BlogsLa digestion et l'intestin

Fatigue et manque d’énergie et si vous regardiez du côté de votre intestin

Print Friendly, PDF & Email
Fatigue et intestin

Le système digestif tient un rôle primordial et particulièrement notre microbiote dans la production de notre énergie. C’est pourquoi certains problèmes digestifs et un microbiote déséquilibré peuvent expliquer une baisse d’énergie et un état de fatigue persistant. Même une alimentation optimale, des compléments alimentaires puissants ne vont pas améliorer l’état de fatigue d’une personne qui a un problème digestif. De plus, notre production d’énergie par nos mitochondries ne va pas s’améliorer malgré des entrainements sportifs ou des techniques hormésis telle que la thermogénèse par le froid que nous avons vu dans l’article du mois dernier.  Dans la première partie de cet article nous allons voir que ce n’est pas ce que l’on mange qui est primordiale mais ce que l’on absorbe et dans la deuxième partie de l’article vous allez comprendre comment un déséquilibre de notre microbiote peut être responsable d’une baisse drastique de notre énergie et surtout nous allons aborder les solutions qui vont nous permettre de retrouver une meilleure vitalité et éventuellement de sortir d’un état de fatigue persistant, avec protocole vitalité et antifatigue.

Assimiler nos nutriments pour une meilleure énergie

L’estomac, une première explication d’un manque de vitalité

Une première explication de notre manque d’énergie commence dans l’estomac. En plus de l’action chimique de la pepsine, il existe une digestion mécanique nécessitant l’action d’ondes de mélanges qui brassent les aliments avec de l’acide chlorhydrique, cela produit le chyme.  L’HCL ou acide chlorhydrique, outre le fait de dénaturer les protéines, joue un rôle important dans la destruction des germes pathogènes et stimule également la production d’hormones que vont favoriser la sécrétion de bile et de suc pancréatique. Dans certaines circonstances on ne produit pas assez d’acide dans l’estomac alors on parle d’hypochlorhydrie fonctionnelle (ph>3). Avec l’âge, la baisse de la production d’acide chlorhydrique est fréquente, de plus la prise d’antiacides comme les inhibiteurs de la pompe à protons ainsi qu’un stress chronique peuvent également réduire la sécrétion d’acide gastrique.   Un manque d’acide gastrique va entrainer rapidement après manger un sentiment de plénitude, une digestion lente et favoriser divers symptômes tels que des ballonnements, des éructations, ou un reflux d’acidité souvent rapidement après le repas. De plus une hypochlorhydrie peut engendrer une maldigestion des protéines, une diminution de l’absorption du fer et de la vitamine B12. Si notre corps ne peut obtenir correctement les acides aminés, les vitamines et les minéraux essentiels en raison d’un manque d’acidité alors cela peut vraiment favoriser des états de fatigue quelques fois inexpliqués. Il est fort probable que les personnes qui présentent par exemple des rots, des lourdeurs digestives ou des ballonnements ont un taux d’acidité gastrique trop faible. Si vous avez un doute quant à la production suffisante de votre acidité gastrique, vous pouvez faire un test assez simple, le test à la bétaine HCL. La bétaine HCL est un complément alimentaire qui augmente l’acidité gastrique si l’on prend une capsule de betaine HCL et que vous sentez une amélioration de votre digestion, il est probable que vous manquiez d’acidité. A contrario, quelqu’un qui a une acidité gastrique normale ou élevée aura une sensation de brûlure d’estomac. Certaine personne juste en prenant une capsule de bétaine HCL constate une augmentation de leur énergie car auparavant ils n’obtenaient pas tous les acides aminés et les minéraux dont ils avaient besoin.  Il est conseillé de prendre des suppléments de bétaine HCL qui contiennent également de la pepsine qui est importante pour l’assimilation des protéines.  Maintenant, si l’utilisation de bétaine HCL est très fréquente en médecine nutritionnelle et que les témoignages de l’efficacité de cette approche sont nombreux, il faut noter qu’il manque des études rigoureuses pour confirmer clairement cette approche thérapeutique. Une publication de 2020 c’est toutefois penché sur la littérature scientifique concernant la supplémentation en bétaine HCL lors des repas (1). Il en ressort quelques points intéressants, à savoir qu’en vieillissant, on observe un temps allonger de la réacidification de l’estomac après un repas qui peut réduire l’absorption de macro ou micronutriments.  Les auteurs évoquent également l’utilité de la bétaine HCL chez les personnes sous IPP (inhibiteur de la pompe à protons) qui sont à risque de malabsorption, de ralentissement de la vidange gastrique ou encore de la survie de bactéries ingérées avec des risques de pullulations bactériennes dans l’intestin (1).

L’intestin grêle, lieu principal de l’assimilation des nutriments

Intestin grêle lieu d’assimilation des nutriments

L’intestin grêle est l’endroit ou se passe l’absorption de 90% de tous nos nutriments : acides aminés, glucides, graisses, minéraux et vitamines. La clé du bon fonctionnement de l’intestin grêle est la fonction enzymatique. Il existe deux types d’enzymes au niveau de l’intestin grêle, il y a les enzymes pancréatiques et il y a les enzymes de la bordure en brosse.  La diminution de l’activité de ces enzymes va présenter une source de diminution énergétique importante. Une vie déséquilibrée, un excès de nourriture, des infections chroniques pourraient expliquer que cette réserve d’enzymes pancréatiques diminue de façon inhabituelle. D’autre part, tous ce qui n’a pas été fait avant au niveau de la bouche et de l’estomac va obliger notre pancréas à mettre les bouchées doubles.  C’est ainsi que le pancréas se trouve surmené et cela explique que des études révèlent qu’après 40 ans, chez de nombreuses personnes, le pancréas est anormalement hypertrophié et le processus de sécrétion décline avec l’âge.   C’est pourquoi, de plus en plus de personnes à risque décident de prendre un supplément d’enzymes pour soutenir les processus de digestion.

Si l’on veut évaluer la fonction du pancréas, il existe des tests comme l’élastase fécale qui donne une idée du fonctionnement enzymatique de notre pancréas. Ainsi des problèmes digestifs, une perte de poids anormale, un état de fatigue inexpliqué peut être due à une baisse de la production de nos enzymes pancréatiques. Une publication de 2018 dans une revue prestigieuse a montré qu’environ 15% des personnes âgées avaient une insuffisance pancréatique (élastase fécale moins de 200 mcg) pouvant entrainer des symptômes digestifs ainsi que des phénomènes de malnutrition (2).

Toutefois, le moyen le plus simple reste d’essayer de prendre directement des enzymes, le bon enzyme à la bonne dose souvent donne des résultats rapides, déjà après quelques jours, de plus il n’y a pas de risque de surdosage ou de perturbation de la fonction pancréatique (3).  Chez certaines personnes la prise d’enzymes digestifs peut améliorer le niveau d’énergie car la digestion d’aliments avec une déficience d’enzymes coute beaucoup d’énergie.  De plus des études semblent confirmer l’intérêt de la prise d’enzymes digestifs lors de divers troubles digestifs (4) et également lors de repas très copieux (5). De façon intéressante, une publication médicale a montré également que la prise d’enzymes digestives pancréatiques améliorait la guérison de lésions musculaires suite à des exercices sportifs intenses avec une récupération de la fonction musculaire plus rapide (6).

Prise d’enzymes digestives

D’autre part, lorsque l’intestin est enflammé ou le siège de fermentations bactériennes comme dans la candidose ou le SIBO ou d’autres infections digestives, les enzymes de la bordure en brosse de l’intestin sont en partie détruits. Ce sont ces enzymes lors des dernières phases de digestion qui permettent l’absorption des nutriments et donc la personne qui souffre de problèmes intestinaux chroniques n’aura pas une bordure en brosse qui fonctionnera de façon optimale. Dans ce cas la personne pourra prendre les meilleurs aliments ou les meilleurs suppléments mais si elle n’a pas les enzymes pour réellement extraire et décomposer les micronutriments des  aliments ingérés, on pourra assister à une baisse du niveau d’énergie et une augmentation de la nourriture pour les bactéries, ce qui va favoriser des fermentations avec des ballonnements, des problèmes digestifs et des problèmes immunitaires souvent autour d’un intestin poreux. Une étude récente, chez des enfants souffrant de dermatite atopique et d’allergies alimentaires, a montré que la prise d’enzymes digestifs était associée à une amélioration de la perméabilité intestinale s’accompagnant d’une amélioration des symptômes de la dermatite atopique et des allergies alimentaires (7).

2ème partie : Notre microbiote parle à nos mitochondries

Microbiote et mitochondries

Le microbiote est la pierre angulaire de notre santé, le microbiote permet de moduler efficacement notre système immunitaire, de permettre une meilleure absorption des minéraux ainsi qu’une synthèse de certaines vitamines, de nous protéger contre les pathogènes, d’améliorer notre métabolisme et nos neurotransmetteurs etc. De plus, la science nous confirme qu’un microbiote déséquilibré est impliqué dans de nombreuses maladies telles que le cancer, les allergies, les maladies auto-immunes, les maladies cardiovasculaires ou neurodégénératives.  Concernant le vieillissement, on constate avec l’âge une réduction de la diversité du microbiote (8) et une réduction de l’activité métabolique des bonnes bactéries dans une proportion identique à celle des mitochondries.

On peut se poser la question d’une relation directe entre l’état de notre microbiote et l’activité de nos mitochondries d’autant plus que l’on sait actuellement que nos bactéries intestinales communiquent à travers des signaux biochimiques avec nos mitochondries.    Nous allons voir dans la suite de cet article comment certaines substances produites par nos bactéries intestinales jouent un rôle primordial sur la production d’énergie de nos mitochondries et par conséquent sur notre vitalité.

Nos bactéries intestinales sont essentielles pour la santé de nos mitochondries

Nous allons nous pencher sur certains métabolites produits par un microbiote sain et qui joue un rôle important sur la santé de nos mitochondries, à savoir : le butyrate chef de file des acides gras à chaine courte et les urolithines. Nos bonnes bactéries en fermentant les fibres alimentaires produisent des acides gras à chaine courte qui sont essentiels à notre santé. Les acides gras à chaine courte comprennent le butyrate, le propionate ou l’acétate. Le butyrate, en particulier, est une source d’énergie primaire très importante pour de nombreuses cellules de notre corps, y compris toutes les cellules qui tapissent notre gros intestin comme les colonocytes.   Beaucoup de nos cellules immunitaires telles que les cellules dendritiques, les macrophages utilisent toutes le butyrate comme source d’énergie primaire. Maintenant, le butyrate, au-delà de tout cela, est également un signal métabolique très important. Il active l’AMP cyclique, qui informe nos cellules, nos mitochondries de commencer à brûler les acides gras comme carburant, ce qui permet à notre machinerie cellulaire de brûler les graisses de façon durable et de créer ainsi une production d’énergie de longue durée (9). Les personnes dont les cellules sont incapables de brûler les graisses efficacement, vont souffrir d’une baisse d’énergie et les cellules vont souffrir de ne pas avoir les sources d’énergie dont elles ont besoin, car nous n’avons que peu de sucre et de glycogène dans notre corps pour soutenir nos besoins caloriques dans la durée.   

Les urolithines sont également une classe de composés très intéressants. Ce sont des dérivés de polyphénols que l’on trouve dans les végétaux, toutefois par l’alimentation, nous ne pouvons pas vraiment obtenir des niveaux élevés d’urolithines et il n’y a pas d’aliment que nous puissions manger qui soit un aliment très riche en urolithine.  On sait toutefois que ce sont les aliments riches en acide ellagique qui peuvent être transformés par certaines bactéries intestinales en urolithine A qui est un des promoteurs le plus puissant de la régulation des mitochondries (10). On trouve de l’acide ellagique en petites quantités dans les baies et les fruits rouges et en quantité un peu plus importante dans les grenades et les châtaignes. Toutefois, c’est notre microbiote qui va convertir ce polyphénol en urolithines et en particulier un composé appelé urolithine A.  Les urolithines sont des composés de signalisation très importants pour la santé de nos mitochondries, particulièrement la mitophagie (11). Pour rappel, la mitophagie consiste à éliminer par autophagie les mitochondries dysfonctionnelles, il est important que notre corps puisse les digérer chimiquement afin de reconstruire de nouvelles mitochondries saines et ceci, comme nous le voyons, est lié à ce qui se passe dans notre intestin.   Si quelqu’un a une faible diversité de son microbiote, il se peut qu’il n’ait pas les bonnes souches de bactéries intestinales responsables de la production d’urolithine A.  

Dès lors on comprend qu’une dysbiose intestinale avec une diminution de la diversité du microbiote conduit à réduire la production d’acides gras à chaine courte, à réduire la production d’urolithines et la production de lactate, ce qui va affecter la santé de nos mitochondries. Dès lors, nous comprenons qu’une modulation intelligente du microbiome pourrait avoir un impact significatif sur notre niveau d’énergie et par conséquent sur la fatigue.

Microbiote, perméabilité intestinale et mitochondrie

Notre microbiote est très sensible à nos modes de vie, nous savons par exemple qu’une mauvaise alimentation, un stress psychologique, l’excès d’alcool, l’utilisation d’antibiotiques, ou encore l’exposition à des toxines peuvent affecter la diversité de notre microbiote et provoquer des changements de l’équilibre des bactéries (dysbiose) ce qui peut à son tour affecter l’intégrité de la muqueuse intestinale provoquant une hyper perméabilité intestinale. Cette porosité de l’intestin va permettre le passage de fragments bactériens ou de particules alimentaires non digérées dans la circulation sanguine avec comme conséquence une activation de notre système immunitaire et d’une inflammation systémique. Lors d’une dysbiose, nous avons beaucoup de bactéries gram négatif qui ont le pouvoir de générer des LPS (lipopolysaccharides) et des endotoxines qui ont un fort pouvoir inflammatoire si elles passent la barrière intestinale (12). Chez un individu sain avec une bonne intégrité de sa barrière intestinale et un écosystème équilibré, très peu de LPS peuvent traverser la barrière intestinale et se retrouver dans le sang. A contrario, divers agents altérant la perméabilité intestinale (AINS, alcool) ou causant une dysbiose (alimentation junk food) peuvent augmenter le niveau de LPS dans le sang. Cette endotoxinémie va affecter nos mitochondries de plusieurs façons, premièrement elle peut causer des dommages directs sur la mitochondrie qui peut aussi percevoir ces endotoxines bactériennes comme un signal de danger provoquant une baisse de production d’énergie de la mitochondrie qui passe en mode de défense (13). On sait, par exemple, que chez les personnes souffrant de fatigue chronique, on retrouve une diversité diminuée du microbiote avec un plus grand nombre de bactéries productrices d’endotoxines et parallèlement on constate une diminution des bactéries impliquées dans la production de métabolites bénéfiques comme le butyrate, les utolithines ou le lactate qui soutiennent la production d’énergie de nos mitochondries. Pour comprendre cela, il y a une étude qui est assez époustouflante. Les chercheurs ont utilisé un programme informatique avec un algorithme pour analyser les différences entre les personnes en bonne santé et celles atteintes d’un syndrome de fatigue chronique. Ils ont trouvé qu’uniquement par l’analyse du microbiome intestinal, sans aucun autre biomarqueur sanguin ou hormonal, ils pouvaient détecter avec une précision de 83 % qui souffrait du syndrome de fatigue chronique, cela indiquant le rôle majeur de l’intestin et des mitochondries sur ce syndrome (14).

Soutenir notre axe intestin-mitochondrie pour retrouver notre vitalité

Alors que pouvons-nous faire avec toutes ces informations sur le plan pratique pour améliorer la santé de notre microbiome et de notre axe intestin-mitochondrie ? Nous avon vu qu’il existe des solutions simples pour améliorer la santé de nos mitochondries à travers la prise en charge de notre microbiote, à savoir :

  • Augmenter la production d’acides gras à chaîne courte et particulièrement la production de butyrate
  • Augmenter la conversion des polyphénols, notamment des ellagitanines de certaines baies, fruits et noix, en urolithines et en urolithine A en particulier.
  • Protéger l’intégrité de la barrière intestinale en prenant en charge la perméabilité intestinale

Ces trois choses auront un impact énorme sur votre santé et votre bien-être en général, et bien sûr, sur la fonction et la production d’énergie de vos mitochondries. Voyons concrètement des stratégies simples pour effectuer ces changements. 

Les probiotiques

Les probiotiques pourraient agir de différentes manières pour améliorer la fonction des mitochondries, par exemple en favorisant la production d’acides gras à chaîne courte, qui sont utilisés par les mitochondries comme source d’énergie. Diverses études ont montré l’intérêt de certaines souches comme le Lactobacillus plantarum dont la supplémentation chez des souris diabétique a pu améliorer la fonction mitochondriale et réduire les niveaux de glucose dans le sang (15), ou le Bifidobacterium longum, qui a pu  améliorer la fonction mitochondriale et réduire les lésions cérébrales chez des souris souffrant d’Alzheimer (16) ou encore la supplémentation en Bacillus subtilis ayant permis d’améliorer la fonction mitochondriale et réduire les dommages causés par le stress oxydatif chez des souris souffrant de stress oxydatif (17). Les recherches dans ce domaine restent encore au début et il est difficile aujourd’hui de proposer des marques précises de probiotiques. On peut toutefois proposer d’utiliser des préparations multi souches avec des marques sérieuses.   Quoi qu’il en soit, on constate fréquemment que la prise de probiotiques stimule également la production de butyrate de manière significative.  D’autre part, de façon plus simple, on peut aussi introduire progressivement dans son alimentation des produits lacto-fermentés comme du Kéfir, de la choucroute crue etc. Cela ne peut qu’améliorer la fonction de notre microbiote.

Les prébiotiques

Les prébiotiques sont des fibres solubles qui stimulent la croissance et l’activité des bactéries   amies de notre microbiote permettant ainsi d’améliorer la diversité bactérienne, augmenter indirectement la production d’acides gras à chaine courte comme le butyrate ainsi que d’autres postbiotiques importants jouant un rôle sur la santé en général, y compris la santé mitochondriale  Certaines études ont également suggéré que certains prébiotiques pourraient avoir un effet direct sur les mitochondries,  par exemple,  en réduisant les niveaux de stress oxydatif dans les cellules, ce qui pourrait contribuer à protéger les mitochondries contre les dommages oxydatifs (18). Cependant, de nombreux aspects de l’impact des prébiotiques sur la santé mitochondriale restent encore à élucider et des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre comment les prébiotiques peuvent affecter la fonction mitochondriale.  Etant donné l’impact favorable des prébiotiques sur la santé du microbiote et secondairement sur la mitochondrie, il me semble important de prendre des prébiotiques de façon régulière, il existe dans le commerce des mélanges de divers prébiotiques de bonne qualité.

Les Postbiotiques : butyrate et urolithine A

Les probiotiques commerciaux ne contiennent la plupart du temps que quelques souches dont l’efficacité et la résistance à l’acidité gastrique n’est pas souvent bien documentée scientifiquement et une fois dans l’intestin, les probiotiques doivent consommer des fibres prébiotiques en quantité et en qualité suffisantes pour produire des postbiotiques.  L’ingestion directe de postbiotiques permet d’exercer de suite des effets positifs sur la santé lorsqu’ils arrivent dans l’intestin. Les composés agissant sur les mitochondries comme le butyrate ou l’urolithine A sont donc des postbiotiques puisqu’ils sont produits par la fermentation de glucides complexes par les bactéries du microbiote intestinal.

·         Le butyrate et la tributyrine

Le butyrate est soumis à une succession de réactions biochimiques aboutissant à la production de deux molécules d’acétyl-CoA qui entrent dans le cycle de Krebs, fournissant alors de l’énergie. En cas d’une activité faible en raison d’un microbiote appauvri en bactéries productrices de butyrate, une supplémentation peut aider à compenser cette déficience permettant ainsi de soutenir aussi la fonction des mitochondries. Une étude dans la revue Diabetes a montré chez des souris diabétiques, que l’administration de butyrate a permis une augmentation de la fonction mitochondriale et de la biogénèse permettant de mieux contrôler le diabète.  La tributyrine est une forme pure de butyrate, les études scientifiques ont été surtout faites avec cette molécule.  La supplémentation en tributyrine a montré sur des modèles animaux une capacité à régénérer la muqueuse intestinale, à améliorer la fonction de nos mitochondries, à réduire le stress oxydatif et l’inflammation intestinale ainsi qu’à aider é restaurer un microbiote plus équilibré (20,21,22).  

·         L’urolithine A

Maintenant, il est temps de parler d’un des postbiotiques les plus prometteurs, l’urolithine A.  Nous avons vu que l’urolithine A est un composé naturel produit par les bactéries intestinales à partir des ellagitanines et l’acide ellagique que l’on trouve dans les aliments tels que la grenade, les baies et les noix. Récemment, de nombreuses recherches ont montré son impact sur le vieillissement et la maladie grâce à sa capacité à augmenter la fonction mitochondriale et à réduire l’inflammation. De nouvelles recherchent continuent à explorer et à démontrer le potentiel incroyable de cette molécule. Cette molécule a montré sa capacité à agir directement sur nos mitochondries et ainsi sur notre niveau d’énergie (23) et plusieurs études montrent un effet protecteur sur le vieillissement autant sur la fonction musculaire, le cerveau, le métabolisme et divers autres organes (24-26). Il reste encore difficile de trouver de l’urolithine A en supplément. Maintenant, pour ceux qui ne veulent dépendre d’un produit mais améliorer par eux-mêmes leur production d’urolithine A, alors il est conseillé de suivre les recommandations ci-dessus pour prendre soin de son microbiote et de consommer des produits riches en acide ellagique proposés ci-dessus.

Protocole vitalité et anti-fatigue

1.      Assimiler mieux vos nutriments pour une meilleure énergie

a. Prendre de la Bétaine HCL

Envisager de prendre de la Bétaine HCL, 1cp au début des repas puis selon tolérance et efficacité montez jusqu’à 3 cp par repas si nécessaire, surtout si vous présentez avec la fatigue, de la peine à digérer ou des éructations ou encore des reflux.

b. Prendre des Enzymes digestifs

Prenez des enzymes digestifs soit pancréatiques (pancréatine) ou des enzymes digestifs de la bordure en brosse (peptidases, disaccharidases etc.). Le besoin des ces enzymes augmentent avec l’âge, en cas de stress chronique ou d’infections digestives. Une possibilité est de prendre des formes complètes couvrant ces 2 groupes d’enzymes comme la marque Enzymedica Digest Gold ATP ou chez Kirman Labs, Enzyme Complete DPP-IV (chez I-Herb).

2.      Equilibrer son microbiote afin de booster ces mitochondries et son énergie

a. Prendre des prébiotiques

Il s’agit de fibres solubles qui permettent de nourrir les bonnes bactéries et d’augmenter indirectement la production de butyrate.  Pour les personnes qui souffrent d’un côlon irritable, je conseille l’Optifibre (5 à 10 gr par jour) ou/et la fibre d’acacias (par exemple Prebiosoft de chez Nutrixeal).  Pour les autres personnes, on peut prendre des mélanges de plusieurs sources différentes, par exemple Biofilm de chez pileje ou FiberMend de chez Thorne etc. Ces marques sont données à titre personnel mais il existe de nombreuses autres marques efficaces et de bonne qualité.

b. Prendre des probiotiques

Les probiotiques pourraient agir de différentes manières pour améliorer la fonction des mitochondries, par exemple en favorisant la production d’acides gras à chaîne courte, qui sont utilisés par les mitochondries comme source d’énergie. Il existe de multiples préparations de probiotiques sur le marché.  Je propose pour mes patients assez souvent la marque Seed (seed.com) qui combine une vingtaine de souches variées de lactobacillus et de bifidobactéries, toutes les souches ont été validée dans des publications et ont été choisie pour avoir un impact global sur la santé.

c. Prendre du butyrate

L’ingestion directe d’un postbiotique permet d’exercer tout de suite des effets positifs sur la santé lorsqu’ils arrivent dans l’intestin. Depuis plusieurs années on trouve sur le marché du butyrate en supplémentation, toutefois les dosages de certaines marques semblent insuffisants, le dosage conseillé par certains spécialistes est autour de 1000 à 2000 mg/jour. La tributyrine est un type de composé de butyrate dans une forme plus pure sans être mélangé à aucune poudre ou agent agglomérant et semble une forme plus efficace de butyrate (exemple : Tributyrin de chez Apex Energetics, SunButyrate liquide de chez Pure Encapsulations etc ).

b. Prendre de l’urolithine A

Récemment, de nombreuses recherches ont montré son impact sur le vieillissement et la maladie grâce à sa capacité à augmenter la fonction mitochondriale et à réduire l’inflammation. On trouve sur le marché Mitopure qui est une forme pure d’urolithine A. La marque Time-line commercialise un produit nommé Cellular nutrition, un concentré d’urolithine A pure. Dans la marque Pure encapsulation, il existe un produit nommé Renual qui associe l’urolithine A avec du resveratrol et du Q10.

Dr. A. D’Oro

Références :

  1. Thomas Guilliams « Meal-Time Supplementation with Betaine HCl for Functional Hypochlorhydria: What is the Evidence? Integr Med, 2020 Feb;19(1):32-36
  2. J-M Lohr “The ageing pancreas: a systematic review of the evidence and analysis of the consequences” J Intern Med 2018;283(5):446-460
  3. H Friess “Influence of high-dose pancreatic enzyme treatment on pancreatic function in healthy volunteers” Int J Pancreatol. 1998 Apr;23: 115-23
  4. Mario Roxas “The role of enzyme supplementation in digestive disorders” Altern Med Rev. 2008 Dec;13(4):307-14
  5. F Suarez “Pancreatic supplements reduce symptomatic response of healthy subjects to a high fat meal” Dig Dis Sci. 1999 Jul;44(7):1317-21
  6. Paul C Miller “The effects of protease supplementation on skeletal muscle function and DOMS following downhill running” J Sports Sci. 2004 Apr.22 (4):365-72
  7. Sanford Singer “Pancreatic Enzyme Supplementation in Patients with Atopic Dermatitis and Food Allergies: An Open-Label Pilot Study” 2019 Feb;21(1):41-45
  8. O’Toole PW « Gut microbiota and aging » Science. 2015
  9. Donohoe DR « The microbiome and butyrate regulate energy metabolism and autophagy in mammalian colon » Cell Metab 2011
  10. D’amico D « Impact of the natural compound Urolithin A on health, Disease and Aging » Trends Mol Med. 2021
  11. Andreux PA « The mitophagy activator urolithin A is safe and induces a molecular signature improved mitochondrial and cellular health in humans » Nat Metab 2019
  12. Malesza IJ, « High-Fat, Western-Style Diet, Systemic Inflammation, and Gut Microbiota: A Narrative Review » Cells. PMID: 34831387
  13. Li « Selective inhibition of JNK located on mitochondria protects against mitochondrial dysfunction and cell death caused by endoplasmic reticulum stress in mice with LPS‑induced ALI/ARDS.» Int J Mol Med. 2022. PMID: 35514298 
  14. Ludovic Giloteaux « Reduced diversity and altered composition of the gut microbiome in individuals with myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome » Microbiome, 2016 Jun 23;4(1):30.
  15. Cai, X. « Lactobacillus plantarum ameliorates diabetic symptoms by modulating the gut microbiota and improving mitochondrial function in type 2 diabetic mice ». Journal of Diabetes, 2019, 11(1), 77-87.
  16. Shi, « Bifidobacterium longum attenuates cognitive decline and reduces amyloid-β plaque burden in the APP/PS1 mouse model of Alzheimer’s disease. » Brain Research,2017 :147-155.
  17. Feng, J. « Bacillus subtilis improves oxidative stress-induced damage in mice. » Oxidative Medicine and Cellular Longevity, 2013, 814157.
  18. Salehi- Abargouei « Prebiotics, Prosynbiotics and Synbiotics: Can They Reduce Plasma Oxidative Stress Parameters? A Systematic Review.» Probiotics Antimicrob Proteins. 2017 Mar;9(1):1-11.
  19. Ryu G « Urolithin A induces mitophagy and prolongs lifespan in C. elegans and increases muscle function in rodents » Nat Med 2016 Aug
  20. Chunchun Wang “Effects of dietary tributyrin on intestinal mucosa development, mitochondrial function and AMPK-mTOR pathway in weaned pigs” J Anim Sci Biotechnol 2019 Nov 25;10:93
  21. Chunchun Wang “Dietary Tributyrin Attenuates Intestinal Inflammation, Enhances Mitochondrial Function, and Induces Mitophagy in Piglets Challenged with Diquat” J Agric Food Chem 2019 Feb 6:67(5)
  22. Ishaq Ahmed “Dietary Interventions Ameliorate Infectious Colitis by Restoring the Microbiome and Promoting Stem Cell Proliferation in Mice” Int J Mol Sci. 2021 Dec 29;23(1):339
  23. Davide D’Amico “Impact of the Natural Compound Urolithin A on Health, Disease, and Aging” Trends Mol Med 2021 Jul;27(7):687-699
  24. Ashley Mulcahy Toney “Immunomodulatory Role of Urolithin A on Metabolic Diseases” Biomedicines 2021 Feb 15;9(2):192
  25. Zhuo Gong “ Urolithin A attenuates memory impairment and neuroinflammation in APP/PS1 mice” J Neuroinflammation 2019 Mar 14;16 (1):62
  26. Sophia Liu “Effect of Urolithin A Supplementation on Muscle Endurance and Mitochondrial Health in Older Adults: A Randomized Clinical Trial” JAMA Netw Open 2022 Jan 4;5(1)

© 2023, Dr. A. D’Oro. All rights reserved.

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez 2 E-BOOKS gratuits : "Micronutrition et bilans nutritionnels" et "Le sommeil" !

La médecine nutritionnelle (ou micronutrition) est une approche complémentaire à la médecine classique basée sur des connaissances scientifiques reconnues. Les bilans utilisés sont multiples et variés et permettent d’explorer les différents terrains physiologiques du patient. 

Vous allez trouver ces informations indispensables !!

Dr. A. D'Oro

Consultations en Micronutrition et Alimentation Santé, site: http://www.plomed.ch, Email: secretairedoro@gmail.com, Tel: +41.22.301.63.38,

Dr. A. D'Oro has 112 posts and counting. See all posts by Dr. A. D'Oro

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

1 Commentaire
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Chatot
Chatot
1 année il y a

Bonjour

Juste quelques mots pour dire que c est formidablement bien résumé et concis et très clair
Merci beaucoup

1
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x