Maladies inflammatoires de l’intestin – Partie 2 : approches naturelles

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Introduction

Nous avons vu dans la 1ère partie de l’article les caractéristiques pathologiques et cliniques des maladies inflammatoires de l’intestin (MICI). Nous avons également vu que la prise en charge médicale classique est symptomatique et vise à contrôler l’inflammation. Elle comprend des traitements corticoïdes, anti-inflammatoires intestinaux (5-aminosalicylique) ainsi que des immunosuppresseurs (par exemple : anticorps anti-TNF alpha). Dans les formes actives des MICI, ces traitements sont souvent nécessaires et dans les formes sévères peuvent même sauver la vie des patients. Nous allons voir dans cette 2ème partie, comment des approches naturelles et nutritionnelles peuvent être complémentaires à des traitements classiques et même être des alternatives à des traitements standards. Ces approches sont de plus en plus documentées scientifiquement ou tout au moins validées par des études médicales.  Nous aborderons le rôle de certains régimes alimentaires dans le contrôle des MICI, ainsi que les approches micro-nutritionnelles les plus utiles puis finalement nous parlerons de certains traitements alternatifs pouvant être utiles dans la prise en charge des MICI.

Est-ce qu’une diète spécifique peut aider dans les MICI

Les personnes souffrant de maladies inflammatoires des intestins se posent souvent des questions au sujet de l’impact de l’alimentation sur leurs symptômes. Les recherches scientifiques récentes nous donnent déjà des réponses en insistant sur le fait qu’une dysbiose intestinale induite par une alimentation inadéquate favorise l’apparition des maladies inflammatoires de l’intestin (1). L’alimentation peut être un ange ou un démon, en effet des études ont montré que la consommation excessive de sucres, de farines raffinées, de produits transformés, de viande rouge et de graisses animales ainsi qu’une réduction de la consommation de fibres est un facteur de risques de MICI (2). A contrario une alimentation riche en fibres solubles (prébiotiques), en fruits et en légumes est plutôt favorable pour l’intestin (3). Une alimentation saine est fortement conseillée dans les maladies inflammatoires de l’intestin. Pourtant lorsque la maladie est en phase active et symptomatique, ce sont plutôt certains régimes restrictifs qui ont montré une bonne efficacité sur le contrôle de l’inflammation intestinale (4). Il existe de nombreuses diètes proposées que ce soit la diète paléolithique, la diète anti-inflammatoire, le régime sans FODMAP etc.. Nous allons dans cet article nous pencher sur deux diètes bien documentées, à savoir le régime pauvre en glucides spécifiques (ou régime GAPS) et la diète AIP.

Le régime en glucides spécifique (ou régime GAPS)

Il s’agit d’une diète restrictive qui limite fortement la plupart des glucides complexes (disaccharides et polysaccharides) éliminant les sucres raffinés, toutes les céréales, les féculents et le lactose alors que les sucres simples sont permis comme le glucose et le fructose. Cette diète a été rendue populaire par Elaine Gottschall dans son livre « Breaking the vicious cycle ». Son hypothèse, c’est que lors d’une inflammation de l’intestin, le corps peut, dans des conditions anormales, perdre sa capacité à digérer les sucres complexes, provoquant le développement nocif de la flore bactérienne. Récemment, plusieurs publications médicales ont confirmé l’intérêt de ce type de diète. Ainsi, dans une enquête online incluant 417 personnes souffrant de MICI qui ont adopté le régime en glucides spécifiques, on constate 33 % de rémissions après 2 mois de régime et 42 % à 6 mois et un an de régime (6). Dans une autre étude de 2016, ce type de diète a été évalué dans une population pédiatrique atteinte de maladie de crohn active (âge moyen de 11 ans). On a comparé un groupe bénéficiant de ce régime à un groupe sous traitement immunosuppresseur. Dans les deux groupes, la maladie a été sous contrôle avec amélioration des paramètres inflammatoires sanguins et reprise d’un poids normal, le plus intéressant c’est que les résultats sont restés stables après l’arrêt du régime (7).  Une autre publication récente de décembre 2016 a cherché à déterminer l’effet d’un régime en glucides spécifiques sur l’activité inflammatoire des MICI. Douze enfants de 10 à 17 ans souffrant d’une maladie inflammatoire des intestins légère à modérée, ont été mis sous ce régime avec des suivis toutes les 2 semaines, pendant 4 mois. La diète a été inefficace sur 2 enfants et deux autres n’ont pas réussi à la maintenir. Pour les autres enfants, on a observé une nette amélioration autant clinique que sur les paramètres sanguins. Alors que des analyses antérieures du microbiote avaient montré une dysbiose chez la majorité des malades, après le régime on a observé une nette amélioration de la composition du microbiote (8).

La diète AIP (autoimmune protocol diet)

Cette diète a été conçue surtout dans le cadre des maladies auto-immunes toutefois, en ce qui nous concerne, elle semble particulièrement intéressante dans la prise en charge des maladies inflammatoires de l’intestin. Surtout si l’on se réfère à une publication particulièrement intéressante dans la prise en charge des MICI (9). Dans cette étude, 15 patients souffrant de MICI ont bénéficié d’une phase progressive de transition vers la diète AIP pendant 6 semaines puis ont maintenu encore 5 semaines cette diète. Les études ont été relativement spectaculaire avec une rémission clinique chez 11 patients sur 15 (73%) et les 11 patients ont maintenu leur rémission pendant la phase de maintien.

La Diète AIP cherche de façon précise à évaluer dans le détail l’impact de certains aliments sur notre fonction immunitaire. Elle va permettre de choisir ou d’éliminer les aliments qui empêchent le système immunitaire de fonctionner de façon plus optimale.

Ces aliments comprennent les céréales, les légumineuses, spécialement le soja ainsi que certains aliments de la famille des solanacées comprenant par exemple les tomates, le poivre etc.  Pour les personnes qui ont une susceptibilité génétique de leur système immunitaire, certains de ces aliments peuvent   déclencher ou entretenir des réactions auto-immunes On peut introduire la diète AIP d’emblée toutefois il est possible de la mettre en place par étapes. Souvent, la première étape est d’éliminer le gluten que l’on retrouve dans des céréales comme le blé, l’orge, le seigle ou l’avoine. Le soja et les aliments contenant du soja sont également éliminés ainsi que les produits laitiers, ces aliments pouvant être des perturbateurs puissants du système immunitaire chez certaines personnes.  Par la suite, on éliminera toutes les céréales, légumineuses et les solanacées telles que tomates, poivron, poivre noir etc. On éliminera finalement les oléagineux et les graines qui peuvent contenir certains composés qui augmentent le niveau d’inflammation. Cette diète est composée d’aliments non transformés, composée de légumes, de fruits, de bonnes graisses, de poisson et de viandes de qualités, sans oubliés des herbes et des épices.  Dés fois les résultats sont très rapides en quelques jours, le plus souvent il faut compter 2 à 3 mois pour aller beaucoup mieux. Une fois que la personne va mieux et que son état de santé s’est amélioré, il faut envisager d’effectuer une réintroduction progressive des aliments car même si la personne se sent vraiment bien avec cette diète, il est nécessaire qu’elle retrouve une plus grande diversité alimentaire. Au plus vite, la personne peut commencer à réintroduire après environ 3 à 4 semaines de diète, toutefois la période conseillée se situe entre 1 et 3 mois. Après cette période, le corps réagit de façon beaucoup plus claire aux aliments qu’ils ne tolèrent pas et la réaction à un aliment devient beaucoup plus facile à identifier. Il faut toutefois bien attendre que la personne se sente suffisamment mieux pour noter la différence lors de la réintroduction. Le but n’est pas d’attendre d’être en rémission mais seulement de se sentir suffisamment mieux pour identifier les aliments agissant sur votre système immunitaire. 

Quels sont les compléments nutritionnels utiles dans les MICI

Les probiotiques, prébiotiques et glutamine

Les probiotiques ont montré, sur des modèles animaux, une capacité de protéger la barrière intestinale (10) et de réduire l’inflammation de l’intestin (11). Plusieurs études ont évalué le potentiel thérapeutique des probiotiques dans les maladies inflammatoires de l’intestin. Le problème fondamental de ces études est la diversité des probiotiques testés et l’incapacité actuelle à déterminer quelles sont les souches ou les combinaisons de probiotiques les plus efficaces. Les médecins ont de la peine à considérer les probiotiques comme une stratégie thérapeutique efficace. En effet, les MICI en phase active sont des maladies très sérieuses nécessitant la prescription de corticoïdes à haute dose ou des immunosuppresseurs (azathioprine, anti-TNF alpha). Les études ont montré que dans la maladie de Crohn, la prescription de probiotiques n’a pas montré d’efficacité ni en phase active, ni pour maintenir un état de rémission quelle que soit la souche de probiotique testée (19). Des résultats plus prometteurs ont été obtenus dans la colite ulcéreuse pour induire une rémission ainsi que pour maintenir un état de rémission (12). 

On sait que la fermentation des aliments riches en fibres prébiotiques favorise la production d’acides gras à chaînes courtes tels que le butyrate, le propionate ou l’acétate. Les études ont montré que dans les MICI, la production de butyrate est diminuée, ce qui théoriquement est dommageable pour l’intestin, car le butyrate a un effet anti-inflammatoire et favorise la croissance des bonnes bactéries modulant une immunité protectrice et anti-inflammatoire. L’académie américaine de nutrition (13) estime qu’il ne faut pas exclure les fibres chez les patients souffrant de MICI en phase de rémission. Toutefois, lorsqu’une maladie de Crohn ou une colite ulcéreuse sont en phase active, l’apport de fibres n’est pas réellement conseillé et risque d’augmenter les symptômes. Une publication scientifique étudiant 23 essais cliniques randomisés sur l’apport de fibres dans les maladies inflammatoires de l’intestin n’a pas retenu de preuves convaincantes d’un point de vue clinique (14).

La glutamine est l’acide aminé libre le plus abondant dans le corps humain, c’est également le substrat énergétique des cellules intestinales. La glutamine permet la prolifération des cellules intestinales (entérocytes), la régulation des jonctions serrées, la suppression de signaux inflammatoires (15). Les réserves de glutamine du corps peuvent être rapidement épuisées lors d’un stress métabolique incluant un traumatisme, une infection ou un processus inflammatoire comme dans les MICI. La supplémentation en glutamine permet également dans les MICI sévères de réduire le risque de dénutrition et ralentir la perte de poids et par la même occasion maintenir l’énergie de la personne.

Les acides gras oméga 3

Les acides gras oméga 3 végétaux (lin, chanvre, noix) et l’acide eicosapentanoique (EPA) et docosahexaenoique(DHA) que l’on trouve dans les poissons des mers froides ont des effets fortement anti-inflammatoires. On sait qu’une alimentation ayant un rapport oméga 6/3 élevé est associée avec une augmentation de l’incidence de la colite ulcéreuse (16,17). Toutefois nous n’avons pas d’études montrant que la prescription d’oméga 3 protège de la survenue de la colite ulcéreuse et d’autre part une étude sur la supplémentation en oméga 3 dans la maladie de crohn n’a pas permis de confirmer un effet protecteur (18). Toutefois de nombreuses études, sur des modèles animaux, ont montré un effet protecteur des omégas 3 dans les colites expérimentales (19,20). Bien qu’il faille attendre des études randomisées plus importantes, on peut raisonnablement proposer la prise d’oméga 3 dans les MICI ceci bien entendu associé à d’autres stratégies nutritionnelles.

La vitamine D

On a pu montrer qu’une carence en vitamine D est un facteur de risque pour les MICI et qu’une supplémentation a montré un effet thérapeutique positif. Ainsi, par exemple, dans « the Nurses Health study cohort women », les femmes qui avaient les taux les plus élevés de vitamine D avaient le moins de risque de développer une maladie de crohn (21). Suite à ces constatations, une étude randomisée avec un groupe placebo a pu démontrer l’efficacité d’une supplémentation de vitamine D3 pendant un an (1200 IU/J) chez des personnes souffrant d’une maladie de Crohn en rémission. Le taux de récidive était inférieur dans le groupe traité (13 %) par rapport au groupe ayant reçu un placébo (29 %) (22). Pour expliquer cela, la science a montré que nous avons des récepteurs à la vitamine D dans de nombreux tissus, incluant les cellules immunitaires, modulant l’expression des gènes de ces cellules. De plus, des études récentes ont montré que la vitamine D protège la fonction barrière de l’intestin (23) et améliore l’état de notre microbiote (24).

La curcumine

La curcumine a montré dans de nombreuses études son rôle anti-inflammatoire et modulateur de l’immunité en agissant sur les cytokines inflammatoires et l’expression du NF kappa b. Par son effet anti-inflammatoire, la curcumine représente une alternative cohérente dans la prise en charge des maladies inflammatoires de l’intestin. La curcumine a montré un effet protecteur et anti-inflammatoire sur des modèles animaux (25). Deux études randomisées ont montré un effet positif dans la colite ulcéreuse. Ainsi, dans un essai comprenant 50 patients avec une forme active, ceci malgré la prise de Pentasa à dose maximum, l’adjonction de 3 gr de curcumine par jour a permis une réponse clinique favorable et un taux de rémission supérieur que le groupe placébo (26). Bien entendu, des études avec des populations plus importantes sont nécessaires pour confirmer ces résultats. En attendant, la prescription de curcumine peut être proposée de façon raisonnable dans la prise en charge des MICI.

Compléments alimentaires pouvant être conseillés en adjonction avec un traitement ou pour maintenir un état de rémission

  • La vitamine D (le dosage dépend des valeurs sanguines qui sont à optimiser)
  • L’huile de poisson riche en oméga 3 : prendre 1 à 3gr d’EPA/DHA par jour
  • Curcumine bio-optimisée 2 à 3 gr/jour à répartir 2x par jour
  • Polyphénols : la prise de polyphénols comme le resvératrol, la quercétine, etc. est conseillée (à la vue d’études récentes).
  • Les probiotiques : surtout dans la colite ulcéreuse, le probiotique le plus étudié pour son efficacité reste le VSL3 (450 milliard par sachet)
  • La glutamine au moins 3 gr par jour, il existe diverses préparations combinant de la glutamine avec d’autres vitamines, curcumine etc. (exemple : Glutaform, GlutaDyn etc.)

Pourquoi rechercher et traiter un SIBO dans les maladies inflammatoires de l’intestin

Il existe effectivement une relation importante entre le SIBO et les maladies inflammatoires de l’intestin. Sachant que le SIBO est une des causes sous-jacentes majeures du colon irritable, on peut comprendre que ces deux pathologies peuvent exister simultanément.  Les MICI et particulièrement la maladie de Crohn sont souvent associés à un SIBO. La maladie de Crohn peut favoriser l’apparition d’un SIBO de multiples façons. Par exemple, on sait que 80% des patients souffrant de Crohn ont une atteinte de l’iléon terminale avec souvent une atteinte de la valve iléo-caecale (ulcération, induration etc.). La valve iléo-caecale est primordiale pour séparer le contenu de l’intestin grêle qui a peu de bactéries (10000/mml) par rapport au colon qui est une usine de fermentation avec une forte quantité de bactéries (10 puissance12/ml). Si la valve iléo-caecale ne joue plus son rôle de clapet hermétique alors des risques de contaminations bactériennes par reflux sont importants favorisant le développement d’un SIBO (27). D’autre part, une maladie de Crohn peut être responsable d’un SIBO par d’autres mécanismes liés à des complications comme des fistules entéro-entériques, un rétrécissement ou des adhérences cicatricielles ou encore une induration de la paroi intestinale rendant le fonctionnement du complexe moteur migrant moins efficace.

Une publication médicale particulièrement intéressante de 2018 montre l’importance de rechercher et de traiter un SIBO dans les maladies inflammatoires de l’intestin (28).  Cette étude montre que la prise en charge d’un SIBO autant dans la maladie de Crohn que dans la colite ulcéreuse améliore les scores cliniques de ces maladies. La question d’un SIBO doit se poser en premier lieu si le patient se plaint de la persistance ou de la récurrence de symptômes digestifs malgré une bonne amélioration des marqueurs inflammatoires et de l’activité endoscopique de la maladie.  D’autre part, la présence d’un SIBO peut mimer une crise active chez un patient connu pour une maladie inflammatoire de l’intestin, les symptômes des deux pathologies sont quelques fois difficiles à différencier (29).  C’est pourquoi, il est nécessaire de rechercher et de traiter un SIBO dans une maladie inflammatoire de l’intestin. Pour la prise en charge du SIBO, je vous invite à lire les articles sur le site : 

Traitements alternatifs

Il est intéressant d’évoquer certains traitements alternatifs qui ont montré une bonne efficacité dans la gestion des MICI bien que ces traitements ne soient pas reconnus dans les prises en charge standard médicale.

La Naltroxone a faible dose

La Naltroxone est un médicament qui est utilisé lors de l’addiction aux opioides, la dose standard est de 50 mg. Il y a quelques décennies, un médecin, le Dr Behari a découvert que l’administration de faible dose de Naltroxone permettait de moduler notre immunité d’une façon naturelle.  On a également constaté que le LDN avait une efficacité sur plusieurs pathologies, dont les maladies inflammatoires de l’intestin, probablement en réduisant l’inflammation au niveau du système nerveux central. Le LDN a très peu d’effets secondaires, souvent ces effets sont uniquement dans les 2 premières semaines, affectant la qualité du sommeil. 

Diverses publications scientifiques ont confirmé son efficacité dans la prise en charge des MICI.  Ainsi dans une publication médicale de 2018, on a prescrit de la Naltroxone à faible dose chez 47 sujets souffrant de maladie de Crohn active qui ne répondaient pas aux traitements standards. La prise de Naltroxone à faible dose a permis une nette amélioration clinique chez 74,5% des sujets et une rémission chez 25,5%. Il a été également montré que ce traitement a permis une meilleure cicatrisation des ulcérations, une diminution des cytokines inflammatoires et de la muqueuse enflammée. Les auteurs concluent que ce traitement est efficace et sûre et devrait être utilisé dans le traitement de la maladie de Crohn (30). Une autre étude publiée en 2018 dans la revue « J Crohns Colitis » a évalué, dans un collectif des patients norvégiens souffrant de MICI, tous ceux qui ont pris de la naltroxone à faible dose. Sur 256 sujets qui ont pris de façon persistante et régulière ce traitement, les auteurs ont observés une nette diminution de la consommation de corticostéroides, d’immunosuppresseurs et une diminution d’anti-inflammatoires (31). Une étude sur des enfants (8 à 17 ans) souffrant d’une maladie de Crohn active a confirmé l’intérêt de la naltroxone à faible dose avec après 8 semaines de traitements, une nette diminution des symptômes chez 67% des enfants et une mise en rémission chez 25% avec un très bon profil de sécurité (32).

Le cannabis

Bien entendu il s’agit toujours d’un sujet délicat d’évoquer des substances considérées comme des drogues. Toutefois, il existe de multiples études montrant l’intérêt thérapeutique du cannabis médical. Quelques études ont montré une action intéressante sur la maladie de Crohn. Ainsi, une étude randomisée publiée en 2013 a séparé un groupe de 22 sujets souffrant d’une maladie de Crohn active, l’un recevait une dose de 115mg de HTC (tetrahydrocannabinol) en fumant et l’autre fumait des cigarettes sans THC. Dans le groupe prenant du THC, on a obtenu 5 rémissions sur 11 sujets avec une bonne réponse clinique chez pratiquement tous les sujets alors que dans le groupe témoin, il n’y a eu qu’une rémission (33). Une autre étude randomisée en 2017  a également étudié deux groupes de patients souffrants d’une maladie de Crohn active, résistant aux traitements standards (corticoides, anti-TNF alpha). Un groupe prenait une dose de CBD orale de 10 mg 2x par jour et un groupe prenait du placebo. Il n’y a pas eu d’effets significatifs sur les malades, toutefois on a pas utilisé de THC dans cette étude et peut-être la prise orale n’a pas la même efficacité que l’inhalation de la plante. 

Des auteurs d’une publication de 2020, on reprit les diverses études sur les effets thérapeutiques du THC et CDB sur les MICI. Ils concluent toutefois qu’il existe encore beaucoup d’incertitudes et de questionnements sur la dose efficace, l’administration (oral ou inhalé), le moment de la prescription etc. Ils soulèvent également le fait que les études ont été ciblées sur les composants THC et CBD du cannabis. La plante toutefois possèdent divers autres composants comme des flavonoides et des terpènes qui ont des puissants effets anti-inflammatoires et antioxydants (34).

L’ozone par voie rectale

L’ozonothérapie est une technique médicale alternative peu connue en France. Les injections d’ozone peuvent se faire par différentes méthodes et endroits. Ce qui nous intéresse dans les MICI est l’insufflation d’ozone par voie rectale. Diverses études ont montré que cette thérapie avait des effets positifs sur divers pathologies gastro-intestinales bien que les mécanismes ne soient pas toujours bien compris. Les MICI sont caractérisées par un processus inflammatoire qui génère des radicaux libres en quantité et c’est ce stress oxydatif qui est en grande partie responsable des dégâts sur la muqueuse intestinale (35).  Quand l’intestin est enflammé, il génère beaucoup de radicaux libres dont le plus agressif et instable est l’oxygène singulet. On peut concevoir que l’ozone (03) qui est instable va donner son 3ème électron à l’oxygène singulet pour faire de l’oxygène stable et ainsi réduire le stress oxydatif destructeur. De plus l’ozone aurait des effets positifs sur les cellules épithéliales. En effet, une étude de 2015, sur un modèle animal, a montré que l’insufflation d’ozone stimulait la régénération de l’épithélium intestinal (36). Une étude prospective de 2010 a combiné l’ozonothérapie par voie rectale associée à la sulfasalazine chez 54 sujets souffrant d’une colite ulcéreuse modérée. Le groupe ayant reçu l’ozone a montré une amélioration significative au niveau clinique et histologique par rapport au groupe qui n’a pas reçu l’ozone (37).  Il faut souligner qu’il y a peu d’études médicales sur cette technique et bien que ce type de traitement soit sûre et probablement efficace, il manque encore des publications suffisamment bien faites pour confirmer l’efficacité de ce type de traitement. J’ai lu toutefois le témoignage de plusieurs médecins anglo-saxons qui utilisent cette approche dans le cadre de MIC avec de bons résultats. Cette approche peut être conseillée car elle est sûre, non toxique et semble efficace selon l’expérience de nombreux thérapeutes, la difficulté est de trouver un médecin pratiquant ce type d’approche.

En conclusion

Les maladies inflammatoires de l’intestin sont des maladies potentiellement graves. Elles nécessitent d’être suivies par des spécialistes qui peuvent évaluer l’évolution par des marqueurs biologiques et endoscopiques. Les traitements médicaux sont bien documentés et il existe des recommandations précises selon l’évolution. Toutefois, la prise en charge médicale reste ciblée sur le contrôle de l’inflammation. Ces traitements n’amènent pas la guérison bien qu’ils favorisent des périodes de rémission mais le taux de rechute reste élevé. On ne cherche pas réellement les causes de ces maladies, bien que les acteurs clés ont été mis en lumière impliquant le microbiote, l’immunité et la barrière intestinale. La perturbation de l’équilibre entre ces acteurs va entraîner des phénomènes d’auto-immunité et d’inflammation avec les conséquences que nous connaissons. Je suis convaincu que la médecine nutritionnelle représente une aide précieuse dans la prise en charge des MICI. Ces approches s’adressent également à corriger les perturbations de terrain qui ont favorisé l’apparition de la maladie. De plus les approches décrites dans cet article ont montré une efficacité bien documentée dans diverses études et peuvent être associés à des traitements classiques afin d’améliorer l’efficacité thérapeutique et de réduire le nombre et la quantité des médicaments aux nombreux effets secondaires potentiels . Ces approches naturelles peuvent être également une alternative à un traitement médical classique dans des formes légères à modérées mais le thérapeute doit être capable d’évaluer l’efficacité de son traitement ou de collaborer avec un gastro-entérologue pour suivre l’évolution de la maladie.

Dr Antonello D’Oro

Références :

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Dr. A. D'Oro

Dr. A. D'Oro

Consultations en Micronutrition et Alimentation Santé, site: http://www.plomed.ch, Email: secretairedoro@gmail.com,Tel: +41.22.301.63.38, 

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Christine Thiébaut
Christine Thiébaut
2 mois il y a

Bonjour Docteur D’Oro

Je suis régulièrement vos articles et celui-ci m’a particulièrement touché.
Depuis 8 mois maintenant, mon fils à été déclaré parkinsonien, à l’âge de 38 ans. Je suis dévastée je l’ai repris à la maison quelques mois, j’ai changé entièrement sa façon de se nourrir, nous avons marché tous les jours car il n’arrivait plus à se déplacer correctement, aujourd’hui il est retourné chez lui, a repris le travail mais tout cela avec des médicaments que lui a prescrit le neurologue.
Votre article est très complet, mais je me pose la question suivante
comment lui remettre ses intestins en bon état car aussi bien le neurologue que son médecin traitant n’accordent d’importance à la nutrition. je fais mon possible Je crois en la régénération des cellules et donc en une amélioration de son état par l’alimentation.
Malgré mes recherche je n’est pas trouvé de médecin en micronutrition fonctionnelle Paris ou proche pour nous aider.
Faites vous des consultations par visio-conférence?
Pouvez vous m’indiquer un chemin à suivre.
A l’âge où les enfants commencent à prendre soin de leurs parents c’est l’inverse qui se passe. Je dois prendre soin de moi et je suis démunie face à cette épreuve.
Merci pour vos articles qui m’aident dans mon quotidien.
Bonne journée.
Christine

Christine Th
Christine Th
2 mois il y a
Reply to  Dr. A. D'Oro

Merci infiniment pour votre réponse rapide, l’article que vous m’avez fait parvenir et très intéressant. Je le fait parvenir à mon fils ainsi que votre réponse. Ensuite ce sera à lui de décider mais moralement j’aurai fait mon travail de maman qui consiste pour moi en conseils, épaulememt, et soutient.
Je me sens tellement concernée que je cherche le maximum d’informations.
Je vous tiendrais au courant car votre soutient et votre implication me réconforte énormément.
Bonne journée.
Christine Th

Pierre
Pierre
2 mois il y a

Bonjour Docteur,
Je viens de prendre connaissance de votre exposé sur les maladies inflammatoires de l’intestin.J’apporte un témoignage que j’ai vécu voilà plus de cinquante ans avec mon épouse qui dés l’age de 21 ans a souffert d’une R C H 32 selles en 24h deux séjours en clinique et un séjour en CHR ,traitement Betnosol Rectal, Cortensyl, papavérine, valium, etc rechute sur rechute, à la sortie du CHR, je pose la question au professeur qui l’avait soigné si ça se reproduit qu’est ce que l’on fait ,il me répond c’est l’opération je lui dit et après ça ira mieux? haussement d’épaules, la rechute n’a pas tardée à se reproduire. Je me suis rapproché d’un conseiller hygiéniste diététicien,qui me dit faite jeûner votre épouse et quelle boive de l’eau argileuse 1 cà c pour un verre d’eau après dix jours de jeune son poids 36kg elle n’avait plus la force de marcher je rappelle le diététicien qui me dit il faut reprendre l’alimentation un peu de pâte et la moitié d’un œuf continuer l’argile et reprendre une alimentation avec les règles diététiques 6 mois plus tard 42kg et 18 selles en 24h, je vais voir plusieurs homéopathes le troisième donne un traitement qui accentue l’amélioration( le traitement consiste à des gouttes de Poconéol (retiré de la production à ce jour)en dernier c’était le laboratoire Fabre qui fabriquait ce type de médicament homéopathique. Puis des granules arsenicum album en 5et 9ch veratrum album en 5 et 9 ch phosphorus etc et il fallut deux ans de traitement pour que mon épouse retrouve une selle par 24h sans sang et sans mucus.et il n’y a plus eu de rechute par la suite mais toujours un mode d’alimentation bio..
Cordialement.

Goulet
2 mois il y a

Apprehender l’hygiène de vie par vos nombreux conseils ainsi que de multiples informations semble actuellement incontournable.Merci pour votre engagement Cordialement Marie (peut-être un jour pourriez vous aborder la pratique du Qi-Gong pour le bien être corps esprit)