Peut-on encore douter de la sensibilité au gluten ?

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sensibilite-gluten-1Concernant l’intolérance au gluten, aujourd’hui encore, beaucoup de médecins continuent à ignorer la sensibilité au gluten et ne reconnaissent que la maladie coeliaque. La maladie coeliaque est maladie auto-immune caractérisée par une réponse immunitaire contre le gluten entraînant des lésions de la muqueuse intestinale, pouvant aller jusqu’à l’atrophie de la muqueuse et provoquer un syndrome de malabsorption. Cette maladie est associée à des particularités génétiques (HLA DQ2, DQ8) ainsi qu’à l’augmentation d’auto-anticorps transglutaminases 2, considérés comme les marqueurs les plus sensibles de cette maladie.

Toutefois, récemment est apparu le terme de « sensibilité au gluten » (non-celiac wheat sensitivity). Ce terme est apparu à la suite de l’observation d’individus qui expérimentaient des symptômes à l’ingestion du blé ou du gluten et dont les symptômes disparaissent à l’arrêt du gluten. Ces symptômes impliquent le plus souvent la sphère digestive, mais peuvent également provoquer des états de fatigue ou des troubles neurologiques.

Dans mon article « La sensibilité au gluten, nouveau concept », j’indiquais que bien que ce concept fût de plus en plus reconnu par la communauté scientifique (1,2), les mécanismes physiologiques pouvant expliquer cette sensibilité restaient en grande partie incompris. De plus, il n’existait aucun marqueur biologique fiable permettant de confirmer ce diagnostic.

sensibilite-gluten-2Ainsi, les personnes souffrant de symptômes liés à l’ingestion de gluten sont souvent moquées. On évoque un effet de mode et même certains médecins n’hésitent pas à suggérer que le problème serait « dans la tête ». Récemment, on a même suggéré que cette sensibilité au gluten serait due à des réactions, non pas au gluten, mais aux fibres fermentescibles présentent dans ces céréales (Fodmaps). En effet, une étude de 2013 (3) avait montré que l’amélioration des symptômes chez certaines personnes reconnues pour une sensibilité au gluten, était due, non pas à l’arrêt du gluten, mais à l’arrêt de sucres fermentescibles contenus dans ces céréales. Toutefois, divers auteurs ont critiqué l’interprétation de cette étude.

Une étude récente publiée en juillet 2016 (4) semble confirmer de façon objective et scientifique la réalité de la sensibilité au gluten. Les chercheurs ont montré que des personnes présentant une sensibilité au gluten (non coeliaque) avaient une augmentation de la perméabilité intestinale par rapport à des sujets contrôlés. En effet, divers marqueurs immunitaires et de perméabilité intestinale ont pu être mis en évidence comprenant une augmentation des niveaux sériques du CD14, des lipopolysaccharides bactériens ainsi que des niveaux circulants de FABP2, un marqueur de lésion de la muqueuse intestinale. De plus, des analyses histologiques ont mis en évidence des lésions de la muqueuse intestinale qui ont totalement régressé après 6 mois d’arrêt du gluten.

Cette étude semble donc confirmer la réalité de la sensibilité au gluten, ceci malgré le fait que de nombreux médecins ne reconnaissent toujours pas ce diagnostic.

Dès lors, pour les personnes qui tolèrent mal le gluten, ne vous contentez pas des affirmations des médecins qui se contentent d’exclure la maladie coeliaque, car une sensibilité au gluten peut être présente. Actuellement, les marqueurs biologiques utilisés dans cette étude ne sont pas encore à disposition dans les laboratoires classiques. Dès lors, le meilleur moyen de confirmer ou d’écarter une sensibilité au gluten consiste encore à éliminer le gluten de votre alimentation pendant une période de 2 mois et de noter régulièrement l’évolution de vos symptômes en sachant que les manifestations cliniques peuvent être variables. Le plus souvent, il peut s’agir de manifestations digestives (côlon irritable, reflux d’acidité), mais il peut également s’agir de manifestations psychiques (5,6) telles que l’anxiété, la dépression ou des états de fatigues.

Dr. A D’Oro

Références

  1. Sapone A. « Spectrum of gluten related disorders :concensus on new nomenclature and classification » BMC Med 2012
  2. Carlo Catassi « Non-Celiac Gluten Sensitivity : The new Frontier of gluten related disorders » Review Nutrients 2013
  3. Biesiekierki « No effects of gluten patients with self reported non-celiac gluten sensitivity after dietary reduction of fermentable, poorly absorbed short-chain carbohydrates » Gastroenterology, Aug 2013
  4. Uhde M « Intestinal cell damage and systemic immune activation in individuals reporting sensitivity to wheat in the absence of coeliac disease » Gut 2016 Jul 25 pii: gutjnl-2016-311964
  5. Paola Bressan « Bread and other edible agents of mental disease » Frontiers in Human Neuroscience, 29 march 2016
  6. Brunetta Porcelli « Celiac and non-celiac gluten sensitivity : a review on the association with schizophrenia and mood disorders » Autoimmun Highlights 2014 5 :55-61
Dr. A. D'Oro

Dr. A. D'Oro

Consultations en Micronutrition et Alimentation Santé, site: http://www.plomed.ch, Email: secretairedoro@gmail.com,Tel: +41.22.301.63.38, 

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