Problèmes hormonaux de la femme, la nécessité d’une vision globale et interconnectée

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Beaucoup de femmes souffrent tout au long de leur vie de divers troubles d’origine hormonale, certains de ces troubles étant réellement handicapants dans leur vie quotidienne. Les femmes sentent intérieurement qu’elles ont un problème avec leurs hormones, mais de nombreux médecins considèrent souvent inutiles de doser ces hormones, ils estiment que les hormones féminines sont trop fluctuantes, les valeurs changeant d’un jour à l’autre, d’un mois à l’autre. Même les bilans des gynécologues sont succincts et se soldent souvent par la prescription d’une pilule hormonale. Pourtant une femme ne souffre pas d’un syndrome prémenstruel handicapant parce que c’est une femme, les kystes ovariens n’apparaissent pas à l’improviste, les fibromes utérins ne croissent pas avec l’âge et les changements d’humeurs n’empoisonnent pas la vie à cause de la lune. Toutes ces choses surviennent parce que les hormones ne sont plus en équilibre. Effectivement, les hormones fluctuent dans le temps mais lorsque vos hormones féminines sont déséquilibrées, il s’agit souvent d’un signe qu’elles n’agissent plus en concert avec les autres hormones, nous verrons que cela est dû à divers facteurs tels que, par exemple, le stress, l’exposition à des perturbateurs endocriniens, une surcharge du foie ou à une dysbiose intestinale etc.  Nous allons découvrir dans cet article que la prise en charge des problèmes hormonaux en médecine nutritionnelle s’effectue grâce à une vision globale et interconnectée de l’être humain.

Une vision tronquée de la médecine

Nous avons vu qu’une femme qui se rend chez son médecin et se plaint de divers symptômes pouvant être en relation avec ces hormones, souvent la réaction est de banaliser et de ne rien faire. De plus, si la personne se plaint de fatigue et de troubles de l’humeur, elle risque de sortir du cabinet avec la prescription d’antidépresseurs. Si elle voit un gynécologue, alors elle a la possibilité de recevoir une pilule hormonale soit d’estrogènes soit combinée avec un progestatif. Mais on peut se demander si ce modèle n’est pas erroné.

Les médecins suivent des recommandations officielles sous forme d’algorithmes de prescription (sous l’influence du big pharma) mais rarement ils recherchent les causes des déséquilibres hormonaux.

Prenons l’exemple d’une jeune fille de 16 ans qui consulte pour de l’acné et dont le traitement est la prescription d’une pilule contraceptive. Le médecin ne va pas chercher à comprendre ce qui a éventuellement déséquilibré ces hormones (excès d’androgènes), d’un lien possible avec sa nourriture, d’un problème d’intestin ou d’une hypersensibilité alimentaire qui aurait pu favoriser son acné. De plus, souvent on sous-estime les effets iatrogènes de ces pilules synthétiques tels que des troubles de l’humeur, d’une augmentation de risque de thrombose ou d’une augmentation du risque de suicide chez les adolescentes (1,2) ainsi qu’une augmentation des risques d’accident cardio-vasculaire et de cancer du sein chez les femmes ménopausées (3).

Certaines approches hormonales comme dans l’anti-aging, tiennent compte des baisses des hormones et cherchent à compenser ces baisses en prescrivant des hormones afin de retrouver les niveaux hormonaux d’une femme jeune. Toutefois actuellement rien n’est moins sûre de l’efficacité de cette approche.  Des femmes peuvent avoir des niveaux relativement faibles d’estrogène ou de progestérone, sans avoir de symptômes associés et cela peut même correspondre à une bonne adaptation à l’état de santé de la personne. Aucune étude au long cours n’a montré l’avantage de ce type d’approche sur la santé et évaluer clairement les risques à moyen et long terme de ces remplacements hormonaux. Il semblerait que ces approches hormonales soient plutôt remises en question (4). Nous allons voir que probablement la meilleure approche à long terme est de corriger les causes sous-jacentes du dérèglement hormonal.

Corriger les causes responsables du déséquilibre hormonal

Lors d’une situation de déséquilibre hormonal avec des symptômes, il est important de rechercher en premier lieu les causes qui ont amené ce déséquilibre plutôt que de se jeter de suite sur des stratégies pour supprimer les symptômes. Toutefois, lorsque les symptômes sont très gênants ou handicapants, il peut être nécessaire de commencer par une stratégie symptomatique et de rechercher et corriger les causes par la suite.

Par exemple, si une femme a des bouffées de chaleur à répétition, qu’elle trempe son lit chaque nuit et qu’elle n’arrive pas dormir, alors il est nécessaire rapidement de trouver des stratégies pour améliorer le sommeil et réduire les transpirations nocturnes (phytothérapie, hormone bio-identique etc.) et parallèlement il est nécessaire de rechercher et corriger les causes sous-jacentes du déséquilibre hormonal en corrigeant les modes de vie, par exemple par l’alimentation, l’exercice, la gestion du stress ou la correction des carences nutritionnelles. On sait que les hormones s’influencent entre elle et les causes des déséquilibres des hormones sexuelles peuvent être lié, par exemple, à une insulino-résistance, à des hormones de stress excessives ou basses, à une hypo fonction de la thyroide ou à un problème de détoxification hépatique, sans oublier les problèmes intestinaux qui peuvent réellement affecter nos hormones.  Cela peut sembler étrange, si une femme vous dit « j’ai un problème hormonal » et que vous lui répondez que son problème n’est pas seulement hormonal mais peut provenir d’une mauvaise régulation du sucre ou d’une perturbation de l’axe intestin-cerveau ou encore d’une mauvaise détoxification hépatique. Il est nécessaire d’expliquer que souvent le déséquilibre hormonal est la pointe de l’iceberg, le but étant d’améliorer l’état de santé de la personne pour que les hormones puissent se réguler naturellement.

Les 3 phases de la prise en charge hormonal

En médecine nutritionnelle, lors d’une prise en charge hormonal, il existe 3 phases distinctes. La première étape est souvent d’agir sur le mode de vie de la femme par des modifications alimentaires, de l’exercice physique, une gestion du stress ou encore la correction de carences micro nutritionnelles.

La deuxième phase correspond aux approches en phytothérapie pour rééquilibre les hormones. Certains thérapeutes utilisent des plantes occidentales, d’autre s’inspire de la médecine chinoise ou ayurvédique. Finalement, si les 2 premières phases n’ont pas suffisamment aidé alors on rajoutera des hormones bio identiques. Il est préférable d’utiliser ces hormones à la dose la plus faible possible et durant une période la plus courte possible. Par exemple, si nous reprenons l’histoire de cette femme qui souffre de bouffées de chaleur toutes les heures, bien que l’on puisse commencer par des changements de mode de vie, il est préférable d’introduire pendant une certaine période une hormonothérapie de substitution par des hormones bio identiques, la phytothérapie dans les cas sévères étant moins efficace. Lorsque les symptômes auront diminué, il est nécessaire de rechercher les causes sous-jacentes du dérèglement hormonal. Il sera temps, par exemple, de s’intéresser à la régulation du sucre, la sensibilité à l’insuline et à la leptine, ou encore à l’état de l’intestin puisque lors d’infection ou d’inflammation de l’intestin, l’équilibre hormonal peut être affecté. Les toxines, comme la toxicité aux métaux lourds ou à des biotoxines comme les moisissures peuvent avoir également un effet de perturbateur hormonal. D’autre part, la capacité de détoxification du foie va avoir aussi un grand impact sur le métabolisme hormonal de la femme, sans oublier le rôle perturbateur majeur du stress et des hormones de stress comme le cortisol.

Rôle de la génétique et de l’épigénétique dans les problèmes hormonaux de la femme

Il y a une expression anglaise qui dit « genes load the gun and epigenetics pulls the trigger”, à savoir que si le gêne est le pistolet, c’est l’environnement qui appuie sur la gâchette.  Actuellement on estime que si environ 10% des maladies ont clairement une origine génétique, 90% sont liées à l’épigénétique, à savoir aux expositions de facteurs de l’environnement (toxines, alimentation, pollution etc.).

Concernant les hormones féminines, on sait que le foie convertit les estrogènes en métabolites à éliminer à travers l’action de certains enzymes (par exemple : COMT et le CYP1B1). L’activité et l’efficacité de ces enzymes est variable d’une personne à l’autre et dépend de ces polymorphismes génétiques. Concernant l’équilibre hormonal, il existe divers polymorphismes génétiques qui peuvent jouer un rôle défavorable. Prenons l’exemple du gène de détoxification CYP1B1.  Les personnes qui ont ce polymorphisme génétique sont prédisposés à faire des dommages à l’ADN et de produire des déchets métaboliques pro cancéreux (4OH- métabolites) (5). Dans ce cas l’épigénétique joue un rôle déterminant puisque la présence de perturbateurs endocriniens, de phtalates ou de PCB etc. vont amplifier ce polymorphysme indésirable alors que des substances comme la grenade, la quercétine, les graines de lin, resveratrol (6) etc. vont inhiber ce polymorphisme indésirable.

Prenons un autre exemple, la présence d’un polymorphisme défavorable du gène codant pour l’enzyme glutathion s-transférase (GSTM1 et GSTP) va réduire la biodisponibilité du glutathion et diminuer la capacité de détoxifier les estrogènes. Cela peut être corrigé par des substances qui stimulent ce gène comme le sélénium, la B6, les aliments riches en acide ellagique (framboises, grenade), l’ail, l’oignon, les citrus etc.

Donc, il faut être conscient que des facteurs génétiques jouent un rôle dans le métabolisme des estrogènes et que si un polymorphisme génétique défavorable est présent, il existe toujours la possibilité d’améliorer cela par l’épigénétique en travaillant sur une alimentation adéquate, une réduction des toxines de l’environnement ou la correction de certains déficits nutritionnels. Il est important que les gens comprennent que nos prédispositions génétiques s’expriment surtout lors que nos modes de vie ne sont pas adéquats pour nos gènes.

Porter attention au microbiote

Le microbiome est actuellement considéré comme un organe endocrinien complémentaire.   Nous savons également depuis plusieurs décennies que notre microbiote joue un rôle important dans l’élimination des estrogènes. Les bactéries intestinales produisant des enzymes qui aident à métaboliser les estrogènes font partie d’une classe de bactéries appelées estrobolome (7,8). La mauvaise santé de l’estrobolome altère un mécanisme de détoxification de phase 2 du foie, la glucuronidation. Ce mécanisme est impliqué dans l’élimination des estrogènes et xénoestrogenes. Des bactéries intestinales pathologiques peuvent produire un enzyme appelé la beta-glucuronidase qui bloque ce processus d’élimination des estrogènes et favorise la réabsorption dans le corps de ces métabolites. Des niveaux élevés de beta-glucuronidase sont associés avec une augmentation du risque de divers cancers, particulièrement ceux hormono-dépendants. Il y a heureusement un antidote nutritionnel, le calcium-D-glucarate qui est un composé se trouvant dans de nombreux fruits et végétaux. Le calcium-D-glucarate augmente la glucuronidation et inhibe la beta-glucuronidase, permettant ainsi au corps de mieux éliminer les estrogènes et les toxines de l’environnement (9).                                     

En conclusion, de nombreuses femmes souffrent de troubles hormonaux qui sont souvent incompris par la médecine conventionnelle. La médecine nutritionnelle et fonctionnelle propose une prise en charge en 3 étapes comprenant des changements de mode de vie, de la phytothérapie et si nécessaire la prescription d’hormones bio identiques. Toutefois, cela peut ne pas suffire si l’on oublie que notre équilibre hormonal est déterminé par divers facteurs de santé comme notre alimentation, notre métabolisme, sans oublier notre microbiote et la capacité de détoxification de notre foie. Dans la deuxième partie de cet article nous aborderons les différents types d’analyses hormonales et évoquerons une analyse particulièrement complète pour appréhender l’ensemble des hormones et leurs interactions, à savoir le Dutch test.

Dr Antonello D’Oro

Références

  1. Sirakov M, « Oral Contraceptives and mood/sexual disorders in women » Akush Ginekol. 2015 ;54(5) :34-40
  2. Schaffir J « Combined hormonal contraception and its effects on mood : a critical review » Eur J. Contracept Reprood Health Care 2016 Oct ;21(5) :347-55
  3. David J.Hunter “ORAL CONTRACEPTIVE USE AND BREAST CANCER: A PROSPECTIVE STUDY OF YOUNG WOMEN” Cancer Epidemiol Biomarkers Prev. 2010 =ct
  4.  Anne R. Cappola “ Is research on hormones and Aging finished? No Just started? J Gerontol A Biol Sci Med Sci 2016 Aug. 15
  5. Yeo-Jung Kwon “CYP1B1 Enhances Cell Proliferation and Metastasis through Induction of EMT and Activation of Wnt/β-Catenin Signaling via Sp1 Upregulation” PLoS One 2016;11(3)
  6. Fang Lu “ Resveratrol Prevents Estrogen-DNA Adduct formation and neoplastic transformation in MCF-10F Cell” Cancer Prev Res 2008 Jul; 1(2):135-145
  7. Backer JM « Estrogen-gut microbiome axis :physiological and clinical implications » Maturitas 2017 Sep ;103 :45-53
  8. Kwa M « The intestinal microbiome and estrogen receptor-positive female breast cancer » J Nat Cancer Inst. 2016 Apr 22 ;108(8)
  9. Altrn Med. Rev « Calcium-D-glucarate » 2002 Aug ;7(4).336-9

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Dr. A. D'Oro

Consultations en Micronutrition et Alimentation Santé, site: http://www.plomed.ch, Email: secretairedoro@gmail.com, Tel: +41.22.301.63.38,

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