. Un des mécanismes pour expliquer cela est lié à une voie biologique appelée la voie Nrf2 qui est directement stimulée par des radicaux libres, cette voie va enclencher une augmentation de nos propres antioxydants comme le glutathion, la catalase ou le SOD dans des ordres de grandeur plus importants que tous les antioxydants externes que nous pourrions consommer (10) et cela va permettre ainsi une meilleure protection de la mitochondrie et une plus grande résistance au stress oxydatif (11).

La mitohormèse est donc un terme utilisé pour définir une réponse biologique où l’induction par un stress oxydatif faible et non toxique sur des mitochondries conduit à une augmentation de la santé au sein d’une cellule, d’un tissu ou d’un organisme (12). L’activation de la réponse mitohormétique a montré la capacité d’augmenter la durée de vie dans différents modèles animaux, du vers aux mammifères. De plus, la mitohormèse améliore également la santé, en particulier en améliorant le métabolisme et le système immunitaire.   

Des études récentes montrent du doigt le rôle clé de la mitochondrie dans les maladies métaboliques comme l’obésité, l’insulinorésistance ou le diabète. En effet, lors d’une dysfonction des mitochondries, la baisse de la production d’énergie va faire que nos centrales d’énergie ne peuvent plus décomposer efficacement les substrats comme les sucres, les protéines et les graisses afin de les utiliser dans leur mécanisme énergétique. La personne se retrouve avec une incapacité à métaboliser ces substrats énergétiques absorbés et dont beaucoup vont finir par être stockés au lieu d’être transformés en énergie avec les conséquences métaboliques telles que le syndrome métabolique ou le diabète (13,14). De nombreux chercheurs étudient actuellement des médicaments contre l’obésité et le diabète avec des mécanismes mitohormétiques axés sur la mitochondrie (15). Des thérapies par mitohormèse sont étudiées également dans les maladies neurodégénératives (16), ainsi que dans les maladies cardiaques (17), maladies souvent liées à une dysfonction des mitochondries. Nous allons voir maintenant comment nous pouvons, par des stratégies simples, stimuler nos mécanismes mitohormétiques pour une meilleure santé et vitalité.

Les stratégies mitohormétiques

Stratégies Mitohormèses

La recherche dans ce domaine a montré que pour chaque décennie de vie, on observe une baisse de la capacité mitochondriale d’environ 10 %.  Cela ne semble peut-être pas grand-chose, mais voici une autre façon de le dire : une personne typique de 70 ans a perdu 50 % du nombre de mitochondries par rapport à quand elle avait 20 ans et de plus les mitochondries qui restent dans les cellules, n’ont environ que 50% de leur capacité de production d’énergie. Donc, si l’on fait le calcul, il existe une perte de 75% de la capacité mitochondriale entre une personne de 75 ans et une de 20 ans. C’est donc une grande différence dans la capacité de production d’énergie pour un individu, un peu comme passer d’une Ferrari à une deux chevaux. Il est important de comprendre que si l’on a perdu 75% de son moteur au niveau cellulaire, la solution ne peut pas être simplement une amélioration des facteurs de vie par exemple en mangeant plus sainement, en gérant son stress ou en réduisant sa charge toxique par une stratégie de détoxification ni même en avalant de nombreux suppléments alimentaires (vitamines B, NAC, glutathion, CoQ10 etc.).  Bien entendu, les améliorations de nos modes de vie sont importantes et vont permettre de réduire la charge de stress total corporel mais cela ne suffit pas pour retrouver une forte capacité mitochondriale. En effet, les personnes qui veulent augmenter leur capacité énergétique doivent également augmenter la quantité de bon stress dans leur vie par des pics transitoires de stress intense afin de permettre une réaction mitohormétique. Malheureusement, la plupart des gens ont dans leur vie des activités d’intensité faible à modérée et souvent subissent un stress psychologique constant qui est néfaste pour l’organisme. Pourtant notre vitalité et notre sentiment de fatigue dépendent du nombre de mitochondries et de leur force, cela va déterminer le seuil de résilience aux stress de l’environnement.  Donc, pour retrouver une capacité mitochondriale d’une personne plus jeune, il est nécessaire de combiner une réduction de la charge de stress corporelle totale (en améliorant nos modes de vie) et d’améliorer notre moteur cellulaire par des stratégies mitohormétiques. Même si nous ne pouvons pas éliminer les facteurs de stress de notre vie, nous pouvons par certaines stratégies renforcer notre capacité tampon pour permettre à notre corps de gérer le stress tout en maintenant la santé et des niveaux d’énergies élevés. Voyons maintenant quelques stratégies hormétiques bien documentées pour leur effet sur nos mitochondries.

L’exercice physique

La stratégie hormétique peut-être la plus connue est l’exercice physique. Il existe plusieurs types d’exercice, nous avons des exercices de musculation, des entraînements par intervalles à haute intensité ou des entraînements par intervalles de sprint, et nous avons des exercices d’endurance, qui sont d’intensité plus faible pour une durée plus longue. Chez une personne non entrainée, tout type d’exercice augmentera la biogénèse et la croissance des mitochondries alors qu’une personne plus entrainée aura besoin de stratégies plus spécifiques pour amplifier son énergie. Certaines études scientifiques suggèrent que l’entraînement par intervalles à haute intensité (HIIT) et l’entraînement par intervalles de sprint ont un avantage unique à cet égard. En résumé, si la personne ne fait pas d’exercice, faire quelque chose est déjà super. Si une personne fait par exemple déjà de la musculation alors elle pourrait rajouter un entrainement type HIIT ou un entrainement d’endurance etc. Probablement le plus important pour créer un effet hormétique, c’est de comprendre que lors de l’exercice, on doit repousser les limites de son corps au maximum sur une courte période, si l’on ne rentre pas dans ce territoire où l’on est mal à l’aise et que c’est vraiment difficile, alors on ne créer pas un stimulus pour la mitohormèse (18,19). Il est aussi important de comprendre qu’après un effort bref et intense, il faut laisser le corps récupérer afin qu’ils mettent en place les mécanismes de renforcement des mitochondries. Ainsi, un exercice en hormèse se pratique environ 2x par semaine seulement.

Les exercices respiratoires avec apnée

Apnée
Apnée (Photo by Movoyagee on Pexels.com)

Les exercices respiratoires avec des apnées sont une merveilleuse forme de stress hormétique en particulier pour les personnes souffrant de fatigue chronique car c’est généralement un bien meilleur point de départ en ce qui concerne le stress hormétique, car vous stimulez diverses adaptations mitochondriales sans épuiser réellement votre réservoir d’énergie, comme le fait l’exercice. Pour ceux qui n’ont aucune expérience dans les techniques respiratoires en apnée, vous pouvez vous inspirer d’une petite vidéo sur youtube qui s’appelle « respiration, méthode Wim Hof guidée ». Récemment, de plus en plus d’études s’intéressent au bienfait de ces techniques respiratoires (intermittent hypoxia training) sur l’amélioration de la santé cardio-vasculaires (21) sur la protection des maladies neurodégénératives (22), voir même sur le ralentissement du vieillissement physique et cognitif (23). Ces techniques d’apnées sont également le sujet de nombreuses publications dans le domaine de la performance sportive (20). Ainsi, dans une étude, des chercheurs ont fait des tests d’effort sur vélo (ergomètre) avant et après 8 semaines d’entrainement en apnée. Huit semaines plus tard, les personnes entrainées ont augmenté la capacité et la durée pendant laquelle ils pouvaient faire leur vélo de 27% et ont augmenté leur capacité cardiaque de 15% et leur capacité pulmonaire de 40%.

D’autres stratégies d’hormèse

Le stress thermique est également une bonne stratégie hormétique que ce soit un stress par la chaleur comme un sauna ou par le froid. Les deux types de stress thermique améliorent la santé mitochondriale et présentent des avantages métaboliques. Le sauna peut être une stratégie plus adaptée au début pour les personnes souffrant de fatigue chronique. Ces dernières années, en partie grâce aux enseignements médiatisés de Win Hof, diverses stratégies par le froid sont proposées telles que la douche froide le matin ou l’utilisation de bains glacés ainsi que la cryothérapie corps entier. Ces approches par le froid, en plus d’un effet hormétique, ont de nombreux bienfaits sur la santé tels qu’une réduction des douleurs et des inflammations ainsi qu’une amélioration de la circulation et de la production d’hormones (24). Le jeûne et les diverses techniques de jeûne intermittent représentent aussi une bonne approche de stress hormétique, je vous invite à regarder sur mon blog, la vidéo sur les différents types de jeûne intermittent ainsi que l’article sur la diète qui mime le jeûne.

polyphénols et mitohormèse
polyphénols et mitohormèse

Concernant les compléments alimentaires, nous avons vu au début de l’article que les antioxydants n’étaient pas une bonne stratégie pour renforcer les mitochondries, toutefois il existe des composés phytochimiques qui sont étiquetés « antioxydant » mais en réalité, pour notre corps ils agissent comme des pro-oxydants, comme des facteurs de stress qui stimulent les voie hormétiques comme la voie Nrf2 renforçant notre système de défense antioxydant interne de façon beaucoup plus importante que l’utilisation de suppléments antioxydants externes. Il s’agit souvent de polyphénols comme le curcuma, l’extrait de thé vert (ECGG), la sulforaphane, le resveratrol ou des extraits de fruits rouges etc. Des études récentes ont montré l’avantage de ce type de produits sur la santé et les performances physiques (25). Par exemple, une publication de 2019 de la revue « Sport med » a montré que la supplémentation d’un gramme de polyphénols par jour au moins 3 jours avant une compétition ainsi qu’après la compétition, a permis d’accélérer la récupération musculaire et réduire les lésions musculaires via des mécanismes antioxydants et anti-inflammatoires de la voie Nrf2 (26) alors que la prise d’antioxydants après un effort à un effet contraire en empêchant les mécanismes de renforcement des mitochondries, c’est pourquoi il est déconseillé de prendre des antioxydants classiques (vitamine C, E, NAC, glutathion, CoQ10) après un effort (minimum attendre 2 à 3 heures).

La mitohormèse, une approche progressive

Les techniques hormétiques discutées dans cet article peuvent réellement améliorer notre santé et notre vitalité. Il est conseillé de les intégrer progressivement et de manière continue dans notre vie, en cherchant la dose de stress hormétique qui nous convienne. En effet, une personne atteinte d’un syndrome de fatigue chronique ou d’une maladie chronique handicapante ne pourra peut-être pas tolérer plus de 2 minutes d’exercices avant d’être épuisée. Cette personne doit commencer lentement et commencer petit à petit avec des stratégies hormétiques comme des exercices respiratoires avec apnée ou du sauna (sauna à infrarouges plus facile à tolérer), ces techniques n’épuisent pas le corps comme l’exercice physique et donnent des stimuli puissants pour les mitochondries. Pour d’autres personnes, il peut être intéressant de combiner plusieurs stratégies, par exemple faire une activité sportive avec des phases d’apnée ou combiner des apnées avec des exercices peu agressif comme la marche ou du yoga.  La récupération de la vitalité et de la santé va dépendre du degré auquel la personne intègre les facteurs de stress hormétiques dans sa vie. Les approches de mitohormèse sont complémentaires à une prise en charge globale de la santé de l’individu. Il faut tenir compte que beaucoup de problèmes de santé sont liés au mode défense de la mitochondrie qui est provoqué par une perception hostile de l’environnement en lien avec divers causes (toxines, altération du microbiote, virus persistants, autres infections chroniques, stress psychologique chronique etc.). Dès lors, chez une personne malade, il est nécessaire de traiter les causes qui altèrent ces mitochondries et dès que possible on introduit progressivement des stratégies de mitohormèse.

Dr Antonello D’oro

Références 

  1. Michael Ristow “Unraveling the Truth About Antioxidants: Mitohormesis explains ROS-induced health benefits” Nature Medecine, 2014, volume 20, pages709–711
  2. Erez Koren “Supplementation with antioxidants fails to increase the total antioxidant capacity of several cell lines in culture” 2008 Mar;62(3):179-88
  3. Toren Finkel “Oxidant, oxidative stress and the biology of aging” Nature, 2000 408(6809):239-47
  4. Michael Ristow “Antioxidants prevent health-promoting effects of physical exercise in humans” Proc Natl Acad Sci USA, 2009 May 26;106(221):8665-70
  5. Tae Kwan Yoon “Exercise, Mitohormesis and mitochondrial ORF of 12S rNA Type-C” Diabetes Metab J 2022 May;46(3):402-413
  6. Robert V Musci “ Exercise-Induced mitohormesis for the maintenance of skeletal muscle and healthspan extension” Sports 2019 Jul 11:7 (7):170
  7. Robert K Naviaux “Metabolic features of the cell danger response” Mitochondrion, 2014 May;16:7-17
  8. Robert K Naviaux “Incomplete Healing as a Cause of Aging: The Role of Mitochondria and the Cell Danger Response” Biology, 2019 May 11:8(2):27
  9. Robert K Naviaux “Perspective: Cell danger response Biology-The new science that connects environmental health with mitochondria and the rising tide of chronic illness”
  10. Shuya Kasai “Regulation of Nrf2 by Mitochondrial Reactive Oxygen Species in Physiology and Pathology” Biomolecules, 2020 Feb 17;10(2):320.
  11. Kira M Holmstrom “The multifaceted role of Nrf2 in mitochondrial function” Curr opin Toxicol, 2016 Dec ;1:80-91
  12. Clea Barcena “Mitohormesis, an antiaging paradigm” Int Rev Cell Mol Biol 2018;340:35-77
  13. Heinonen S « White adipose tissue mitochondrial metabolism in health and in obesity » Obes Rev. 2020 Feb ; 21(2)
  14. Sarparanta J «  Autophagy and mitochondria in obesity and type 2 diabetes » Curr Diabetes Rev 2017 ;13(4) :352-369
  15. Carlos Marques Palmeira “Mitohormesis and metabolic health: The interplay between ROS, cAMP and sirtuins” Free Radic Biol Med, 2019 Sep;141:483-491
  16. Dhruv Gohel “Mitohormesis; Potential implications in neurodegenerative diseases” Mitochondrion, 202, Jan;56:40-46.
  17. Sarah artwick Bjorkman “The Interplay Between Mitochondrial Reactive Oxygen Species, Endoplasmic Reticulum Stress, and Nrf2 Signaling in Cardiometabolic Health” Antioxid Redox Signal, 2021 Aug 1;35(4):252-269.
  18. Troy L Merry “Mitohormesis in exercise training” Free Radic Biol Med, 2016 Sep:98:123-130
  19. Robert V Musci “Exercise- induced mitohormesis for the maintenance of skeletal muscle and healthspan extension” Sports 2019 Jul 11:7:170
  20. Raphael Faiss “Advancing hypoxic training in team sports: from intermittent hypoxic training to repeated sprint training in hypoxia” Br J Sports Med 2013 Dec;47
  21. Serebrovskaya “Intermittent hypoxia training as non-pharmacologic therapy for cardiovascular diseases: Practical analysis on methods and equipment” Exp Biol Med 2016 Sep
  22. Ryou MG “Intermittent Hypoxia Training Prevents Deficient Learning-Memory Behavior in Mice Modeling Alzheimer’s Disease: A Pilot Study” Front Aging Neurosci. 2021 Jul 1;13
  23. Belay Tessema “Effects of Intermittent Hypoxia in Training Regimes and in Obstructive Sleep Apnea on Aging Biomarkers and Age-Related Diseases: A Systematic Review” Front Aging Neurosci. 2022 May 23;14
  24. Seung-Hyun Ro “ Sestrin2. A regulator of thermogenesis and mitohormesis in brown adipose tissue” Front Endocrinol 2015 Jul 24;6:114
  25. Daniel S. Kashi “The Efficacy of Administering Fruit-Derived Polyphenols to Improve Health Biomarkers, Exercise Performance and Related Physiological Response” 2019 Oct 7;11(10):2389
  26. Johanna Bowtelli “Fruit-Derived Polyphenol Supplementation for Athlete Recovery and Performance” Sport Med, 2019 Feb;49(Suppl 1):3-23.

 

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Christine Th
Christine Th
12 jours il y a

Bonjour Docteur D’Oro
Votre vidéo d’introduction m’a donné l’envie d’en savoir plus.
Depuis 2019 après l’annonce de la maladie de parkinson de mon fils de 38 ans nous nous sommes plongés dans tous les articles concernant cette pathologie afin d’éviter le plus possible les médications chimiques. De ce fait nous n’avons jusqu’à présent pas trouvé de médecins pratiquants une autre possibilité que l’allopathie. De ce fait nous essayons diverses approches, ce qui n’est pas facile, mais nous apprenons au fur et à mesure du temps. Cet article sur les mitochondries est le bienvenu aussi pour moi pour éloigner tous les maux provoqués depuis ces dernières années je vais prendre en compte vos recommandations. Mon fils lira avec grand intérêt ceux concernant le cerveau.
J’avais déjà suivit votre formation sur le ventre.
Je vous ferais part de nos réflexions après en avoir discuté avec mon fils. Il est vrai que je suis quand même souvent démunie face à son état de santé qui se détériore.
Merci pour vos articles qui nous permettent de voir autrement.
Meilleurs voeux
Christine Th.

sabrina marnet letellier
12 jours il y a

merci pour cet article intéressant qui va dans le sens d’une nouvelle méthode developpée en australie pour les maladies métaboliques…et les troubles tel que le SIBO, appelé protocole GEMM. Il se base sur un extrait de pousse de brocoli riche en sulforafane (activé par enzyme myrosinase) pour justement agir via cette réponse Nrf2 . J’ai quelques tres bons résultats sur des personnes chez qui les protocoles SIBO classiques ne fonctionnaient pas!

Christine Th
Christine Th
12 jours il y a

Bonjour Docteur D’Oro
Votre vidéo d’introduction m’a donné l’envie d’en savoir plus.
Depuis 2019 après l’annonce de la maladie de parkinson de mon fils de 38 ans nous nous sommes plongés dans tous les articles concernant cette pathologie afin d’éviter le plus possible les médications chimiques. De ce fait nous n’avons jusqu’à présent pas trouvé de médecins pratiquants une autre possibilité que l’allopathie. Nous essayons diverses approches ce qui n’est pas facile, mais nous apprenons au fur et à mesure du temps. Cet article sur les mitochondries est le bienvenu, je vais prendre en compte pour moi vos recommandations.
Mon fils lira avec grand intérêt ceux concernant le cerveau.
Je vous ferais part de nos réflexions après en avoir discuté avec mon fils. Il est vrai que je suis quand même souvent démunie face à son état de santé qui se détériore à mon regard.
Merci pour vos articles qui nous permettent de voir autrement.
Meilleurs voeux
Christine Th.

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