L’axe intestin-cerveau, une clé essentielle méconnue dans la prise en charge des troubles du sommeil

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Le sommeil représente un tiers de notre vie. Il fait partie d’un des rythmes fondamentaux de la vie et s’inscrit dans un cycle de veille-sommeil de 24h qu’on appelle le rythme circadien. Le fonctionnement du sommeil et son rôle font l’objet de nombreuses recherches, mais malgré cela une part de mystère existe encore. Bien que nos connaissances soient incomplètes, toute personne sait par expérience que si elle ne dort pas bien, le lendemain elle présente souvent un état de fatigue et un ralentissement psycho-physique. De plus en plus d’études font le lien entre un sommeil de mauvaise qualité et l’augmentation du risque de maladies diverses telles que l’obésité, le diabète de type 2, l’hypertension et les maladies cardio-vasculaires.

Pour comprendre les bases du sommeil, sa physiologie, l’architecture du sommeil ainsi que les facteurs influençant le sommeil, je vous renvoie à mon article publié il y a déjà quelques années ( https://www.lanutrition-sante.ch/troubles-du-sommeil-et-micronutrition). A l’époque, j’avais retenu 4 types d’insomnies fréquentes : l’insomnie liée au stress, l’insomnie liée aux troubles anxieux, l’insomnie liée aux troubles de l’humeur comme la dépression et l’insomnie liée à des problèmes de désynchronisation.

Ces causes d’insomnie restent bien entendu prédominantes et vous trouverez dans cet ancien article, les caractéristiques cliniques de chacune de ces insomnies et les recommandations générales pour les prendre en charge. Dans cet article, nous allons intégrer le rôle clé de l’intestin et du microbiote dans les perturbations du sommeil mais également mieux comprendre le rôle du microbiote dans le stress, la dépression et les désynchronisations du rythme circadien.

Relation entre l’axe intestin-cerveau et le sommeil

La composition de notre microbiote intestinal est clairement en relation avec notre état de santé et je vous renvoie pour ceux qui s’y intéresse aux articles concernant ce sujet démontrant comment le délicat équilibre de notre microbiote est fondamental pour notre santé et comment un déséquilibre du microbiote peut augmenter la susceptibilité à la maladie (1). Concernant le sommeil, nos connaissances actuelles nous permettent de mieux comprendre comment notre microbiote pourrait influencer notre sommeil à travers des perturbations de l’axe intestin-cerveau.  Notre microbiote peut en effet influencer notre cerveau de 3 manières :

  1. Premièrement à travers les régulations immunitaires, en sachant que le microbiote interagit avec les cellules immunitaires et dès lors un microbiote déséquilibré peut modifier le niveau des cytokines inflammatoires pouvant perturber nos neurotransmetteurs comme la sérotonine (2).
  2. Deuxièmement, par la voie du système neuroendocrinien. Savez-vous qu’il y a au moins 20 types de cellules endocriniennes produites par l’intestin, ce qui fait de l’intestin le plus grand organe endocrinien du corps. Ainsi, l’intestin peut réguler la sécrétion de neurotransmetteurs comme la sérotonine ou le cortisol qui jouent un rôle primordial dans le sommeil (3).
  3. Troisièmement, par le nerf vague qui est la voie principale de communication du système nerveux entérique pour communiquer avec le cerveau. En effet, le système nerveux entérique forme une sorte de connexion synaptique entre l’intestin et le cerveau. Ainsi, par exemple, des métabolites produits par le microbiote comme le D-lactate ou l’ammonium, peuvent à travers le nerf vague, affecter la fonction du cerveau, la réponse au stress ou l’architecture du sommeil (4).

Microbiote intestinal, stress, anxiété et sommeil

Le stress est une cause majeure d’insomnie. On observe souvent que les personnes qui souffrent de troubles du sommeil, ont également des symptômes d’anxiété et vice versa. Récemment, diverses études ont montré une relation entre la présence d’une dysbiose intestinale et un état de stress ou d’anxiété (5).

L’axe intestin-cerveau peut être perturbé dans les deux sens, premièrement, en partant du cerveau, le stress va provoquer une série de réactions physiologiques qui vont perturber la composition du microbiote puis dans l’autre sens un déséquilibre du microbiote va perturber les voies montantes nerveuses (nerf vague) et immunitaires, ce qui va affecter la capacité de l’individu de s’adapter au stress et le rendre plus vulnérable aux évènements stressants de la vie (6).

Des démonstrations de ces mécanismes ont été effectué dans diverses études sur animaux. Par exemple, des bébés souris séparées de leur mère à la naissance sont mises dans un état de stress aigu, ce qui va provoquer secondairement une perturbation de leur microbiote, par la suite les comportements inadaptés liés au stress sont partiellement soulagés par des transplantations fécales de microbiote de souris témoins (7) prouvant que la modification du microbiote intestinal, à son tour va influencer le cerveau.  D’autres preuves sont amenées par l’effet de la prescription de certains probiotiques, tels que des lactobacilles, des bifidobactéries qui ont démontré une capacité de réguler le stress par une action anxiolytique en agissant à travers le système nerveux entérique et le système immunitaire (8) démontrant ainsi la capacité de notre microbiote à réguler notre stress et par conséquent notre sommeil.

Relation entre le microbiote intestinal, la dépression et l’insomnie

L’insomnie et un sommeil de mauvaise qualité sont des plaintes fréquentes chez les personnes souffrant de dépression. De plus l’insomnie a tendance à aggraver la sévérité de la dépression (12). La dépression est une maladie fréquente, ainsi dans la population générale, environ 20% des patients se plaignent de symptômes dépressifs. Diverses hypothèses sont proposées pour expliquer cette maladie, incluant une déplétion de certains neurotransmetteurs, une dérégulation de l’axe du stress ou une dérégulation neurotrophique etc. 

Plus récemment, l’axe intestin-cerveau est également impliqué dans cette relation dépression/anxiété.  On sait que les bactéries intestinales peuvent produire une variété de neurotransmetteurs, des cytokines et des métabolites comme la sérotonine, la dopamine, le GABA, la mélatonine etc. Ces métabolites intestinaux peuvent agir sur l’activité de notre cerveau. Par exemple, 90% de la production de sérotonine de notre corps est produite par les cellules entérochomaffines de notre intestin et certaines bactéries ont la capacité de moduler la synthèse et la sécrétion de la sérotonine par les cellules chromaffines de l’intestin (13).

D’autre part, certains lactobacilles et bifidobactéries peuvent sécréter du GABA et une expression anormale de ce neurotransmetteur est constaté chez les patients souffrant de dépression et d’insomnie. Dans des études animales, l’administration du Lactobacillus Rhamnosus (JB-1) a montré une capacité de réduire les comportements d’anxiété et de dépression chez des souris modifiées génétiquement pour ne pas sécréter du GABA (15). D’autre part, des souris qui ont reçu des transplantations fécales de souris dépressives sont devenues dépressives à leur tour par la survenue d’anomalies des voies de la sérotonine. Ces constats renforcent l’hypothèse d’une association entre la composition de notre microbiote, la dépression et l’insomnie (15).

D’autre part, diverses publications s’intéressant à la relation entre le microbiote et la dépression, ont recherché des déséquilibres de la composition du microbiote. Plusieurs études montrent chez les dépressifs une augmentation fréquente des Bactéroidetes et des Protéobactéries qui sont des familles de bactéries favorisant la production d’endotoxines comme les lipopolysaccharides et d’inflammation systémique alors que parallèlement on constate une baisse des bactéries intestinales amies comme le Faecalobacterium, les lactobacilles et les bifidobacteries (16,17).

Microbiote intestinal, rythme circadien et troubles métaboliques

L’activité du microbiote est également dépendante de notre rythme veille-sommeil. Des recherches médicales suggèrent que de nombreuses familles de bactéries intestinales montrent des fluctuations significatives non seulement par rapport à notre alimentation mais également selon notre horloge biologique (9). Des études récentes montrent qu’une perturbation de notre rythme veille-sommeil non seulement modifie l’expression des gènes régulant notre horloge interne mais également modifie la structure même de notre communauté microbienne intestinale.  Les perturbations du rythme circadien peuvent abimer l’équilibre du microbiote et semblent expliquer la fréquence des syndromes métaboliques chez les travailleurs de nuit ou chez les personnes qui souffrent fréquemment de jet lag (11).  Des auteurs ont retrouvé une altération de la barrière intestinale et des perturbations du microbiote chez les souris dont on avait perturbé l’horloge biologique, ces perturbations étaient accompagnées par une endotoxinémie et une stéatose hépatique (18).  

La réduction du temps de sommeil est également connue pour altérer la composition des bactéries intestinales et augmenter la perméabilité intestinale. Porokyo et collaborateurs a montré, sur un modèle animal, qu’un sommeil fragmenté de façon chronique pouvait induire une augmentation des apports alimentaires ainsi qu’une perturbation de la composition du microbiote. Ces changements favoriseraient des dépôts de tissus graisseux inflammatoires dans le corps, une plus grande perméabilité intestinale et une insulino-résistance (19). Par la suite, les souris saines qui ont reçu une transplantation fécale du microbiote des souris au sommeil fragmenté, ont eu une augmentation des réactions inflammatoires avec des perturbations métaboliques, renforçant toujours l’hypothèse de ce lien étroit entre l’intestin et le cerveau. L’administration de probiotiques (lactobacilles, bifidobactéries) a pu toutefois réduire le niveau des cytokines inflammatoires. Cela semble démontrer qu’un sommeil de mauvaise qualité induit un état inflammatoire et des troubles métaboliques qui sont en relation avec le changement du microbiote et que l’administration de probiotiques pourrait permettre de réduire ces processus inflammatoires et les risques de troubles métaboliques.

Les implications pratiques

 Nous savons depuis longtemps que notre sommeil peut être perturbé par nos états émotionnels, le stress, l’anxiété et la dépression ainsi que la perte du rythme veille-sommeil en relation avec nos vies trépidantes remplies de lumières artificielles. Plus récemment, les études médicales nous montrent qu’un déséquilibre de notre microbiote joue aussi un rôle important dans la survenue d’insomnie ou de dépression. Il faut être conscient de cette relation bidirectionnelle de l’axe intestin-cerveau pour appréhender de façon plus efficace la prise en charge des troubles du sommeil. Dans le cadre d’une approche générale des troubles du sommeil, je vais :

  1. Rappeler quelques conseils pratique pour une bonne hygiène du sommeil
  2. Evoquer les stratégies pour prendre en charge les insomnies dues à l’anxiété ou à la dépression
  3. Intégrer la prise en charge de l’intestin et du microbiote lors de troubles du sommeil

Conseils pratiques pour améliorer la qualité du sommeil et équilibrer le rythme circadien

1.      Connaitre son chronotype

Connaitre son chronotype est une notion importante qui permet de mieux comprendre quelles sont les meilleures heures pour aller se coucher ou se lever. Nous avons, en effet, tous des rythmes différents de veille- sommeil appelés chronotype.  Les 3 chronotypes les plus connus sont : le chronotype du matin, il s’agit d’une personne qui se lève tôt et souvent se couche tôt, il existe un chronotype dit intermédiaires, ni vraiment lève tôt, ni vraiment couche-tard et le chronotype du soir, il s’agit de personnes qui se couchent tard et souvent se lèvent tard. Respecter son chronotype permet d’avoir une meilleure adaptation à son métabolisme et à son environnement. Souvent les personnes qui ne respectent pas leur chronotype ont de la peine à avoir un sommeil de bonne qualité.

Notre société est toutefois peu adaptée au couche-tard et lève tard, souvent les personnes du soir dorment moins bien et sont souvent moins active que celle du matin. Heureusement, il existe des solutions pour améliorer cela. Une étude de 2019 a montré que l’on pouvait d’une certaine façon reseter le cycle veille-sommeil des noctambules par la luminothérapie matinale et la prise de mélatonine le soir.  Cela permettant chez le couche-tard une amélioration de leur psychisme avec réduction du stress et des tendances dépressives ainsi qu’une amélioration de leur énergie dans la journée 

2.      S’exposer à la lumière du soleil dès le matin.

Une étude de 2017 publiée dans la revue sleep health montre que l’exposition à la lumière du jour était associée à un temps d’endormissement plus court, moins de réveil nocturne et une meilleure qualité de sommeil.  

3.      Eviter les lumières artificielles, le soir

Pour notre cerveau, les fréquences lumineuses d’éveil se situent entre 380 et 550 nm, cela correspond aux spectres de la lumière bleue qui sont souvent présents dans les lumières artificielles et dans nos écrans d’ordinateur. C’est pourquoi, si l’on s’expose à des lumières artificielles le soir (tablette, télé, smart phone etc..), cela peut réduire les capacités d’endormissement et favoriser les réveils durant la nuit car la mélatonine qui est l’hormone du sommeil, ne pourra pas être produite correctement durant la nuit. Il existe comme solution d’utiliser des lunettes filtrant la lumière bleue qui peuvent être utilisées environ 1h30 à 2h avant d’aller se coucher pour ne pas perturber la sécrétion de mélatonine, il s’agit de lunettes ambre.

4.      Réduire son niveau de stress

Les hormones de stress comme le cortisol et l’adrénaline interfèrent avec la transition normale vers le sommeil. Chez les personnes stressées, l’élévation du cortisol, qui est l’hormone du stress, va réduire ou supprimer la sécrétion de mélatonine. C’est pourquoi, le stress chronique est responsable de troubles du sommeil, de réveils nocturnes et d’insomnie. Le plus souvent les insomnies liées au stress sont en rapport avec des problèmes de famille, de santé ou des conflits au travail. Les approches de gestion du stress sont fortement conseillées pour réduire son niveau de stress afin d’améliorer sa qualité de sommeil et son humeur. Lors de stress, il faut également penser au magnésium. Lors de déficience en magnésium, ce qui est fréquent lors de stress, la personne n’est plus capable de se détendre suffisamment pour tomber dans le sommeil. Les formes les plus intéressantes de magnésium sont le bisglycinate de magnésium et le thréonate de magnésium qui est capable de traverser la barrière hémato-encéphalique et agir sur le cerveau.

5.      Essayer la mélatonine

Il faut se rappeler que la mélatonine est un régulateur et non pas réellement un initiateur du sommeil, ça fonction est de synchroniser le corps à l’environnement surtout à la lumière.  L’obscurité est une condition pour produire de la mélatonine. A contrario, la lumière bleue des appareils électroniques a un effet suppresseur de la mélatonine et il est absurde de prendre de la mélatonine au couché et de continuer à regarder son téléphone portable ou la télévision. 

La plupart des spécialistes proposent des dosages modérés entre 1 mg et 3 mg, il est préférable de débuter avec 1 mg et de monter si nécessaire en cherchant le dosage minimum dont on a besoin pour tomber dans le sommeil. Si le problème est l’endormissement alors il est préférable d’utiliser des formes liquide ou sublinguale environ 1h30 avant de se coucher. Il existe des formes retard lorsque le problème est de rester endormi et d’éviter les réveils durant la nuit.

Connaitre les stratégies pour prendre en charge les insomnies dues à l’anxiété ou à la dépression

Insomnie d’anxiété

Dans l’insomnie d’anxiété, on rencontrera une difficulté à l’endormissement, des réveils nocturnes, une agitation anxieuse etc. Dans ce type d’insomnie, il est préférable de remonter à la source de l’anxiété par un travail psychologique ou tout au moins utiliser des techniques de gestion de l’anxiété comme la méditation, le TIPI etc.

On peut également utiliser des plantes anxiolytiques et calmantes comme la passiflore, la valériane, l’aubépine, l’escholtzia en tisane, en comprimé ou en EPS. Dans les micronutriments, il y en a 2 qui sont intéressants agissant sur les récepteurs anxiolitiques de notre cerveau, le GABA et la théanine :    

  • Le GABA

Le GABA est un neurotransmetteur important qui a un effet calmant et anxiolytique.

Malheureusement, le GABA en complément n’est pas toujours bien absorbé et il ne traverse pas la barrière du cerveau raison pour laquelle on ne comprend pas très bien comment il peut agir sur le cerveau.  L’effet du GABA pourrait venir d’un effet indirect par le biais du système nerveux entérique, en effet on sait que certains probiotiques sécrètent du GABA qui ont un effet calmant et anxiolytique sur le cerveau.

Certains auteurs estiment que le GABA sous forme de comprimé ne marche pas et insistent sur la prise d’une forme sublinguale qui serait plus efficace. Il existe également une forme très prometteuse liposomale de chez Quicksilver Scientific que l’on peut obtenir par exemple sur amazon.fr

  • La théanine

Il s’agit d’un acide aminé extrait du thé vert qui contribue à réguler les taux de GABA par une action sur ces récepteurs. Il a un effet anxiolytique sans être sédatif. J’utilise beaucoup la formulation de chez nutrixeal : Isotheanine 200 mg 2x par jour. A noter un produit combiné de chez Nutrixeal qui s’appelle HX4 Equilibre : combinant L theanine, GABA, vitamine B6 et magnésium

L’insomnie liée aux troubles dépressifs

Les troubles de l’endormissement sont plus fréquemment présents lors de dépression avec un dysfonctionnement de la sérotonine. Dans ce type de dépression on retrouve aussi des fortes tensions psychiques, des changements d’humeur, des périodes d’agressivité ainsi que des compulsions au sucré. Bien entendu, il faut prendre en charge la dépression par une approche multiple intégrant des conseils alimentaires (par exemple avec la chrono nutrition), des approches psychothérapeutiques ainsi que phytothérapeutique comme le millepertuis ou le safran etc. Dans les compléments alimentaires, on pensera en premier lieu au 5HTP provenant de la plante Griffonia

  • Le 5HTP

Le 5HTP est un précurseur de la sérotonine qui va se transformer en sérotonine dans le cerveau. Le 5HTP provient de la conversion du précurseur nutritionnel, le tryptophane.

Il existe plusieurs raisons pour préférer le 5HTP au tryptophane.  La conversion du tryptophane en 5HTP est relativement faible et est très dépendante de notre capacité à digérer. De plus, si on a un terrain inflammatoire, ce qui est fréquent, le tryptophane est détourné vers une voie différente, appelée la voie de la kynurénine, le tryptophane peut ainsi se transformer en acide quinolinique, stimulant des voies plutôt excitatrices.

Exemple de 5HTP chez Nutrixeal (Griffomag à 50 mg de 5htp).

Intégrer la prise en charge du microbiote lors de troubles du sommeil

Dans cet article nous avons vu que de nombreuses études ont clairement montré une relation entre la composition du microbiote, l’inflammation de bas grade et les problèmes d’insomnie. Globalement les patients souffrant d’insomnie, comparés à une population contrôle, avait une diminution de la diversité du microbiote, une diminution des bactéries produisant du butyrate, marqueur de santé de l’intestin et une augmentation de bactéries pathogènes.   Par exemple dans une étude récente, la présence excessives de bactéries Gram négatives comme les bactéroïdes permettait de différencier les personnes souffrant d’insomnie aigue par rapport à un groupe témoin alors que le manque de bactéries amies comme le Faecalibacterium ou le Blautia permettait de distinguer ceux qui souffrait d’insomnie chronique par rapport à un groupe témoin (20). Dès lors, une prise en charge du microbiote par des prébiotiques et des probiotiques semblent être une stratégie incontournable dans l’insomnie.

Les prébiotiques

Les prébiotiques sont la nourriture primordiale de nos bonnes bactéries comme les bifidobactéries. Les prébiotiques ont la capacité de moduler favorablement notre microbiote et de nombreuses études ont confirmé leur impact sur notre santé. Lorsque l’intestin n’est pas habitué à consommer ces fibres, l’apport des prébiotiques doit se faire très progressivement afin de stimuler progressivement notre microbiote et d’éviter des symptômes digestifs désagréables (ballonnements, gaz, colites). Pour augmenter l’apport des prébiotiques, on va se tourner vers les légumes, les fruits et les légumineuses. Ainsi, dans les fruits, on pensera aux fruits rouges, aux cerises et à la banane. Pour ce dernier fruit, on préférera une banane verte et ferme, qui est plus riche en fibres et moins riche en sucre. Pour les légumes, on pensera à consommer des asperges très riches en bonnes fibres, des artichauts, des poireaux et des crucifères. La famille des crucifères comprend le brocoli, le chou-fleur, les choux de Bruxelles et le chou frisé. Ces légumes sont particulièrement importants pour soutenir notre foie. Les légumineuses comme les lentilles, les pois chiches, les haricots sont des super aliments pour nos bonnes bactéries intestinales en raison de leur richesse en prébiotiques (galacto-oligosaccharides).  

On peut également conseiller de consommer des prébiotiques sous forme de compléments tels que les GOS, FOS, inuline, fibres d’acacias (par exemple : Prébiosoft de chez Nutrixeal) ou de la gomme de guar partiellement hydrolysée (Optifibre de chez Nestlé) ou encore des formes combinées. De nombreuses études ont montré la capacité des prébiotiques de moduler les fonctions cérébrales et d’améliorer l’état d’anxiété, de dépression ainsi que du sommeil : par exemple l’étude de Schmidt dont la consommation de 5,5 gr par jour de FOS a permis une réduction des taux d’hormones de stress (cortisol salivaire) et une régulation des perturbations émotionnelles liées au stress (22) ou encore l’étude d’Aspiroz montrant une réduction de l’état d’anxiété par modulation du microbiote avec des prébiotiques (23).

Les probiotiques ou psychos biotiques :

Nous avons vu que les bactéries sont capables de sécréter différentes molécules qui communiquent avec notre cerveau participant ainsi au développement de maladies psychiques comme l’anxiété et la dépression. Des produits naturels modulant le microbiote tels que les probiotiques auront de plus en plus une place dans la prise en charge de l’anxiété, de la dépression ou des troubles du sommeil. En effet, ces bactéries amies sont reconnues comme capables de produire des substances psychoactives comme la sérotonine ou le GABA agissant à travers l’axe cerveau-intestin.

Certaines souches bactériennes de notre intestin semblent plus efficaces à influencer positivement notre cerveau, on les appelle les psychos biotiques, qui peuvent, à travers leur interaction avec le microbiote, produire des molécules neuro-actives permettant de moduler des signaux neuronaux qui améliorent les paramètres psychologiques tels que l’humeur, l’appétit, le sommeil et les capacités cognitives. Dans le domaine de la psychiatrie, ces substances commencent à être perçues comme des nouvelles thérapies adjuvantes des troubles mentaux. Après analyse du génome du microbiote d’un certain nombre de personnes, il en ressort que de nombreux gènes bactériens sont capables de produire du GABA étant largement distribué dans les souches de probiotiques que ce soit des bifidobactéries ou des lactobacilles. Il existe divers complexes de probiotiques composés de bifidobactéries et de lactobacilles dont le marketing est ciblé sur le stress ou des troubles de l’humeur (par exemple Omni Biotic stress, Mood + de Garden of life, Psychos biotiques complexe de Vitall +etc.). Toutefois aucune étude sérieuse ne permet de corroborer l’efficacité de ces produits.

Certaines souches bactériennes semblent plus prometteuses et pourraient être utilisées sélectivement pour traiter les troubles du sommeil, l’anxiété ou la dépression. Par exemple, des études médicales récentes (randomisée, à double aveugle) ont montré que la prise d’une souche de lactobacillus plantarum PS128 est accompagné par une amélioration de la qualité du sommeil chez des personnes souffrant d’insomnie, ainsi que d’une réduction des symptômes dépressifs et du niveau de fatigue (24). Cette souche est actuellement commercialisée, par exemple par la société Synergia sous le nom de Neurobiotique.   La souche Lactobacillus fermentum PS150 a également démontré dans des études une action favorable sur la régulation du sommeil en améliorant la phase de sommeil profond et en diminuant la latence d’endormissement (26,27). Nous avons toutefois encore besoin que la recherche médicale nous permette de mieux comprendre quelles sont les changements du microbiote qui affectent le plus notre sommeil et notre humeur. Il vaut également mieux déterminer la place future de certaine psycho biotique dans les prises en charge des troubles du sommeil et des troubles anxiodépressifs.  D’autre part, étant donné les modifications du microbiote par rapport au rythme circadien, il sera nécessaire de mieux comprendre à quel moment de la journée utiliser certaines stratégies de modification du microbiote (28).

Sommeil et pathogènes intestinaux ?

Les troubles du sommeil peuvent être également en relation avec de maladies digestives pouvant comprendre diverses pathologies comme une dysbiose intestinale, un reflux gastro-œsophagien, un côlon irritable, des maladies inflammatoires de l’intestin ainsi que des infections chroniques telles qu’un SIBO, un Helicobacter pylori, des parasites etc. (29).  On sait, par exemple, que Helicobacter pylori peut endommager les cellules gastriques produisant de la mélatonine et perturber ainsi le sommeil. La prise en charge de ce pathogène peut être donc nécessaire pour améliorer le sommeil. Une autre cause digestive responsable d’insomnie, sont les pullulations bactériennes de l’intestin, comme le SIBO. Dans ce cas, la prise en charge du SIBO par une diète spécifique et des antimicrobiens peut aider à réguler le sommeil.  Il arrive toutefois que la prise d’antibiotiques aille l’effet contraire et perturbe l’architecture du sommeil en modifiant le microbiote (30). C’est pourquoi, si une stratégie antimicrobienne ou antibiotique peut être nécessaire pour traiter certaines infections digestives, l’impact sur le sommeil semble plus aléatoire. Une restauration du microbiote par des modifications alimentaires, des prébiotiques et certains probiotiques semblent une approche plus prometteuse afin d’améliorer l’activité du microbiote favorable à la régulation du sommeil.

 

Dr Antonello D’oro

 

Références :

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