Allergies alimentaires et microbiote : la prochaine révolution en pédiatrie.

Print Friendly, PDF & Email

Introduction

allergies-pediatrie-1L’allergie alimentaire est une pathologie fréquente touchant approximativement 8% des enfants. On assiste ces 20 dernières années à une forte augmentation de ce type d’allergie. De nombreux chercheurs suggèrent qu’il existe une forte relation avec notre environnement. Les études médicales ont ainsi incriminé entre autres, le mode d’accouchement (césarienne), l’absence d’allaitement, une alimentation inadaptée ou la prise d’antibiotiques dans les premières années de vie. Le dénominateur commun de tous ces constats, c’est le microbiote, car tous ces facteurs ont démontré qu’ils modifiaient la composition bactérienne de notre flore intestinale. On sait que les communautés microbiennes du microbiote joue un rôle crucial dans l’installation de la tolérance orale  et qu’une flore saine est nécessaire pour le développement et la maturation de notre système immunitaire.

Plus récemment, les études médicales ont montré que lors d’allergies alimentaires, il existait conjointement une dysbiose intestinale (perturbation de l’équilibre de la flore). Cette perturbation du microbiote est antérieur à l’apparition des allergies, arrivant souvent très dans la vie de l’enfant (1).  Des études sur des modèles animaux ont montré que la modification de la composition du microbiote intestinal favorise le développement de l’allergie alimentaire. Ainsi, une étude récente d’octobre 2016 a évaluer la composition du microbiote de nourrissons (entre 3 et 6 mois) souffrant d’allergie au lait   puis les ont suivi régulièrement chaque année jusqu’à l’âge de 8 ans. Ils ont constaté qu’à 8 ans, environ 50% des enfants n’avaient plus d’allergie au lait et que ceux qui ont guéri spontanément de leur allergie avaient un microbiote plus équilibré lorsqu’ils étaient nourrissons (2). Les progrès dans la compréhension du rôle de la dysbiose dans l’allergie alimentaire et les facteurs qui la favorisent (antibiotiques, absence d’allaitement, alimentation, césarienne etc.) offre une fenêtre d’opportunité pour des interventions préventive et thérapeutique dans le furur (4).

Prévention des allergies alimentaires par un microbiote sain de l’enfant

Favoriser l’accouchement naturel par voie basse

Un des facteurs majeurs empêchant l’installation d’une flore saine et la maturation de notre système immunitaire provient du mode d’accouchement par césarienne. Les enfants venus naturellement par voie basse sont plus colonisés par des bactéries amies (lactobacilles, clostridium, bifidobactéries), ce qui permet un meilleur développement  et maturation de notre système immunitaire. Cette différence est surtout marquée durant la première année de vie (5). La mère doit être consciente que si elle a le choix, l’accouchement par voie basse est favorable pour la santé de l’enfant.

Allaiter, si possible, le nouveau-né

Depuis déjà de nombreuses années, on recommande d’allaiter les enfants afin de leur permettre un meilleur développement et de meilleures défenses immunitaires. Une étude récente a analysé le microbiome de nourrissons  par séquençage des gènes et a permis de confirmer que les facteurs majeurs déterminant la qualité du microbiote de l’enfant étaient l’accouchement par voie basse et l’allaitement. Ceci ayant des implications à long terme sur la modulation du système immunitaire et la réduction des allergies (6).

Contrôler son taux de vitamine D pendant la grossesse

L’étude précitée a également montré que la teneur en vitamine D du sang du cordon ombilicale jouait un rôle également important sur la composition du microbiote (6).  Une étude récente suggère d’augmenter  la supplémentation en vitamine D de la femme enceinte. Cette publication de février 2016 a montré qu’en complémentant la femme enceinte avec 2000 IU/ jour de vitamine D, cela permettait d’avoir lors de l’allaitement un lait ayant une activité plus élevée en vitamines D alors qu’on ne retrouvais pas d’augmentation significative dans le groupe placebo ou à 1000 UI par jour (7).

Eviter le plus possible la prise d’antibiotique dans les premières années  de vie de l’enfant

De nombreuses études ont montré que la prise d’antibiotiques dans les premières années de vie pouvait modifier de façon définitive le microbiote de l’enfant, perturbant ainsi le développement sain de son système immunitaire et favorisant l’apparition d’allergies.

Une étude récente publiée en Août 2016 a suivi plus de 30 milles enfants de la naissance jusqu’à l’âge de 7ans afin d’étudier la relation entre la prise d’antibiotiques et la survenue d’allergies alimentaires. Sur cette période, les chercheurs ont constaté l’apparition de 484 cas d’allergie au lait, 598 cas d’allergies alimentaires non liées au lait et 3652 cas d’autres type d’allergies. Le résultat marquant a été de constaté que les enfants ayant eu 3 cures d’antibiotiques ou plus ont eu beaucoup plus d’allergies alimentaires ou d’autres type d’allergies que les autres enfants, le risque étant d’autant plus marquée que les enfants étaient jeunes (8). Alors parents, et médecins, réfléchissez à deux fois avant de prescrire un antibiotique, d’autant qu’une majorité d’affections ORL ou de bronchites sont d’origine virale.

Utilité des probiotiques, des prébiotiques  ou des produits lacto-fermentés

Depuis de nombreuses années, la science nutritionnelle se focalise sur l’impact des probiotiques et prébiotiques sur l’amélioration de notre écosystème intestinal et particulièrement sur la prévention ou le traitement des allergies chez l’enfant. En effet, on sait que la diminution de la biodiversité du microbiote prédispose les gens à souffrir d’allergie probablement par affaiblissement des mécanismes de la tolérance orale. De plus, on sait que les probiotiques ont la capacité de moduler notre immunité cellulaire (TH1) et nos cellules T régulatrices qui ont un effet immunomodulateur. Les études sont nombreuses et plutôt prometteuses dans ce domaine. Toutefois, plusieurs publications  ont estimé qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour la prescription de probiotiques autant en prévention qu’en traitement.

Récemment, une publication de juillet 2016, sur la base de 2 revues de la littérature scientifique publiées en 2015,  a estimé que pour la première fois d’un point de vue scientifique, on pouvait recommander l’utilisation de probiotiques et de prébiotiques dans la prévention des maladies allergiques. Selon les experts, il n’y a pas de supériorité d’une souche de probiotiques sur une autres et il est préférable de donner des mélanges de diverses souches (9).  Les produits lacto-fermentés sont peut-être une autre alternative plus naturelle. Ainsi par exemple, le kéfir est une source d’apports de probiotiques très intéressante qui a démontré avoir un impact significatif sur la santé du microbiote et la prévention de certains allergies (10). Les produits lacto-fermentés par fermentation des fibres alimentaires produisent également des acides gras à chaines courtes qui améliorent l’immunité de l’intestin et l’impact anti-allergique. Ces produits peuvent donc être une arme pour la prévention des allergies alimentaires (11).

Dr. A. D’Oro

 

Références :

  1. Blazquez AB « Microbiome and food allergy » Trans Res. 2016 Sep 13
  2. Bunyavanish S « Early-life gut microbiome composition and milk allergy resolution » J Allergy Clin Immunol 2016 Oct ;138(4) :1122-1130
  3. Rachid R «  The role of the gut microbiota in food allergy » Curr Opin Pediatr. 2016 Sep 28
  4. Benedé S « The rise of food allergy : Environmental factors and emerging treatments » EBioMedicine 2016 May ;7 :27-34
  5. Rutayisire « The mode of delivery affects the diversity and colonization pattern of the gut microbiota during the firs year of infants : a systemic review » BMC Gastroenterol 2016 Jul 30 ;16(1) 86
  6. Sordillo JE « Factors influencing the infant gut microbiome at age 3 à 6 mois : Findings from the ethnically diverse Vitamin D antenatal asthmy reduction trial » J Allergy Clin Immunol 2016 Oct 13
  7. Wall CR « Vitamin D activity of breast milk in women randomly assigned to vitamin D3 supplementation during pregnancy » Am J Clin Nutr, 2016 Feb ; 103 :382-8
  8. Hirsh AG « Early-life antibiotic use and subsequent diagnosis offood allergy and allergic diseases ». Clin Exp Allergy 2016 Aug 26
  9. Fiocchi A « Probiotics, Prebiotics & Food allergy Prevention : a clinical Data in Children »  J Pediatr Gastroenterol Nutr. 2016 Jul ;63
  10. Bourrie BC « The microbiota and health promoting characteristics of the fermented beverage kefir » Front Microbiol. 2016 May 4 ;7 :647
  11. Di Costanzo « Gut Microbiota as a target for food allergy » J Pediatr Gastroenterol Nutr. 2016 Jul ;63

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.