Une approche intégrée de la dépression, (Partie 2/2)

Print Friendly, PDF & Email

Introduction

Lors de la première partie de cet article, nous avons vu qu’il existe une nécessité de changer de façon radicale la prise en charge de la dépression. Dans cet article nous allons comprendre qu’Il faut avoir une vision globale des facteurs perturbants  et être capable de combiner des approches diverses pouvant intégrer des indications alimentaires, la prescription d’une activité physique, la gestion du stress, la psychothérapie et surtout le contrôle de l’inflammation à travers des thérapies non pharmacologiques (plantes, compléments alimentaires etc..).

Dans cet article, afin de se centrer sur les approches plus biologique et novatrices, nous n’aborderons pas la psychothérapie ni les approches de gestion du stress comme la méditation en pleine conscience qui sont des approches importantes lors de la prise en charge d’une dépression et surtout permettent d’éviter une récidive.

En effet, plusieurs études ont démontré qu’un traitement antidépresseur associé à une psychothérapie était beaucoup plus efficace qu’un traitement médicamenteux seul (1). De plus la pratique de programme de mindfulness permet de réduire fortement les récidives dépressives (2). Dés lors on peut s’étonner de la persistance chez de nombreux médecins de croire qu’une thérapie uniquement médicamenteuse peut efficacement prendre en charge une dépression d’autant plus (comme nous l’avons vu dans la première partie) que l’efficacité de ces molécules chimiques est vraiment remise en question.

En premier lieu mangez sainement

La bonne nouvelle pour les personnes souffrant de dépression, c’est que l’alimentation peut réellement les aider.

depression2Une méta-analyse récente incluant 11 études avec des patients souffrant de dépression a permis de confirmer scientifiquement une relation inverse entre la dépression et la consommation d’une alimentation riche en acide folique (légumes verts) en acide gras oméga 3 (poissons des mers froides), en huile mono saturée (huile d’olive), en légumes,  noix et légumineuses. Les chercheurs  de l’Oxford University ont conclut que la nutrition peut réellement influencer le risque de faire une dépression (3). Une autre étude a montré également que les personnes qui avaient une alimentation riche en fruits, légumes et poissons par rapport à ceux qui consommaient des produits raffinés, de la viande et des desserts sucrés, diminuait nettement leur risque de dépression (4).

Plusieurs autres études d’intervention confirment ces constatations épidémiologiques, ainsi dans une étude publiée récemment dans la célèbre revue «  American Journal of Psychiatry », des patients souffrant d’une dépression majeur ont bénéficié d’un coaching en alimentation saine pendant 6 semaines, les résultats ont été remarquables avec une nette diminution des récidives dépressives et une diminution d’environ 40 à 50% des symptômes dépressifs (5). A la vue des connaissances actuelles, il paraît licite de proposer aux personnes dépressives d’adopter une alimentation saine  comprenant des fruits, légumes et poissons avec réduction des aliments sucrés et trop gras, des produits raffinés et de l’excès de viandes transformées (charcuterie).

Faire de l’exercice physique est excellent pour le moral

depression2-2Communément la plus part des gens ont constaté les effets positifs de l’activité physique sur le moral. De plus, un grand nombre d’études ont montré des effets positifs de l’activité physique sur la qualité de l’humeur et la réduction de l’anxiété.

Plus récemment certaines études médicales ont pu démontrer qu’une activité physique régulière diminuait le risque de faire une dépression (6).

Sur le plan thérapeutique,  l’exercice physique a montré dans des études contrôlées qu’il avait un effet  efficace sur les troubles anxio-dépressifs comparable à un antidépresseur dans les formes légères à modérées (7) et a également montré un impact favorable dans les dépressions majeures associées à un antidépresseur (8).

L’effet positif de l’exercice physique serait en relation avec le relâchement des endorphines et avec une augmentation des taux de sérotonine.

Des recherches dans ce domaine sont toutefois encore nécessaires pour mieux comprendre le potentiel d’interaction avec d’autres approches et de mieux déterminer le type d’exercice optimal, son intensité, sa fréquence et sa durée. En attendant sortir ces baskets et aller courir  en respectant une progression adaptée à son niveau physique représente un traitement efficace et peu onéreux.

Un sommeil de qualité pour ne pas déprimer

Un bon sommeil est indispensable pour une bonne santé. Ces dernières années des études médicales  ont mis en évidence une relation entre les troubles du sommeil et le risque de maladies cardiovasculaires, de cancer mais également de dépression.  En effet, les troubles du sommeil perturbent notre système neuro-endocrinien, notre immunité favorisant également un état inflammatoire à bas bruit (9).

Une étude récente particulièrement intéressante a évalué sur une période de 5 ans la qualité  de sommeil d’environ 1000 femmes âgées ne souffrant pas de dépression. Les femmes qui avaient un sommeil de mauvaise qualité ont développé plus fréquemment une dépression dans les années suivantes (10).  Cette étude nous indique qu’un sommeil de mauvaise qualité chez une personne âgée, même sans signe de dépression, devrait être pris au sérieux quant au risque de favoriser une dépression au long cours.

Dans une autre étude chez des adolescents chinois (3186 étudiants),  on a pu montrer une forte relation entre les troubles du sommeil et la présence de symptômes dépressifs. Souvent les troubles du sommeil étaient un signe avant coureur d’un état dépressif avant que ce manifeste une vraie dépression (11).

Contrôler l’inflammation est indispensable pour traiter la dépression

Durant ces dernières années, on a découvert que l’inflammation était un facteur étiologique important des troubles de l’humeur et particulièrement de la dépression. Les preuves scientifiques se sont accumulées pour démontrer l’implication de l’inflammation dans la physiopathologie de la dépression. En effet, on a pu mesurer des niveaux élevés de cytokines pro-inflammatoires autant dans les dépressions majeures que dans les troubles bipolaires. Les mécanismes de l’inflammation sont complexes sur le cerveau ne se limitant pas seulement aux effets directs des cytokines inflammatoires, mais impliquant également une perturbation de l’axe hypothalamo-surrénalien, de la neuroplasticité, de l’activation des cellules de la micro-glie, etc… (12).

Dans notre société occidentale, les facteurs favorisants un état inflammatoire dans l’organisme sont multiple et fréquents. Par exemple l’obésité est associée avec une inflammation de bas de grade en raison du rôle actif pro-inflammatoire des cellules graisseuses. La production excessive de ces cytokines a comme résultat de perturber la formation de sérotonine en activant une enzyme (enzyme indolamine 2,3-dioxygenase) qui favorise la dépression.  Une mauvaise alimentation de type Junk Food peut avoir les mêmes résultats sur le cerveau. En effet certains aliments trop gras et trop sucrés entraînent une inflammation de l’intestin  augmentant le niveau d’inflammation de l’organisme indirectement par l’augmentation des LPS (lipopolysaccharides bactériens intestinaux (13).

Dés lors, l’utilisation de produits anti-inflammatoires naturels pour traiter la dépression comme les acides gras oméga 3 et le curcuma sont de plus été étudiés.  Ces compléments se sont révélés utiles autant en prévention que comme traitement de la dépression dans diverses études médicales de qualité (14, 15). Récemment dans une étude de qualité (randomisée, double aveugle), le curcumin a montré une efficacité scientifiquement prouvée dans le traitement de la dépression majeure, l’effet thérapeutique survenant après 4 à 8 semaines de traitement (16).

L’axe intestin-cerveau, une relation primordiale

Il existe des preuves scientifiques de plus en plus nombreuses montrant l’influence de la flore intestinale sur notre humeur et nos capacités cognitives. Les mécanismes de communication bidirectionnelle entre le cerveau et l’intestin sont de plus en plus étudiés et compris (17). Des dysfonctions de l’axe intestin-cerveau sont impliquées dans des pathologies comme la dépression, l’anxiété ou le colon irritable, voir même l’autisme. Des travaux ont également montré l’importance de notre flore intestinale dans la qualité de notre réponse à des stress aigus ou chroniques suggérant des stratégies futures de modulation du microbiote (18).

Des études cliniques ont démontré des changements de comportement et de la chimie du cerveau après induction d’une dysbiose intestinal par administration d’antibiotiques. Ce concept microbiote-intestin-cerveau ouvre des nouveaux champs de recherche afin de développer des thérapies agissant sur les désordres psychiatriques en manipulant le microbiote (19).

Dès lors toutes les stratégies naturelles afin d’améliorer la flore intestinale et de réduire une hyperperméabilité intestinale sont justifiées. En premier lieu il faut favoriser une alimentation saine de type méditerranéenne, éviter la junk food et tenir compte d’intolérances alimentaires possibles (sensibilité au gluten, intolérance au lactose etc..). Des produits naturels modulant la flore intestinale telles que les pro- biotiques ont également une place dans la prise en charge des troubles de l’humeur.

Ces bactéries amies sont reconnues comme capables de produire des substances psychoactives comme la sérotonine ou le GABA agissant à travers l’axe cerveau-intestin. Certains bénéfices favorables sur la dépression sont également expliqués  par un effet anti-inflammatoire et une réduction de l’activité de l’axe du stress (20).

Prise en charge globlae

En résumé pour prendre en charge une dépression, il faut avoir une vision globale des facteurs perturbants  et être capable de combiner des approches diverses pouvant comprendre comme nous l’avons vu ci-dessus des indications alimentaires, la prescription d’une activité physique, la gestion du stress et une psychothérapie.

Un antidépresseur pharmacologique pourrait être associé pendant 2 à 3 mois. De façon plus naturelle une phytothérapie soutenant les neurotransmetteurs du cerveau reste une alternative plus favorable. Ainsi pour stimuler la sérotonine on pourrait utiliser des préparations à base de Millepertuis ou de Griffonia, et pour renforcer l’axe dopaminergique, du Mucuna. On peut associer de façon efficace des plantes anxiolytiques ou sédatives (Passiflore, Escholtzia,  Valériane).

Le contrôle de l’inflammation, le soutien et la correction de la flore intestinale sont des approches plus récentes et prometteuses.

L’inflammation comme nous l’avons vu ci-dessus altère la formation de la sérotonine en stimulant les enzymes IDO. Cet effet négatif peut être réduit naturellement par des apports de polyphénols incluant du curcumin (avec piperidine) et de la quercétine. L’association avec des acides gras Oméga 3 renforce l’effet anti-inflammatoire et les possibilités de plasticité cérébrale.

La modulation du microbiote intestinal par la prescription de probiotiques permettra d’agir favorablement sur l’axe intestin-cerveau.

Dr A. D’oro

Références :

  1. A systematic Review of comparative efficacity of treatments and controls for depression Arif Khan, Plos One 2012 ;7(7)
  2. Review of the effects of mindfulness meditation on mental and physical health and its mechanisms of action Sante Ment Que 2013 utumn ;38(2).13-34
  3. Diet and the risk of unipolar depression in adults: systematic review of cohort studies Sanhueza C1, Ryan L, Foxcroft DR J Hum Nutr Diet. 2013 Feb;26(1):56-70.
  4. Dietary pattern and depressive symptoms in middle age.
    Akbaraly TN1, Brunner EJ Br J Psychiatry. 2009 Nov;195(5):408-13
  5. Coaching in healthy dietary practices in at-risk older adults : a case of indicated depression prevention
    Atahl ST, Albert SM, Am J Psychiatry 2014 May 1 ; 171 : 499-505
  6. Physical activity,exercise,depression and anxiety disorders
    Strohle A., J Neural Transm 2009 Jun ;116 777-84
  7. Exercice for the treatment of depression and anxiety
    Carek Pj Int J Psychiatry Med 2011 :41 : 15-28
  8. Exercice or basic awarness therapy as add-on treatment for major depression : a controlled study
    Danielsson L. J Affect Disord. 2014 Jul 5 ;168C 98-106
  9. Why sleep is important for health : A psychoneuroimmunology perspective
    Irwin MR, Annu Rev Psychol 2014 jul 21
  10. Subjective and objective sleep disturbance and longiudinal risk of depression in a cohort of older women Maglione JE, Sleep 2014 Jul 1 ;37 :1179-87
  11. Prevalence and correlates of sleep disturbance and depressive symptoms among Chinese adolescents : a cross sectionnal survey study
    Guo L. BMJ Open 2014 Jul 29 :4(7)
  12. Inflamed moods : a review of the interactions between inflammation and mood disorders Rosenblat JD, Prog. Neuropsychopharmacol Biol Psychiatry 2014 Aug 4 ;53 :23-34
  13. Diet-induced obesity progressively alters cognition, anxiety-like behavior and lipopolysaccharide-induced depressive-like behavior : Focus on brain indolamine 2,3-dioxygenase activation
    Andre C, Brain Behav Immun 2014 Mars 27
  14. Fatty acids in treatment and prevention of depression
    Wilczzynska A. Psychiatr Pol, 2013 jul-Aug ;47 : 657-66
  15. Role of Omega 3 Fatty acids in the treatment of depressive Disorders : a comprehensive Meta-analyse of randomized clinical Trials
    Giuseppe Grosso, PLos One, 2014 ;9(5) : e96905
  16. Curcumin for treatment of major depression : a randomised, doubleblind placebo controlled study
    Lopresti AL, J Affect Disord 2014 jun 11 ; 167C :368-374
  17. The effects of gut microbiota on CNS function in humans
    K Gut Microbes 2014 May 16 :5(3)
  18. The impact of microbiota on brain and behavior : mechanisms & therapeutic potential
    Borre YE, Adv Exp Med Biol 2014 ;817 :373-403
  19. The effects of inflammation, infection and antibiotics on the microbiota-gut-brain axis.
    Bercilk P Adv Exp Med Biol
  20. Psychobiotics : a novel class of psychotropic
    Dinan TG, Biol Psychiatry 2013 Nov 15 ;74 :720-6
Dr. A. D'Oro

Dr. A. D'Oro

Consultations en Micronutrition et Alimentation Santé, site: http://www.plomed.ch, Email: secretairedoro@gmail.com,Tel: +41.22.301.63.38, 

  3 comments for “Une approche intégrée de la dépression, (Partie 2/2)

  1. Avatar
    Marilyn
    17 septembre 2014 at 12 h 14 min

    Un grand merci pour ces deux articles très intéressant et complet ainsi que la facilité de les comprendre. Ils sont très bien écrit.
    Salutations.
    Marilyn

  2. Avatar
    lacoudre
    26 février 2020 at 18 h 22 min

    Bonjour Docteur,

    Je me permets de vous solliciter car je me sens très irritable, stressée et comme dépassée par tout ce que j’ai à faire. J’ai l’impression de ne pas avoir assez de temps pour faire tout ce que je devrais faire. Du coup, je ressens comme un manque d’entrain et d’énergie pour affronter les choses du quotidien. J’aimerais arriver à lâcher prise sur bien des choses, mais j’ai beaucoup de mal.
    Pourriez-vous me conseiller des produits qui pourraient m’aider car je n’ai pas envie de prendre des anxiolytiques ou antidepresseurs.
    Vous parliez dans vos articles de griffonia, de théanine, de mucuna, de millepertuis…. je suis un peu perdue.
    Merci d’éclairer ma lanterne.
    Bien à vous.
    Sylvie.

    • Dr. A. D'Oro
      1 mars 2020 at 19 h 06 min

      Bonjour,

      Un sentiment dépressif avec irritabilité, changement d’humeur,
      réveils nocturne et compulsions alimentaires en fin de journée peut évoquer
      une diminution de la sérotonine.Pour améliorer ces symptômes, on peut en premier essayer de prendre un acide aminé précurseur de la sérotonine, le tryptophane. Le besoins en tryptophane est variable pour chaque personne. On peut par exemple essayer un comprimé de 500 mg en milieu d’après midi et 500mg avant le repas du soir et peut être même rajouter un comprimé au couché en cas de trouble du sommeil. Les effets quelque fois peuvent être ressentis après un quart d’heure. Pour certaines personnes, en raison de l’inflammation, le tryptophane sera inefficace, il peut être préférable dans ce cas d’essayer le 5-HTP qui est un précurseur plus avancé de la sérotonine, par exemple 50 mg 3x par jour (Griffomag 5HTP de chez nutrixeal.fr)..

      Si cela ne marche pas, cela veut dire que peut-être la sérotonine n’est pas le problème majeur ou qu’il existe un problème sous-jacent perturbateur, par exemple si vous avez une candidose intestinale, le soutien de la sérotonine par des compléments ne sera pas suffisant. Pour certaines personnes, la prise d’un antidépresseur SSRI peut aider, on peut même être associé avec la prise de tryptophane. Dans ce cas, il est préférable de prendre le médicament le matin et le tryptophane en milieu d’après-midi et le soir afin d’avoir au moins 6h de décalage entre les 2 produits.

      Maintenant, il existe un deuxième neurotransmetteur dont un taux abaissé est directement lié à l’anxiété, il s’agit du GABA, l’acide gamma aminobutyrique. Cela concerne peut-être un peu plus, l’anxiété physique avec des symptômes tels que des tensions musculaires, une boule au niveau de l’épigastre etc. Les compléments se présentent souvent sous forme de comprimé dosé à 500 mg. La forme sublinguale semble la plus efficace. Il est conseillé de commencer par des doses faibles par exemple 125 mg et d’augmenter progressivement jusqu’à atteindre des doses efficaces. Il est indiqué également pour les difficultés d’endormissement lors d’anxiété et il peut être associé dans ce cas là avec le typtophane
      La théanine est également une substance naturelle anxiolytique que l’on trouve de plus en plus facilement sur le marché. Je conseille souvent la théanine de chez Nutrixeal dosée à200, on peut monter les doses jusqu’à 600 à 800 mg en cas de besoin.
      Sincèrement
      Dr A. D’oro

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.