Et si la santé passait par la bouche ?

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Introduction

Au premier abord, il semble ne pas y avoir de corrélation entre de nombreuses maladies de civilisation et l’état de santé de nos dents. Toutefois des études médicales récentes nous montrent que la qualité de notre hygiène dentaire pourrait influencer des maladies impliquant l’ensemble de notre organisme telles que l’obesité, le diabète, les maladies cardiovasculaires ou la polyarthrite rhumatoide. D’autres relations sont moins connues comprenant l’infertilité, la dysfonction érectile ou la baisse des performances sportives (1).

Nous verrons qu’une prise en charge correct de notre hygiène buccale pourrait avoir un impact favorable sur notre santé et sur l’amélioration de nombreuses maladies. Vous ne verrez plus vos gencives avec le même regard, votre bouche deviendra le miroir de votre santé.

Lien entre les maladies cardio-vasculaires et notre bouche

image boucheUne littérature médicale récente met en évidence une relation entre l’état de nos gencives (maladie parodontale) et les maladies cardiovasculaires. Certaines études montrent qu’une inflammation des gencives semble augmenter le risque de maladie cardio-vasculaire (2). Ainsi une étude prospective récente a évalué sur 15 ans une cohorte de 40 000 femmes ne présentant aucune maladie cardiovasculaire. Les femmes qui présentaient une atteinte des gencives significatives ont eu plus d’évènements cardio-vasculaires importants (infarctus, attaque cérébrale) (3).

L’inflammation systémique pourrait être le dénominateur commun pouvant expliquer la relation entre l’état de nos gencives et le risque de maladies cardiovasculaires. En effet, la CRP (C-reactiv protein) qui indique dans le sang la présence d’une inflammation, est un élément prédictif d’un risque de maladie cardio-vasculaire. De même, l’inflammation des gencives avec atteinte de l’os a la capacité de créer une inflammation sytémique dans notre organisme augmentant par concéquent le risque de maladie cardio-vasculaire (4). L’atteinte chronique des gencives a également montré, via l’inflammation systémique, une augmentation de l’arthériosclérose au niveau de la carotide (5).

Ce qui est plus intéressant , c’est qu’une meilleure prise en charge de notre hygiène buccal diminue les risques de nombreuses maladies dites de civilisation. Ainsi, certaines études d’intervention ont montré que des soins appropriés des maladies parodontales peuvent diminuer les marqueurs d’inflammation.

Quel lien entre l’état de nos dents, l’obésité, le syndrome métabolique et le diabète ?

L’obésité est un trouble métabolique qui augmente clairement la morbidité et la mortalité de nombreuses maladies (cardio-vasculaire, diabète, cancer etc..). C’est une condition métabolique souvent relié de façon simpliste à un surplus nutritionnel provoquant une accumulation de graisse.

Pourtant récemment de nombreuses études ont montré une association entre l’obésité et une inflammation systémique à bas bruit. Les maladies parodontales sont associées à un état inflammatoire systémique en raison d’une agressivité des bactéries buccales sur nos gencives. On sait que la prévention de l’obésité passe par des changements de styles de vie (alimentation, exercice physique etc..), toutefois maintenir une bonne hygiène buccale semble de plus un élément à prendre en compte chez les personnes obèses (6).

Concernant le syndrome métabolique, il s’agit d’un état fréquent chez les personnes en surpoid comprenant une résistance à l’insuline, une hypertension artérielle et une augmentation des lipides. De nombreuses études médicales suggèrent une association entre le syndrome métabolique et l’inflammation des gencives (7).

Plus intéressant est le fait de constater que des traitements efficaces des maladies parodontales permet de mieux contrôler le syndrome métabolique en terme de réduction de l’hémoglobine glyquée (HbA1c) et de la glycémie à jeûn (11, 12).

Il semble même que l’état de nos gencives pourrait faire suspecter un diabète débutant, si l’on se réfère à une étude de 2014 évaluant plus de 1000 sujets classés en trois groupes (normoglycémique, prédiabète et diabète(8).

Ce qui est encore plus intéressant, c’est de constater qu’un traitement efficace de nos gencives avec des antibiotiques topiques entraine une amélioration des glycémies chez des diabétiques, ceci grâce à la résolution de l’inflammation des gencives (9, 10).

Problème d’infertilité et si c’était vos gencives ?

Certaines études ont mis en évidence une association entre la maladie parodontale et certaines complications durant la grossesse (prématurité, petit poids du fetus, pré-éclampsie). Pour mieux étudier cela, plusieurs études randomisées ont évalué l’effet des traitements des maladies parodontales (dentiste, hygiéniste) chez les femmes enceinte. Toutefois ces études n’ont pas montré de bénéfices par rapport aux complications de la grossesse. Dès lors, certains chercheurs ont émis l’hypothèse que peut-être il était déjà trop tard de traiter les dents pendant la grossesse. Dès lors, on c’est penché dans le cadre des FIV, si le traitement des maladies des gencives avant la conception pourrait améliorer les chances de succès. Dans une étude d’observation de 2000 femmes  il a été démontré que les femmes qui avait des inflammations des gencives concevaient en moyenne plus tardivement que celles qui n’avaient pas d’atteinte. On peut peut être suggèrer aux femmes qui désirent concevoir, d’encourager une visite chez le dentiste (13,14).

Dysfonction érectile et maladie parodontale

Dans une étude récente, 53 sujets souffrant de maladie parodontale ont été séparés en trois groupes selon la gravité des atteintes gingivales. Une relation a été mises en évidence entre l’importance des atteintes des gencives et l’importance de la dysfonction érectile. La relation entre les deux pathologies pourrait être expliquée par le faite qu’elles partagent des facteurs de risques commun comme le diabète, le tabac ou les maladies cardio-vasculaires (15).

Polyarthrite rhumatoide, une relation de plus en plus documentée avec l’état des dents.

De nombreuses études ont montré que les atteintes agressives des gencives représentent un facteur de risque de polyarthrite rhumatoïde. Dans une récente revue de la littérature scientifique, 5 études de qualité ont montré qu’un traitement de la maladie parodontale était associé à une diminution des paramètres inflammatoire de la Polyarthrite (vitesse de sédimentation, TNF-alpha). Il est dès lors reconnu qu’un traitement efficace non chirurgical de la maladie parodontale permet d’améliorer les marqueurs d’activité de la polyarthrite rhumatoïde (16).

Une bonne hygiène buccale, un bon investissement pour sa santé

Une bonne hygiène buccale et un traitement correct d’une maladie de nos gencives semblent être un investissement santé, si l’on se réfère aux diverses études en partie discutées ci-dessus. Pour nous convaincre de cela, j’évoquerai encore une étude récente tirée des registres des assurances qui ont permis d’évaluer l’état de santé médical et dentaire de 338 891 individus entre 2011 et 2013.

Les critères d’inclusion étaient en premier lieu la présence d’une atteinte des gencives (maladie parodontale) associée à aux moins une des maladies suivantes (diabète, maladie des coronaires, maladie cérébro-vasculaire, arthrite rhumatoide) ou une grossesse.

On a comparé les gens qui ont été traité complètement d’une maladie parodontale (jusqu’en 2005) par rapport à ceux qui n’ont pas été traité. Par la suite, on a évalué les années suivantes, les coûts médicaux et le nombre d’hospitalisation du aux maladies précitées (diabète, maladie cardio-vasculaire et cérébrale, polyarthrite rhumatoide ) ainsi que le suivi des grossesses. Les résultats ont montré de façon significative une réduction nette des coûts médicaux et d’hospitalisation chez les personnes traitées préalablement de leur maladie parodontale (17).

Ceci semble démontrer qu’un traitement conservateur de la maladie parodontale peut réellement améliorer notre état de santé et réduire les risques futures de maladies graves. Nos soins dentaires prennent une autre dimension, ce n’est pas simplement avoir de belles dents mais également entretenir notre santé. Dès lors, il devient plausible que notre santé passe aussi par la bouche.

Références :

  1. Oral health of elite athetes and association with performance : a systematic reviewAshley P, Br J Sports Med 2014 Nov 11
  1. Association of peridontal pathogenesis and Cardiovascular Diseases : A Literature Review. Ahmed U, Oral Health Prev Dent 2014 Oct 2
  2. Cardiovascular Risks Associated with Incident and Prevalent Periodontal Disease
    Yu YH, J Clin Periodontol 2014 Nov 10
  3. Comparative evaluation of serum C-reactive protein levels in chronic and aggressive periodontitis patients and association with periodontal disease severity. Goyal L. Contemp Clin Dent 2014 Oct ; 5(4) : 484-8
  4. C-reactive Protein as Predict of Increased Carotid Intima Media Thickness in Patients with Chronic Periodontitis. Tapashetti RP, J Int Oral Health 2014 Jul ; 6(4) :47-52
  5. Multifactorial Relationship of Obesity and Periodontal Disease Snophia Suresh,
    Review Article Avril 15, 2014-12-02
  6. Periodontal disease and metabolic syndrome : a qualitative critical review of their association. Watanabe K. Arch Oral Biol 2014 Aug ;59(8) :855-70
  7. Peridontal findings in individuals with newly identified pre-diabetes or diabetes mellitus , Lamster IB, J Clin Periodontol, 2014 Nov ;41(11) :1055-60
  8. Improvement of glycemic control after periodontal treatment by resolving gingival inflammation in type 2 diabetic patients with periondontal disease. Katagiri S, J Diabetes Investig, 2012 Aug 20 ;3(4) :402-9
  9. Effectiveness of periodontal treatment to improve metabolic control in patients with chronic periodontis and type 2 diabetes : a meta-analysis of randomized clinica trials Sgolastra F, J Periodontol 2013 Jul ; 84(7) : 958-73
  10. Periodontal disease and glycemic control in diabetics. Engebretson S.Evid. Based Dent, 2014 Sep ;15(3) :93-4
  11. Diabetes and periodontal disease : a two-way relationship. Casanova L. Br Dent J. 2014 Oct 24 ;217(8) : 433-7
  12. Periodontal disease : could this be a further factor leading to subfertility and is there a case for prepregnancy dental check-up ? Womens’s Health 2012 8(3), 229-230
  13. Periodontal disease : a potential modifiable risk factor limiting conception. Hart R, Hum. Reprod doi :10.1093/humrep/des034 2012
  14. Association between erectile dysfonction and chronic periodontitis : A clinical study. Uppal RS, Indian J Dent Res 2014 Jul-Aug(4) :430-3
  15. Does periodontal treatment influence clinical and biochemical measures for rheumatoid artritis ? a systematic review and meta-analysis.
    Kaur S. Semin Arthritis Rheum, 2014 Apr 28
  16. Impact of periodontal therapy on general health :evidence from insurance data for five systemic conditions
    Jeffcoat MK, Am J Prev Med 2014 Aug ;47(2) :166-74

 

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Dr. A. D'Oro

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Marilyn
Marilyn
7 années il y a

Un grand merci pour cet article. Marilyn

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