Maladie de la peau et micronutrition (partie 2) : Le Psoriasis

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Généralités

Le psoriasis est une maladie inflammatoire de la peau se caractérisant par un épaississement de la couche cornée, des desquamations en forme de plaques blanchâtres évoluant par poussées. Elle touche environ 2 à 3% de la population caucasienne apparaissant souvent entre 20 et 30 ans.

Il existe une prédisposition génétique, toutefois les facteurs de l’environnement tels que la nutrition, le stress jouent un rôle important. Certains médicaments peuvent être également responsables du déclenchement de poussées de psoriasis (sels de lithium, bêtabloquant, antipaludéens, etc..).

Il existe plusieurs formes cliniques, la plus fréquente (80% des cas) étant la forme en plaques souvent disséminées sur le corps. Il existe également des formes en gouttes, un psoriasis des ongles ou des psoriasis localisés (paumes de mains et des pieds, cuir chevelu, etc..).

L’évolution de la maladie est cyclique avec alternance de poussées et de période de rémission de durée variable.

Les poussées de psoriasis peuvent être en relation avec des facteurs favorisants qui sont de plus en plus étudiés telles que le syndrome métabolique, des perturbations de l’écosystème intestinal, un processus inflammatoire ou le stress.

Une maladie complexe à composantes multiples

La maladie psoriasique est le résultat de perturbations physiopathologiques complexes comprenant une atteinte inflammatoire et auto-immune avec une influence psychosomatique.

A la base du psoriasis, il existe une première phase d’activation immunitaire favorisée par une réponse anormale aux bactéries de la peau (1,2). Sur une peau souvent fragilisée, des antigènes bactériens vont pénétrer la peau et activer le système immunitaire. En contact avec ces fragments bactériens, nos cellules immunitaires vont provoquer une cascade de messagers de l’inflammation (TNF alpha, etc..). A ce stade, le psoriasis est devenu une maladie inflammatoire, ce qui va favoriser au niveau de la peau une kératinisation accélérée (épaississement de l’épiderme) et la formation de nouveaux vaisseaux (néo-angiogénèse). Tout cela va aboutir à la formation de plaques de psoriasis.

Rôle primordial de l’intestin dans le psoriasis

L’initiation de ce processus serait en relation avec les bactéries de l’intestin qui vont également déterminer le milieu bactérien cutané. En effet, les bactéries Gram négatives provenant du système gastro-intestinal pourraient être responsables de l’activation du système immunitaire. Ces germes ont sur leurs parois des molécules antigéniques appelées lipopolysaccharides (LPS) qui vont activer des récepteurs appelés TLR4. Ces récepteurs, dont le rôle est de détecter des molécules pathogènes,  sont un des plus puissants agents pro-inflammatoires de notre organisme.

En effet, l’activation des récepteurs TLR4 va activer une voie inflammatoire particulière (appelée la voie du NFKb) produisant des cytokines inflammatoires à foison.

Ainsi, c’est lorsque l’écosystème intestinal est déséquilibré que les bactéries Gram négatives prolifèrent. On comprend dès lors qu’un déséquilibre de la flore intestinale entretenue par une alimentation déséquilibrée peut favoriser une poussée de psoriasis.

Ainsi, la vision que l’on peut avoir aujourd’hui incrimine la responsabilité d’une alimentation pro-inflammatoire, trop riche en sucres, en gras et pauvre en végétaux. Ce type d’alimentation favorise un déséquilibre intestinal riche en bactéries Gram négatives qui vont être responsable d’une cascade inflammatoire via l’activation des récepteurs TLR4 et favoriser une perturbation immunitaire chronique appelée TH17.

psiriasis-alimentationIntérêt de l’alimentation dans le psoriasis

Une des questions les plus fréquentes que se posent les personnes souffrant de psoriasis est de savoir si des modifications alimentaires peuvent améliorer leur maladie. On sait que le psoriasis est influencé par des facteurs de l’environnement et il est logique de penser que notre alimentation joue un rôle dans cette maladie.

Il semble évident que notre modèle alimentaire occidental (western diet) riche en sucres, en graisses saturées, pauvres en polyphénols et en graisses oméga 3, favorise un état pro-inflammatoire délétère pour cette maladie de la peau.

En contrepartie, certains modèles alimentaires ont montré scientifiquement un impact favorable sur le psoriasis.

Il s’agit en premier lieu de :

  • la diète méditerranéenne riche en fruits, légumes, céréales complètes et en graisses oméga 3. Ce modèle alimentaire semble améliorer le psoriasis et reste une recommandation nutritionnelle valable d’autant qu’une étude récente montre une relation entre l’adhésion à ce type de régime et la sévérité de la maladie (3). La diète méditerranéenne est une alimentation plutôt anti-inflammatoire par sa richesse en polyphénols, mais surtout en oméga 3. Une alimentation riche en oméga 3 est anti-inflammatoire et permet par conséquent d’avoir un impact favorable sur le psoriasis (4).
  • une diète hypocalorique et/ou pauvre en glucides chez les personnes en surpoids ou présentant un syndrome métabolique. En effet, les études médicales montrent clairement une relation entre l’incidence et la gravité du psoriasis avec le surpoids ou le syndrome métabolique (5,6). Ils existent de nombreuses études qui montrent un impact favorable sur le psoriasis lors de perte de poids suite à des régimes (7,8). Ceci peut être expliqué par le faite que la restriction calorique chez les personnes en surpoids réduit le niveau des cytokines inflammatoires (9). Il est actuellement démontré que la prise en charge d’un psoriasis modéré à sévère chez des personnes obèses ou souffrant d’un syndrome métabolique, passe par des changements de style de vie comprenant une diète hypocalorique équilibrée, mais il est également conseillé d’arrêter le tabac et de faire de l’exercice physique (10,11).
  • une alimentation tenant compte de la tolérance alimentaire au gluten. Dès lors, une attention particulière doit être donnée chez les personnes souffrant de psoriasis qui présentent des signes de sensibilité au gluten (diarrhée, flatulence, fatigue, anémie chronique). La présence de ces symptômes ou d’une élévation d’anticorps spécifiques dans le sang peut justifier un essai de diète sans gluten. De plus en plus d’études médicales suggèrent une association entre le psoriasis et les maladies liées au gluten telles que la maladie cœliaque (12-14), mais également lors de sensibilité au gluten (15). Une méta-analyse récente montre que la population souffrant de psoriasis a 2,2 fois plus de chance d’avoir une maladie cœliaque par rapport à la population normale (16). L’arrêt du gluten chez ces personnes est souvent accompagné par une nette amélioration du psoriasis (12-15).

Intérêt des compléments alimentaires dans le psoriasis

De nombreuses personnes souffrant de psoriasis se tournent vers les approches alternatives et particulièrement les compléments alimentaires afin d’essayer d’améliorer leur maladie. Nous allons évaluer essentiellement les compléments alimentaires qui ont été documentés dans des études scientifiques et qui semblent les plus prometteurs.

Les huiles de poissons riches en oméga 3

L’apport d’huiles de poisson riches en oméga 3 (EPA, DHA) est proposé comme option thérapeutique dans le psoriasis. Sur une quinzaine d’essais médicaux utilisant des oméga 3, au moins 12 études mettent en évidence un bénéfice dans la prise en charge du psoriasis (17).

En effet, dans le psoriasis, on observe fréquemment une augmentation des métabolites pro-inflammatoires comme l’acide arachidonique. L’apport d’oméga 3, sous forme d’huile de poisson, par la métabolisation de l’EPA et de la DHA permet de mieux contrôler les messagers de l’inflammation et de réduire ainsi l’inflammation au niveau cutané (18).

La vitamine D

La vitamine D pourrait avoir un rôle incontournable dans la prise en charge du psoriasis.

Une déficience en vitamine D est souvent constatée dans le psoriasis.

Cette vitamine a un effet immunomodulateur ainsi qu’un rôle dans le processus de desquamation et de différenciation des kératinocytes (19).

Concernant la complémentation de vitamine D dans le psoriasis, sept études prospectives ont été répertoriées (dont une seule randomisée contre placébo). Toutes ces études montrent un effet positif de cette vitamine sur la prise en charge du psoriasis (17).

Les polyphénols et le sélénium

Il est connu que cette maladie inflammatoire génère beaucoup de radicaux libres favorisant un stress oxydatif (20, 21). Ainsi de nombreux auteurs se sont posé la question du rôle des antioxydants dans cette affection. Les études sur l’efficacité des antioxydants sont encore peu nombreuses.

Certains polyphénols comme le curcumin (22), la quercétine (23) ou le thé vert (24) ont montré un effet intéressant dans la prise en charge adjuvante du psoriasis.

Le sélénium est connu pour avoir des propriétés antiprolifératives et immuno- régulatrices même au niveau de la peau (25). Une étude prospective de 2002 a montré que le psoriasis était proportionnellement plus sévère selon le niveau de carence du sélénium (26). Toutefois, il y a encore peu d’études qui prouvent clairement l’efficacité d’une supplémentation en sélénium dans le psoriasis. A relever toutefois, une étude de 2009, faite en double-aveugle (27). Durant cette étude, on a séparé environ 60 personnes souffrant de psoriasis en 2 groupes de gravité similaire, l’un recevant du sélénium associé à des antioxydants (coenzyme Q10, vitamine E), l’autre un placebo. Le groupe traité par antioxydants a eu une amélioration clinique significative par rapport au groupe placébo et d’autre part les mesures biologiques ont confirmé une baisse du stress oxydant dans le groupe traité.

Stratégie nutritionnelle globale dans la prise en charge du psoriasis

Cette stratégie s’appuie sur :

La mise en place d’une alimentation santé

Il s’agit d’avoir une alimentation de type méditerranéenne riche en fruits et légumes colorés (polyphénols) avec un apport en oméga 3 alimentaire (poissons des mers froides, noix, huile de colza, etc..). Il faut réduire l’apport d’oméga 6 pro inflammatoire (viandes rouges, huile de tournesol ou de maïs, etc…) et consommer modérément du vin rouge. Il faut éviter également les boissons énergisantes trop riches en taurine.

L’amélioration de la sensibilité à l’insuline chez les obèses ou lors de syndrome métabolique

Il s’agit d’avoir une alimentation santé de type méditerranéenne associé toutefois à une réduction des glucides (sucres, féculents, céréales) associé à une activité physique régulière et un sommeil suffisant. Le but est de retrouver un poids de forme.

L’amélioration de son écosystème intestinal

En cas de dysbiose intestinale, l’apport de prébiotiques ou de probiotiques doit être envisagé. Si l’on suspecte une sensibilité au gluten ou une maladie cœliaque, il faut envisager un test d’éviction du gluten entre 1 à 3 mois afin d’évaluer l’impact du gluten sur les troubles digestifs et le psoriasis.

Des compléments alimentaires adaptés

L’intérêt des compléments alimentaires est de protéger les barrières cutanées et de moduler la cascade inflammatoire liée au psoriasis.

La prise de compléments alimentaires doit être réfléchie, je conseille, si possible, de faire un examen sanguin de biologie nutritionnelle. Cet examen devrait comprendre au minimum un profil d’acides gras, un test de HOMA (résistance à l’insuline), la recherche de déficits en micronutriments (sélénium, zinc, vitamine D) et un marqueur du stress oxydant (LDL oxydés ou Ac anti-LDL oxydés).

En plus des corrections alimentaires décrites ci-dessus, on peut envisager la prise concomitante de compléments alimentaires comprenant :

  • de l’huile de poisson riche en oméga 3 associée éventuellement à de l’huile de bourrache (en cas de déficit en acide gras gamma-linoléique)
  • de la vitamine D (vérifier le niveau de carence dans le sang)
  • des minéraux comme le sélénium ou éventuellement le zinc (selon le niveau de carence dans le sang)
  • des polyphénols comme le curcumin, la quercétine ou le thé vert

La gestion du stress

Une prise en charge d’un stress mal géré est fortement conseillée. On peut conseiller des techniques anti-stress comme la relaxation, la cohérence cardiaque ou la méditation.

Dr A. D’oro

Références :

  1. Psoriasis is not an autoimmune disease ? Fry L. Exp Dermatol 2015 Apr ; 24(4) :241-4
  2. The skin microbiome : associations between altered microbial communities and disease Weyrich LS
  3. Nutrition and psoriasis: is there any association between the severity of the disease and adherence to the Mediterranean diet? Barrea L J Transl Med. 2015 Jan 27;13:18.
  4. Energy-restricted, n-3 polyunsaturated fatty acids-rich diet improves the clinical response to immuno-modulating drugs in obese patients with plaque-type psoriasis : a randomised control clinical trial. Guida B Clin Nutr, 2014 Jun ; 33(3) : 399-405
  5. Metabolic syndrome and its components in patients with psoriasis. Springerplus. 2014 Oct 17;3:612.
  6. Metabolic syndrome in psoriasis patients. Residual inflammation and pro-inflammatory IL17 signaling reduce length of remission. A follow-up study. Br J Dermatol. 2015 Jul 4. doi: 10.1111 Coimbra S
  7. Diet and Psoriasis :Part I. Impact of weight loss interventions. Maya Debbaneh J Am Acad Dermatol. 2014 July ; 71(1) :133-140
  8. Effect of weight loss on the severity of psoriasis : a randomized clinical study. Jensen P JAMA Dermatol 2013 Jul ;149(7) :795-801
  9. Diet-induced weight loss, exercise, and chronic inflammation in older, obese adults : a randomized controlled clinical trial. Nicklas BJ Am J Clin Nutr ; 2004 ; 79 :544-51
  10. Management of moderate to severe psoriasis in patients with metabolic comorbidities Front Med 2015 Jan 21 ;2 :1
  11. Effect of lifestyle weight loss intervention on disease severity in patients with psoriasis : a systematic review and meta-analysis. Upala S Int J Obes 2015 Aug ; 39(8) :1197-202
  12. Association between coeliac disease and psoriasis :Italian primary care multicentre study De Bastiani R. Dermatology 2015 ;230(2) :156-60
  13. Gluten-free diet as a therapeutic approach in psoriasic patients : if yes,when. D’Erme AM, G Ital Dermatol Venereol 2015 Jun ; 150(3) : 317-20
  14. Diet and Psoriasis : Part 2. Celiac Disease and Role of a Gluten-Free Diet Bhavnit K. J Am Acad Dermatol. 2014 August ; 7(2) : 350-358
  15. Cutaneous Manifestations of Non-Celiac Gluten Sensitivity : Clinical, Histological and Immunopathological Features Bonciolini V Nutrients 2015 Sep 15 ; 7 :7798-805
  16. The association of psoriasis with autoimmune diseases. Wu JJ. J Am Acad Dermatol.2012
  17. Diet and psoriasis : Part 3. Role of Nutritional Supplements Jillian W. J Am Acad Dermatol. 2014 Sept. ; 71(3) :561-569
  18. n-3 fatty acids in psoriasis Mayser P. Br J Nutr. 2002 Jan ; 87
  19. Immunomodulatory mechanisms of action of calcitriol in psoriasis Raychaudhuri S. Indian J. Dermatol, 2014 Mar ; 59(2) 116-22
  20. The serum levels of malondialdehyde, vitamine and érythrocyte catalase activity in psoriasis patients Pujari VM J Clin Diagn Res 2014 Nov ;8(11)
  21. Antioxidant status in patients with psoriasis Nemati H Cell Biochem Funct 2014 Apr ;32(3) :268-273
  22. Oral curcumin is effective as an adjuvant treatment and is able to reduce Il-22 serum levels in patients with psoriasis Antiga E Biomed Res Int 2015 ;2015 :283634
  23. Sceening of flavonoid « quercetin » from the rhizome of Smilax china Linn for anti-psoriatic activity. Vijayalakshmi A. Asian PAc J Trop Biomed 2012 Apr ;2 :269-75
  24. Epigallocatechin-3-gallate attenuates the AIM2-induced sécrétion of il-1beta in human epidermal ketratinocytes Yun M Biochem Biophys Res Commun 2015 Oct 19
  25. Selenium and Psoriasis, Naziroglu M. Biol Trace Elem Res 2012 Dec ;150 (1-3) :3-9
  26. Selenium status in psoriasis and its Relationship with alcohol consumption Serwin AB, Biol Trace Elem Res. 2002 ;89 :127-37
  27. Clinical and biochemical effects of coenzyme Q10, vitamine E and Sélénium supplementation to psoriasis patients. Kharaeva Z. Nutrition 2009 ;25 :295-302

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