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Le COVID long, des stratégies naturelles et efficaces, partie 3 : une maladie du microbiote ?

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COVID LONG, des stratégies thérapeutiques ciblées et efficaces, Partie 1 : l’hypercoagulabilité

COVID LONG, des stratégies naturelles et efficaces, partie 2 : virus persistant et immunité dérèglée

Une publication récente de mars 2023 avance le concept que beaucoup de patients souffrant d’un COVID long souffrent d’une dysbiose du microbiote intestinal qui pourrait être responsable des symptômes variés caractéristiques d’un COVID long (1).

Certains médecins nutritionnistes célèbre comme le Prof Jeff Bland, pose la question si le COVID long serait une maladie de l’intestin. Cet article va explorer ce concept et essayer de comprendre sur quelles bases cliniques et scientifiques, cette question peut être justifiée et comprendre comment des nouvelles stratégies modulant le microbiote pourraient être intégrées dans la prise en charge du COVID long.

Lien entre le microbiote et le COVID long

De plus en plus d’études montrent qu’une infection à Sars-CoV2 altère notre microbiote de différentes façons entrainant une augmentation de la perméabilité intestinale permettant ainsi une translocation, à travers la paroi de l’intestin, de bactéries ou de virions dans le système sanguin ce qui va entrainer une suractivité de nos cellules immunitaires et une inflammation systémique.

Ainsi, une publication récente d’avril 2023 c’est donné comme objectif de suivre environ 200 personnes ayant souffert d’un COVID-19 justifiant une hospitalisation. Dans cette cohorte, environ 40% ont souffert d’un COVID long avec persistance de divers symptômes. Des analyses du microbiote effectuées après un an ont pu démontrer qu’il existait une dysbiose plus marquée entre les personnes souffrant d’un COVID long et les personnes en bonne santé. Les résultats ont montré une diminution significative de la biodiversité et une nette diminution des bactéries intestinales probiotiques produisant des acides gras à chaine courtes. Les auteurs ont émis l’hypothèse que le microbiote intestinal pourrait jouer un rôle important dans le COVID long (2).

D’autres études ont confirmé la présence dans le COVID long de tableaux spécifiques d’altération du microbiote.  Le plus souvent, les chercheurs ont constaté une baisse de bactéries qui ont un effet immunomodulateur favorable comme le Faecalobactérium prausnitzii, l’Eubactérium ou certaines souches de Bifidobactéries. La réduction de ces souches de bactéries est souvent associée à une augmentation des cytokines inflammatoires suggérant que ces bactéries commensales seraient impliquées dans le maintien d’une immunité appropriée.  Une autre étude récente a comparé le microbiote intestinal entre une population ayant eu un COVID marqué et une population saine. Les auteurs ont constaté également une diminution de la diversité, une baisse des bactéries amies et une augmentation des bactéries opportunistes et pathogènes (3). Toutes ces études semblent suggérer pour les auteurs, que le microbiote intestinal peut agir chez les personnes atteintes de COVID 19 comme un facteur favorisant l’installation et le maintien d’un COVID long.

COVID long et axe intestin-cerveau

Il faut comprendre que les altérations du microbiote, à travers l’axe intestin-cerveau, vont également favoriser une neuro-inflammation et impacter la neurogénèse expliquant ainsi la présence de troubles cognitifs (4).

En effet, les connaissances scientifiques récentes montrent que le microbiote transmet des signaux vers le cerveau via des neurones sensitifs innervant l’intestin, capable d’influencer la fonction et la structure du cerveau, incluant les fonctions cognitives. Dans le COVID long, l’axe intestin cerveau peut être altérer non seulement par une dysfonction du nerf vague mais également par la perturbation de métabolites intestinaux, de divers neurotransmetteurs ainsi par de la neuro-inflammation. De plus, on constate que les mitochondries du cerveau, véritables centrales d’énergie activant nos neurones, sont affectées autant par la dysbiose intestinale que par l’effet direct du virus ou de fragments viraux (5). Dans l’image ci-dessous, nous voyons l’intéaction entre le microbiote, le cerveau et les mitochondries et l’impact des altérations du microbiote sur le cerveau (neuroinflammation, perturbation des fonctions cognitives) et sur la mitochondrie (baisse du métabolisme et de l’énergie cérébrale), tout cela pouvant favoriser diverses maladies neurologiques ou neurodégénératives.

Rôle du microbiote oral dans le COVID long

Le microbiote oral semble également jouer un rôle significatif dans le risque de développer un COVID long. En effet, dans une publication d’avril 2023, des chercheurs ont pratiqué des prélèvements buccaux chez des patients ayant un COVID symptomatique. Ils ont suivi les patients un certain temps et ont constaté qu’environ 37% ont continué à avoir des symptômes indiquant un COVID long. Les patients qui avaient des symptômes persistants avaient un microbiote oral plus riche en bactéries pro-inflammatoires du genre Prevotella et Veillonella. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est de constater que ces perturbations du microbiote oral avaient déjà été constatée auparavant dans des syndromes de fatigue chronique. Les auteurs constatent une association entre le microbiote orale et le COVID long, suggérant la possibilité qu’une altération du microbiote oral pourrait contribuer également à l’installation d’un COVID long (6).

Modes de vie, microbiote et COVID long

Nous avons vu qu’à la suite d’une infection par le Sars-Cov2, on constate une augmentation des bactéries intestinales pathogènes avec diminution concomitante des bactéries amies et anti-inflammatoires favorisant une inflammation intestinale. Ces altérations peuvent prolonger la récupération du COVID 19 et favoriser l’installation d’un COVID long. Il est encore difficile de comprendre clairement pourquoi certaines personnes vont développer un COVID long, particulièrement en relation avec l’état de leur microbiote avant l’infection. Il est probable que des facteurs de l’environnement aient pu jouer un rôle important dans le développement de nombreux COVID long. En effet, certaines habitudes caractéristiques de notre société moderne comme le stress chronique, une alimentation déséquilibrée (excès de sucres, de graisses saturées), la sédentarité sont connues pour diminuer notre immunité, favoriser des états inflammatoires et une dysbiose.  On peut estimer que les personnes ayant des habitudes plus saines (diète équilibrée riches en fruits, légumes et fibres) une meilleure gestion du stress et une activité physique régulière ont eu la capacité de réduire les atteintes du COVID par un système immunitaire plus fort et une meilleure immunité régulatrice grâce à la production d’acides gras à chaine courte et une barrière intestinale plus intègre. Cette hypothèse a été démontrée dans une étude de mars 2023 montrant qu’un mode de vie sain était associé à une réduction du risque de développer un COVID long de 49% (7).

Intérêt de la prise en charge du microbiote dans le COVID long

Certains chercheurs et médecins estiment qu’une supplémentation en bactéries anti-inflammatoires (probiotiques), en fibres prébiotiques, en polyphénols ou encore des transplantations fécales pourraient accélérer la restauration d’un microbiote sain et parallèlement la récupération d’un COVID long (8).  L’idée d’utiliser, par exemple des probiotiques, est cohérente car l’effet favorable des probiotiques sur notre immunité et sur le contrôle de l’inflammation ont été documenté depuis plusieurs années dans de nombreuses publications. Ainsi, un essai clinique en double aveugle avec une souche de Lactobacillus plantarum a démontré une capacité immunomodulatrice en augmentant l’immunité innée (NK) et en diminuant les cytokines inflammatoires comme l’Il6, qui est un driver clé dans la dérégulation immunitaire dans le COVID 19 (9). Une étude similaire avait démontré l’effet d’une souche de Bifidobacterium longum dans sa capacité à réduire les réponses inflammatoires et l’immunité pro-inflammatoire (TH17) au niveau de l’intestin (10).    De plus, certaines souches de probiotiques nommées psychobiotique ont montré leur capacité à améliorer des états d’anxiété, de dépression ainsi que des symptômes de fatigue chronique en partie en agissant sur la neuroinflammation. Il semble dès lors évident que les probiotiques puissent agir dans le COVID long par leur capacité immunomodulatrice et leur possibilité de réguler les cytokines inflammatoires. Il reste toutefois encore difficile de sélectionner des probiotiques ayant spécifiquement démontrés leur efficacité dans le COVID long d’autant plus que de nombreux probiotiques dans le commerce n’ont pas été clairement validé par des études scientifiques (12).  Les prébiotiques qui sont des fibres solubles nourrissant les bactéries probiotiques et par conséquence ont également leur utilité dans la prise en charge du COVID long. Nous voyons dans l’image ci-dessous comment les fibres prébiotiques stimulent la prolifération des probiotiques, produisent des acides gras à chaine courtes qui ont un rôle anti-inflammatoire et régulateur de l’immunité et permettent de réduire le développement des bactéries pathogènes ou opportunistes.

Les polyphénols ont semble -t-il, aussi leur utilité dans le Covid long. Les polyphenols appartienne à une famille de molécules organiques répandues dans le monde végétal ainsi que dans de nombreux aliments, souvent responsable de l’arôme et des couleurs des végétaux. On peut évoquer le resvératrol, les catéchines (extrait thé vert), les anthocyanines (extrait fruits rouges), les catoténoides etc. Ils sont réputés pour leurs propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes et ont un rôle protecteur contre de nombreuses maladies. Au niveau du microbiote, ils ont un impact favorable en modulant favorablement le microbiote et en soutenant la fonction barrière de l’intestin. Une publication récente à évaluer 10 ans de littérature scientifique sur le rôle protecteur des polyphénols sur la santé (13).  Les polyphénols peuvent représenter un intérêt significatif dans la prise en charge du COVID long. On sait en effet que le COVID long est en partie entretenue par une perméabilité intestinale contribuant à l’activation du système immunitaire et à l’inflammation. Les polyphénols représentent, dès lors, une stratégie intéressante pour diminuer la perméabilité intestinale, et améliorer le microbiote intestinal. Ces affirmations ont été démontrées par des études sur l’action des polyphénols permettant une augmentation des bactéries probiotiques productrices de butyrate et une diminution des marqueurs de la perméabilité (zonuline) (14).

Cet article permet d’appréhender le lien entre le COVID long et une altération du microbiote qui semble être responsable en partie des symptômes persistants de cette maladie. Des interventions thérapeutiques sous forme d’essais cliniques sont en cours pour confirmer l’intérêt de la modulation du microbiote dans le COVID long. Nous pouvons évoquer une étude de cas qui a pu démontrer que des stratégies d’amélioration du microbiote par des prébiotiques et des probiotiques permettaient de corriger des altérations du microbiote et parallèlement de réduire des symptômes d’un COVID long tels que des palpitations, des troubles digestifs ou des états d’anxiété (15).  Dans le prochain article sur ce sujet, nous allons discuter de certains protocoles possibles de prise en charge d’un COVID long.

Dr Antonello D’Oro

Références

  1.  Giuseppe Ancona “Gut and airway microbiota dysbiosis and their role in COVID-19 and long-COVID” Front Immunol. 2023 Mar 8;14
  2. Dongmei Zhang « Gut Microbiota Dysbiosis Correlates with Long COVID-19 at One-Year After Discharge” J Korean Med Sci. 2023 Apr 17:38 (15)
  3. Reda Maddah “Evaluation of the gut microbiome associated with COVID 19” Inform Med Unlocked 2023;38
  4. Mélanie G Gareau « Role of the microbiota-gut-brain axis in post acute COVID syndrome” Am J Physiol Gastrointest Liver Physiol. 2023 Apr 1:324 (4)
  5. Irene Righetto « Exogenous Players in Mitochondria-Related CNS Disorders. Viral Pathogens and Unbalanced Microbiota in the Gut-Brain Axis” Biomolecules 2023 Jan;13(1):169
  6. John P Haran « Inflammation-type dysbiosis of the oral microbiome associates with the duration of COVID-19 symptoms and long COVID” JCI Insight 2021 Oct 22;6
  7. Wang S « Adherence to healthy lifestyle prior to infection and risk of post COVID condition » JAMA Intern Med, 2023 Mar 1;183 (3):232-241
  8.  Panagiotis Giannos « Gut dysbiosis and long COVID-19 :Feeling gutted » J Med Virol 2022 jul ;94(7) :2917-2918
  9. Yasunari Kageyama “Lactobacillus plantarum induces innate cytokine responses that potentially provide a protective benefit against COVID-19: A single-arm, double-blind, prospective trial combined with an in vitro cytokine response assay” Exp Ther Med 2022 Jan;23(1):20
  10. Elisa Schiavi  “The Surface-Associated Exopolysaccharide of Bifidobacterium longum 35624 Plays an Essential Role in Dampening Host Proinflammatory Responses and Repressing Local TH17 Responses” Appl Environ Microbiol, 2016 Nov
  11. HAzan “ Changes in Bifidobacterium longum associated with COVID 19” 2022, BMJ Open gastro
  12. Walter Fiore “ The Neglected Microbial Components of Commercial Probiotic Formulations” Microorganisms, 2020 Aug 3;8(8):1177
  13. Del Bo’C “Systematic Review on Polyphenol Intake and Health Outcomes: Is there Sufficient Evidence to Define a Health-Promoting Polyphenol-Rich Dietary Pattern?” Nutrients 2019
  14. Christian Del Bo « A polyphenol-rich dietary pattern improves intestinal permeability, evaluated as serum zonulin levels, in older subjects: The MaPLE randomised controlled trial” Clin Nutr 2021 May;40(5):3006-3018”
  15. Ying Wang « Nutritional Modulation of Gut Microbiota Alleviates Severe Gastrointestinal Symptoms in a Patient with Post-Acute COVID-19 Syndrome » Case reports 2022 Apr 26 ;13(2)

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Laurent
Laurent
7 mois il y a

Juste pour prévenir d’un bug : dans la version smartphone, il est impossible de fermer la fenêtre de proposition d’abonnement à la NL.

Dragneva
Dragneva
5 mois il y a

Cher Docteur D’Oro
Vos articles sont d’une énorme qualité. Nous vous remercions pour ce travail magnifique! Je vous écris car nous avons besoin d’une première consultation en visio en urgence, situation de détresse. Nous avons un rdv prise avec votre secrétaire le 9 janvier 2024. Nous avons besoin de faire le point avec vous avant. Accordez-nous 1 heure s’il vous plait. Nous apprécions votre considération et votre temps.
Lyubomira Dragneva
0795357803

Claude
Claude
4 mois il y a

Merci beaucoup de ces articles très intéressants et pleins d’informations pertinentes et fort utiles.

Frezza
Frezza
2 mois il y a

Merci beaucoup pour ces articles très clairs et argumentés.

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