La femme dans tous ces états Partie 1 : le syndrome prémenstruel en micronutrition

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premenstruel1Introduction

Beaucoup de femmes souffrent de symptômes fréquents et cycliques connus sous le nom de syndrome prémenstruel (SPM). La fréquence du syndrome prémenstruel est variable touchant environ une femme sur 3, mais seulement 3 à 8 % ont un syndrome sévère ou des troubles psychiques handicapants. Ces symptômes peuvent chez certaines femmes débuter déjà après l’ovulation et se terminer au début des menstruations.

Le SPM comprend autant des symptômes physiques qu’émotionnels qui peuvent altérer la qualité de vie de façon importante. Les plaintes sont variées et peuvent inclurent des crampes, des ballonnements, des céphalées, des gonflements, une rétention d’eau, des douleurs lombaires, un sentiment dépressif ou anxieux, des douleurs des seins, de l’acné, etc.

Ces symptômes peuvent varier d’intensité d’une femme à l’autre, allant d’une forme légère à sévère. Ce syndrome est beaucoup plus fréquent dans les pays occidentaux qu’en Asie ou que dans les pays en voie de développement. L’explication proviendrait de notre mode de vie et de notre alimentation occidentale semblant jouer un rôle important dans ce syndrome. Ainsi, on sait qu’un manque de sommeil ou un stress mal géré majorent les troubles du SPM, la sédentarité également aggrave les symptômes alors qu’une activité physique régulière les améliore (augmentation de la sérotonine, décongestion du bassin). On sait également que divers facteurs nutritionnels aggravent le SPM tels qu’une alimentation hypercalorique riche en sucres, des excès de sel ou de viande rouge ou une consommation riche en caféine ou en xanthines (café, thé, chocolat, etc..).

Les causes du syndrome prémenstruel ?

La compréhension médicale de ce syndrome reste incertaine. Une prédisposition génétique est évoquée en raison de la présence fréquente d’antécédents familiaux. On retient également l’existence d’un terrain de fragilité aux changements hormonaux en fin de cycle. Toutefois, en comparant les taux d’oestrogènes ou de progestérone chez les femmes souffrant de SPM et celles qui n’ont pas de symptômes, on ne constate pas de différence. Certains médecins, comme le Dr John-R Lee, émettent l’hypothèse d’un rapport perturbé entre les taux d’oestrogènes et de progestérone favorisant ainsi une hyperoestogénie relative soit par augmentation des oestrogènes circulants soit par insuffisance de la production de progestérone (insuffisance lutéale).

La réponse aux oestrogènes peut être également modulée par le stress ainsi que par des déséquilibres alimentaires ou micronutritionnels.

Cette hypersensibilité aux hormones pourrait être en relation avec des déficits en minéraux tels que le calcium et le magnésium provoquant des troubles ioniques avec hyperexcitabilité périphérique. On sait, par exemple, que le stress favorise les fuites de magnésium et de calcium augmentant ainsi la sensibilité à la douleur par des phénomènes d’hyperexcitabilité membranaire.

A cela, s’ajoute souvent un dysfonctionnement des neurotransmetteurs comprenant des déficits des neurotransmetteurs apaisants comme la sérotonine ou le GABA mais également un excès des neurotransmetteurs excitateurs. Certains comportements alimentaires tels que la consommation excessive de glutamate monosodique (exhausteur de goût) ou de taurine que l’on retrouve dans les boissons énergisantes (redbull) ainsi qu’un excès de caféine peuvent stimuler excessivement nos neurotransmetteurs excitateurs (glutamate) et accentuer les symptômes du SPM.

premenstruel2

Un terrain inflammatoire, favorisé par un déséquilibre des acides gras, joue également un rôle significatif dans le SPM. Il existe deux grandes familles de messagers de l’inflammation dérivant de nos acides gras membranaires, les prostaglandines pro inflammatoires (PGE2) et celles anti-inflammatoires (PGE1 et PGE3). Idéalement, ces deux groupes de prostaglandines doivent être en équilibre pour une bonne gestion du terrain inflammatoire. Un déséquilibre du ratio PGE2/PGE 1 ou 3 favorise une plus grande sensibilité physiologique à la douleur et à l’inflammation.

Ce déséquilibre s’explique en grande partie par nos comportements alimentaires déséquilibrés. Ainsi, on cherchera à réduire les apports d’acide arachidonique, précurseur des PGE2 pro-inflammatoires (charcuteries, viande rouge) surtout en phase prémenstruelle et on favorisera les précurseurs du PGE1 anti-inflammatoire en prenant de l’huile d’onagre ou de bourrache. Les carences en cofacteurs comme le fer, le zinc, le Mg et la vitamine B3 peuvent jouer un rôle dans cet équilibre par dysfonctionnement de certaines enzymes du foie (delta désaturases). On peut corriger ces cofacteurs par la micronutrition, d’où l’utilité d’apporter du magnésium, du zinc, du calcium et de la vitamine B6. Donner des produits riches en oméga 3 (poissons des mers froides ou huiles de poissons riche en oméga 3) pour augmenter les prostaglandines anti-inflammatoires (PGE3) est également conseillé. En rééquilibrant naturellement nos acides gras, on obtient une meilleure maîtrise de l’inflammation dans le SPM avec une efficacité aussi bonne que la prise d’anti-inflammatoires.

Une classification des symptômes du SPM par catégorie physio-pathologique afin de mieux cibler la prise en charge

Une classification par étiologie a l’avantage d’ouvrir les portes sur des possibilités thérapeutiques ciblées. En médecine classique, il existe des traitements médicamenteux qui ont montré une certaine efficacité. Ces traitements comprennent la prescription d’hormones (progestérone ou dérivés norstéroides) ou de médicaments symptomatiques tels que les anti-inflammatoires pour les douleurs, les psychotropes pour les troubles de l’humeur, les diurétiques pour les troubles congestifs.

Il existe toutefois des alternatives naturelles très efficaces. Nous verrons pour cela qu’une meilleure compréhension des mécanismes physio-pathologiques nous permettra de mieux cibler la prise en charge du SPM par des stratégies nutritionnelles, micronutritionnelles et en phytothérapie.

On peut retenir 4 grands troubles physio-pathologiques dans le syndrome prémenstruel pouvant expliquer différents tableaux cliniques du SPM.

1.     La dysfonction des canaux ioniques

2.     La dysfonction des neurotransmetteurs

3.     La dysfonction des prostaglandines et des acides gras

4.     L’hyperoestrogénie relative

La dysfonction des canaux ioniques

On peut suspecter une dysfonction des canaux ioniques (calcium, magnésium) lors de la présence de certains symptômes impliquant des troubles spasmodiques et neurosensoriels tels que des dysménorrhées persistantes, des spasmes musculaires, des crampes, des spasmes du larynx, une irritabilité ou une sensibilité au bruit, au stress, des migraines ainsi que des céphalées.

La prise en charge repose sur le rééquilibrage des minéraux impliqués, on peut dès lors proposer la prise de magnésium (300 à 400 mg /j) et de calcium (1 à 1,5 gr/j) pendant toute la 2ème moitié du cycle (1,2,3) , de plus il est conseillé de réduire l’excès de caféine, de sucres et de sel.

La dysfonction des neurotransmetteurs

premenstruel3Probablement, le neurotransmetteur le plus impliqué dans le SPM concerne la sérotonine. La carence en sérotonine est caractérisée par des symptômes variés tels que l’irritabilité, l’impatience, l’agressivité, la compulsion aux aliments sucrés, les difficultés d’endormissement, les réveils nocturnes, la labilité de l’humeur ainsi que l’intolérance aux frustrations. Les facteurs favorisant la dysfonction de la sérotonine comprennent le stress en relation avec l’augmentation du cortisol et l’inflammation à bas bruit (souvent d’origine intestinale) s’accompagnant en miroir d’une neuro-inflammation dérivant les voies de synthèse de la sérotonine.

Le métabolisme de la sérotonine peut être amélioré de façon naturelle si l’on respecte certaines clés telles que la chronobiologie nutritionnelle, la correction des cofacteurs de la synthèse de la sérotonine (fer,zinc, vit B6), l’apport de L-Tryptophane (précurseur) ou d’une phytothérapie sérotoninergique telles que le safran ou le millepertuis (4,5).

La dopamine peut également être impliquée dans le SPM, on constatera des symptômes plutôt de fatigue matinale, une démotivation, des troubles de la mémoire avec sensation de tête vide, des troubles du sommeil sous forme de sommeil agité ou d’impatience dans les jambes. La prise en charge comprend plutôt un déjeuner protéiné (environ 20 gr de protéines le matin) et la correction des cofacteurs de la synthèse de la dopamine (fer, folates) ainsi que la prise de précurseur de la dopamine (l-Tyrosine 1gr 1 à 2x le matin à jeun).

La luminothérapie semble également une alternative très intéressante durant la phase prémenstruelle permettant une régulation des neurotransmetteurs autant de la dopamine que de la sérotonine (6). Il s’agit d’une exposition de 10 000 lux pendant 30 minutes le matin tôt.

Le déséquilibre des acides gras et des prostaglandines

premenstruel4Ce déséquilibre favorise les phénomènes de congestions, particulièrement les mastoses mais également les sensations de gonflement des seins, la rétention d’eau, la prise de poids, les céphalées, l’acné ou les douleurs articulaires. Ce déséquilibre des acides gras est en partie dû à une mauvaise synthèse des longues chaînes (par dysfonction de la delta désaturase) souvent aggravée par le syndrome prémenstruel, le stress ou le manque de cofacteurs (zinc, magnésium).

Le rééquilibrage des prostaglandines nécessite l’apport d’acides gras oméga 6 tels que la bourrache ou l’onagre ainsi que des oméga 3 (en cas de déficit). L’apport des cofacteurs des désaturases peut être nécessaire (fer, zinc, magnésium) ainsi que la correction des facteurs bloquant la delta 6 désaturase (stress, diabète, virus etc..).

Bien que la prise d’huile d’onagre soit souvent conseillée dans le SPM, les preuves scientifiques restent très faibles dans ce domaine (7).

Prise en charge du climat hormonal à savoir l’hyperoestrogénie relative

L’hyperoestogénie relative soit par augmentation des oestrogènes circulants soit par insuffisance de la production de progestérone (insuffisance lutéale) est une cause reconnue du SPM.

Une des stratégies afin de réduire l’hyperostrogénie est de diriger le métabolisme des oestrogènes (oestradiol) vers une voie favorable d’élimination en générant des métabolites 2-hydroxyestrone plutôt que des 16-hydroxylestrone néfastes pour la santé.

Les plantes de drainages du foie (radis noir et artichaut) peuvent permettre d’activer les voies d’élimination de la 2 et 4 hydroxylase tout en inhibant la voie de la 16 hydroxylase. Les graines de lin moulues par leur richesse en lignanes ont également cette capacité de réguler le terrain hyperostrogénique. Au niveau de l’intestin, la prise en charge d’une dysbiose intestinale (pré et probiotiques) peut être nécessaire afin d’éviter un cycle entéro-hépatique pathologique des oestrogènes.

Certaines plantes ont des capacités de réguler le terrain hormonal (effet progestatif) et sont très utiles dans le SPM. Ainsi  le Vitex agnus-castus (Gattilier) est un bon régulateur hormonal, anti-prolactine avec une action dopaminergique particulièrement indiquée dans les SPM avec mastodynies, galactorrhées ou dsymenohrrées (8). L’Alchémille, par son effet lutéotrope, permet également de rééquilibrer le terrain hormonal et à un effet antispasmodique.

Stratégies de prise en charge du syndrome prémenstruel

Nous avons vu que le syndrome prémenstruel s’inscrit dans des dérèglements physio-pathologiques divers et qu’il existe de nombreuses approches thérapeutiques alternatives. En précisant le tableau clinique présenté par la personne souffrant du SPM, il est possible de cibler de façon plus précise la prise en charge. Il existe toutefois fréquemment un tableau mixte qui demande de combiner plusieurs traitements.

En plus d’un déséquilibre hormonal, il s’ajoute des perturbations physio-pathologiques dont il est utile de rattacher les symptômes à une des catégories décrites ci-dessus.

Pour rappel, le but est de :

Moduler les dysfonctions physio-pathologiques

  • des canaux ioniques (crampes, spasmes)
  • neurobiologiques (irritabilité, troubles de l’humeur)
  • des prostaglandines (mastose, inflammation, symptomes congestifs)

Corriger le climat d’hyperostrogénie relative

  • Modulateurs des oestrogènes (graines de lin, plantes hépatiques)
  • phytothérapie progestative (Gatilier, Alchémille)

Protocoles de traitement selon les symptômes, à combiner selon les plaintes.

1.     Tableau à prédominance spasmes et crampes : (équilibrer les minéraux)

Alimentation : augmenter les apports calciques (sardines, légumineuses, boire des eaux bicarbonatées riches en magnésium et calcium et réduire le sel de table)

Complémentation 2ème moitié du cycle: calcium 1gr (préférer un citrate de calcium qui est plus alcalinisante) et magnésium 400 mg élément (citrates, glycérophosphate)

2.     Tableau à prédominance troubles de l’humeur et irritabiilité (équilibrer les neurotransmetteurs)

Alimentation : protéines le matin, glucides le soir, et réduire les viandes durant la période prémenstruelle

Complémentation : L tryptophane (2x 400mg à 17h et avant couché), corriger les co-facteurs en cas de déficit (fer, magnésium, B6), mélatonine 1 mg dans les cas rebelles associée à la luminothérapie 10000 lux le matin

Phytothérapie : Safran (15 j par mois une gélule)

3.      Tableau à prédominance congestive (mastose, retention d’eau, prise de poids, gonflement des seins ) : équilibrer des prostaglandines

Huile d’onagre : 3 cps de 500 mg 2x par jour ou huile de bourrache : 2 cps 2x par jour

+ co-facteurs  selon déficit (Fer 15 mg, zinc 15 mg ,B6 2 mg)

4.     Equibre hormonal, dans la plupart des cas

Alimentation très végétale (2ème partie du cycle)

Consommation de graines de lin : broyées, 1 c.à. soupe/j

Phytothérapie :

Plantes de drainage favorisant la détoxification des oestrogènes (radis noir, artichaut) 15 jours par mois

Gattilier (Vitex agnus-castus) extrait sec de 30 à 50 mg /j (Prefemin) ou de l’ Alchémille. Probiotiques systématiques en cas de dysbiose intestinale

Dr. A. D’Oro

Références

  1. Saeedian Kia «  The association between the risk of premenstrual syndrome and vitamin D, calcium, and magnésium status among University students » Health Promot Perspect. 2015 Oct 25 ;5(3) :225-30
  2. Chocano-Bedoya « Intake of selected minerals and risk of premenstrual syndrome » Am J Epidemiol 2013 May 15 ;177(10) :1118-27
  3. Ghanbari Z « Effects of calcium supplement therapy in women with premenstrual syndrome » Taiwan J Obstet Gynecol. 2009 jun ;48(2) :124-9
  4. Agha-Hosseini « Crocus sativus L. (saffron) in the treament of premenstrual syndrome : a double-blind, randomised and placebo-controlled trial » BJOG 115.4 (2008) :515-519
  5. Van Die, MD « Effects of a combination of hypericum perforatum and vitex agnus castus on PMS-like symptoms in late-perimenopausal women :finding from a subpopulation analysis » Journal of Alternative and Complementary Medicine 15.9 (2009) :n pag. Pubmed.gov.Web 21 may 2014
  6. Parry BL « Reduced phase-advance of plasma melatonin after bright morning light in the luteal but not follicular menstrual cycle phase in premenstrual dysphoric disorder : an extended study » Chronobiol Int 2011 May ;28(5) :415-24
  7. Budeiri D « Is evening primrose oil of value in the treatment of prementrual syndrome ? » Control Clin Trials 1996 Feb ;17(1) :60-8
  8. Momoeda M « Efficacy and safety of Vitex agnus-castus extract for treament of premenstrual syndrome in japanese patients : a prospective, open-label study » Adv Ther, 2014 Mar ;31 (3) :362-73
Dr. A. D'Oro

Dr. A. D'Oro

Consultations en Micronutrition et Alimentation Santé, site: http://www.plomed.ch, Email: secretairedoro@gmail.com,Tel: +41.22.301.63.38, 

  1 comment for “La femme dans tous ces états Partie 1 : le syndrome prémenstruel en micronutrition

  1. Avatar
    28 septembre 2016 at 17 h 10 min

    Article intéressant pour savoir qu’est ce qui se passe pendant cette phase et surtout que dois-je nous manger. Courage à toutes les femmes 😉

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