Pour la santé de votre cœur, n’ayez plus peur de manger du cholestérol, adoptez un mode de vie sain et méfiez-vous des statines

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Introduction

Voilà 50 ans que les médecins nous disent d’éviter les graisses et surtout le cholestérol.

Il s’agit du sujet d’inquiétude alimentaire le plus fréquent pour la plus part des personnes qui consultent leur médecin. Pourtant, la plus part des gens ont plein d’idées fausses sur le cholestérol. Le cholestérol n’est pas mauvais pour la santé, c’est tout le contraire. Le corps humain a un besoin essentiel de cholestérol pour synthétiser la vitamine D, pour produire la plus part des hormones stéroïdiennes ainsi que pour structurer les membranes de nos cellules, chacun de ces processus étant vital pour notre vie.

Nous verrons ci-dessous que les aliments riches en cholestérol peuvent être mangés sans craintes. De plus, nous découvrirons que manger plus de graisses peut être favorable pour notre santé et que cette phobie du gras n’a pas de fondement réel.

D’autre part, nous verrons que la vraie prévention de notre santé passe par une modification de nos modes de vie et non pas par des médicaments ou vitamines.

Le dernier sujet sur l’utilisation des statines est plus délicat et sujet à controverse. Le corps médical adhère globalement à ces médicaments qui sont prescrits de façon massive. Pourtant, de nombreuses études remettent en question leur efficacité surtout en prévention primaire et mettent en évidence l’importance des effets secondaires.

Manger du cholestérol n’augmente pas le risque de maladie cardiaque

Voici en effet plus de 50 ans que les nutritionnistes nous martèlent sur le rôle néfaste du cholestérol alimentaire. Le gouvernement américain a recommandé pendant des décennies de réduire la consommation d’aliments gras surtout riches en cholestérol. Toutefois, au vue des récentes études scientifiques cela est en train de changer.

Déjà en 2013, le comité d’étude scientifique de l’American College of Cardiology et l’American Heart Association (2) avaient conclu qu’il n’y avait pas d’éléments scientifiques permettant de restreindre les aliments riches en cholestérol.

Plus récemment, dans le rapport scientifique de 2015, le comité américain d’experts en nutrition (Dietary Guidelines Advisory Committee) (1) a conclu qu’il n’y a aucune preuve scientifique valable permettant de faire un lien entre la consommation d’aliments riches en cholestérol et les maladies cardiaques. La consommation d’aliments riches en cholestérol tel que l’œuf ne peut être considérée comme dangereuse.

La responsable du laboratoire de nutrition cardio-vasculaire de la Tufts University du Massachusetts affirme que rien actuellement ne justifie de réduire la consommation des œufs. L’œuf apporte de la vitamine D en bonne quantité, 7 grammes de protéines d’excellente qualité avec des graisses polyinsaturée bonnes pour la santé et tout cela avec un apport de seulement 80 calories. L’œuf est devenu la pilule miracle, à consommer quotidiennement.

Manger de bonnes graisses est bon pour le cœur

bonnes graissesActuellement, les recommandations officielles continuent à déconseiller la consommation de graisses saturées. Même dans le rapport de 2015 du comité américain d’experts, il est recommandé que l’apport de graisses ne dépasse pas 30% de l’apport énergétique total et pas plus de 10% en graisses saturées.

Ces constats ne sont toutefois basés sur aucune étude sérieuse. Des méta-analyses récentes ne constatent aucun effet négatif de la consommation de graisses saturées favorisant un risque cardio-vasculaire ou le diabète (3, 4,5). De plus en plus de nutritionnistes américains pointent le doigt sur les vrais coupables, à savoir l’excès de sucre raffiné et de féculents qui créent une réponse inflammatoire dans le corps et favorisent la formation de cholestérol.

En contre-partie, de nombreuses études montrent l’effet positif des bonnes graisses sur la santé. Ainsi une étude récente de l’Harvard School of Public Health (6) a montré que les personnes qui consomment quotidiennement des noix réduisent le risque de mortalité de 20%, toutes causes confondues et de 29% pour une origine cardiaque. Ces constatations ont été faites sur une étude d’observation des habitudes alimentaires incluant 70 000 femmes et 40 000 hommes.

Une autre étude récente publiée dans le journal de l’American Heart Association (7) montre qu’introduire des amandes comme snack à la place de pâtisseries amène une protection contre les maladies cardio-vasculaires mais également aide dans l’obésité et le syndrome métabolique. Les participants de cette étude étaient d’âge moyen, en surpoids, avec des niveaux de cholestérol sanguin élevé. Les participants ont été séparés en deux groupes, un groupe prenant un muffin comme snack, l’autre groupe mangeant environ 45 gr d’amandes. Les deux produits avaient un total de calories identiques. A part cela, le modèle alimentaire des participants était identique concernant l’apport calorique global.

Pendant les 3 mois de l’étude, le poids est globalement resté le même, toutefois le groupe consommant des amandes a réduit la graisse abdominale et le périmètre de l’abdomen. Cela est intéressant si l’on sait que la graisse abdominale et la circonférence de l’abdomen sont considérées comme des facteurs de risque pour le syndrome métabolique et les maladies cardio-vasculaire. De plus, les participants consommant les amandes ont réduit leur cholestérol (rapport LDL/HDL), alors que ceux qui consommaient quotidiennement des muffins ont augmenté leur C-réactive protein, un marqueur inflammatoire néfaste pour la santé.

Beaucoup de personnes évitent de manger des avocats en raison de sa richesse en graisses et en cholestérol. Toutefois, c’est une grosse erreur. En effet, l’avocat est un des aliments qui réduit le mieux le mauvais cholestérol, qui permet de contrôler son poids et offre des bonnes graisses pour la santé. Une étude récente de 2014 financée par « the American Heart Association » (8) a évalué des personnes en surpoids ou obèse, avec une augmentation modérée du mauvais cholestérol (LDL) et une augmentation de la tension artérielle. Le groupe a testé 3 diètes différentes pendant 5 semaines avec un break de 2 semaines entre chaque diète. La première diète était pauvre en gras, la deuxième diète était riche en graisses de façon modérée et la 3ème diète était également modérément grasse avec adjonction d’un avocat par jour. C’est la 3ème diète qui a montré les taux les plus bas de mauvais cholestérol ainsi qu’une réduction des autres marqueurs de risques cardio-vasculaires (cholestérol total, triglycérides, petit LDL dense).

Adoptez un mode de vie sain

Beaucoup de personnes se réconfortent en prenant des vitamines ou des médicaments sensés les protéger contre un problème cardiaque. C’est le plus souvent un leurre qui n’amène aucune protection réelle sur la santé. La seule solution objective pour avoir un cœur sain et réduire les risques de maladie cardiaque est d’adopter un mode de vie sain.

Une étude récente publiée dans «  Journal of the American College of Cardiology » (9) a examiné les bénéfices d’une alimentation saine et d’autres pratiques de santé sur le risque d’avoir un infarctus. Pour arriver à ce but, les chercheurs ont analysé des questionnaires interrogeant sur le mode de vie de plus de 20 000 hommes âgés de 45 à 79 ans.

Les comportements estimés protecteurs étaient au nombre de 5 et comprenaient une alimentation saine de type méditerranéenne, une consommation modérée d’alcool, l’absence de tabac, la pratique fréquente d’exercices physiques et l’absence de graisses abdominales (gros ventre). Les chercheurs ont répertorié 1724 personnes qui ne pratiquaient aucun des 5 comportements santé, 166 de ce groupe a souffert d’un infarctus. En contrepartie seulement 212 hommes suivaient les 5 comportements santé et seulement 3 personnes ont eu un infarctus.

CECI INDIQUE QUE 80% DES INFARCTUS CHEZ L’HOMME POURRAIT ÊTRE EVITE EN ADOPTANT UN MODE DE VIE SAIN.

Malheureusement moins de 2% de la population américaine ou européenne pratique ce que les experts définissent comme « un idéal de santé cardio-vasculaire ». Les auteurs soulignent le fait que nos modes de vie sont modifiables à n’importe quel moment de notre vie et que passer d’un mode de vie à haut risque à un mode de vie à faible risque peut avoir à tout moment un impact sur la santé de notre cœur.

Méfiez-vous des statines

Les traitements contre le cholestérol (statines) sont devenus, pour les compagnies pharmaceutiques, un des médicaments les plus juteux financièrement. Ces médicaments sont indéniablement efficaces pour baisser le cholestérol sanguin. En raison de leur efficacité, les statines ont été largement adoptées par l’ensemble du corps médical. Leur utilisation ne fait qu’augmenter au fur à mesure que les valeurs du cholestérol normal sont abaissées. En juillet 2014, le service national de santé public d’Angleterre a émis de nouvelles recommandations pour les prescriptions des statines. Si ces recommandations sont suivies, près de 40% de la population adulte pourrait être sous traitement.

Le seul problème, c’est que le fait d’abaisser le cholestérol n’est pas nécessairement une bonne chose. Les recherches récentes montrent que le taux de cholestérol sanguin est un marqueur de maladie cardio-vasculaire, MAIS PAS LA CAUSE. Il n’est vraiment pas certain que le fait d’utiliser des statines afin d’abaisser le taux de cholestérol sanguin soit une bonne chose pour la santé du cœur.

Deux études récentes publiées dans « The Expert Review of Clinical Pharmacology » (10,11) ont contesté l’effet miracle des statines et révélé le fait que ces médicaments non seulement sont responsables de nombreux effets secondaires mais qu’au lieu de réduire le risque cardio-vasculaire, ces substances pourraient l’augmenter.

Déjà de nombreuses études avaient souligné le fait que les statines pourraient en effet être responsables d’une augmentation du risque cardio-vasculaire. Récemment, une étude (10) conduite par les chercheurs de la Kinjo Gakuin University au Japon a permis d’analyser les mécanismes pouvant expliquer une augmentation du risque de maladies cardiaques. Un des mécanismes est que les statines réduisent le taux de coenzyme Q10 qui joue un rôle important pour produire de l’ATP que notre corps utilise comme source d’énergie. Un manque d’ATP favorise une fatigue de nos cellules, impliquant particulièrement le cœur qui est un muscle avec de gros besoins énergétiques. Les statines semblent provoquer d’autres altérations métaboliques. Les chercheurs ont montré entre autres que les statines réduisaient le taux de l’hème A qui est une protéine qui transporte le fer et l’oxygène vers le cœur. Les statines réduisent également la synthèse de la vitamine K2, une vitamine qui protège les artères. Finalement, les statines bloquent l’activité des sélénoprotéines incluant la glutathion peroxydase qui protège le tissu musculaire (dont le cœur) des atteintes oxydatives. Les chercheurs de cette étude s’interrogent sur l’augmentation épidémique des personnes souffrant d’insuffisance cardiaque et d’arthérosclérose depuis l’introduction massive des statines.

La deuxième publication récente (11) a démontré de façon statistique que les études sur les statines n’ont jamais réussi à montrer que ces médicaments réduisaient le risque de maladie cardio-vasculaire, en prévention primaire. En analysant deux gros essais cliniques, les chercheurs ont conclu que ces médicaments réduisaient le risque cardio-vasculaire au maximum d’environ 1%, ce qui contredit les affirmations des firmes pharmaceutiques évoquant des pourcentages entre 36 et 54%.

A la vue du faible impact positif de ces médicaments en prévention primaire, on peut se poser des questions sur leur intérêt d’autant plus que de nombreuses études révèlent de multiples effets secondaires. En effet, de nombreux travaux scientifiques soulignent les risques d’augmentation de diabète (12-15), de douleurs musculaires (16-19), de troubles cognitifs (20-22), et encore plus inquiétant de cancer (23-26).

Toutefois, en prévention secondaire, après un infarctus, les statines peuvent avoir un effet protecteur en raison de leur effet anti-inflammatoire. Dans ce cas, je n’encourage pas les personnes sous ces médicaments à arrêter leur traitement bien que je crois que le changement des habitudes de vie reste primordial pour une vraie prévention primaire ou secondaire. En général, pour toutes les personnes sous statines, la décision de suspendre le traitement doit être discutée avec le médecin prescripteur ou le médecin traitant. L’arrêt de ces médicaments n’a de sens que si la personne est prête à modifier ces habitudes de vie avec éventuellement une prescription de micronutriments protecteurs pour le cœur (par exemple : oméga 3, polyphénols, Coenzyme Q10).

Dr A. D’oro

 

Références :

1 :http://www.health.gov/dietaryguidelines/2015%2Dscientific%2Dreport/PDFs/Scientific-Report-of-the-2015-Dietary-Guidelines-Advisory-Committee.pdf

2 : 2013 AHA/ACC guideline on lifestyle management to reduce cardiovascular risk: a report of the American College of Cardiology/American Heart Association Task Force on Practice Guidelines J Am Coll Cardiol. 2014 Jul 1;63

3 « Consumption of fatty foods and incident type 2 diabetes in populations from eight European countries » Eur J Clin Nutr. 2015 Apr;69(4):455-61.

4 « Association of dietary, circulating, and supplement fatty acids with coronary risk: a systematic review and meta-analysis. » Ann Intern Med. 2014 Mar 18;160(6):398-406

5 « Comparison of the long-term effects of high-fat v. low-fat diet consumption on cardiometabolic risk factors in subjects with abnormal glucose metabolism: a systematic review and meta-analysis » Br J Nutr. 2014 Jun 28;111(12):2047-58.

6 « Association of nuts consumption with total and cause specific mortality »
New Engl J Med 2013 Nov 21 ;369(21) 2001-11

7 « Effects of daily almond consumption on cardiometabolic risk and abdominal adiposity in healthy adults with elevated LDL-cholesterol: a randomized controlled trial. »

J Am Heart Assoc. 2015 Jan 5;4(1):

8 « Effect of a moderate fat diet with and without avocados on lipoprotein particle number, size and subclasses in overweight and obese adults: a randomized, controlled trial »

J Am Heart Assoc. 2015 Jan 7;4(1)

9 « Low-Risk Diet and Lifestyle Habits in the Primary Prevention of Myocardial Infarction in Men : A Population-Based Prospective Cohort Study »

Journal of the american College of Cardiology, vol 64 Issue 13, 30 sept 2014 1299-1306

10 « Statins stimulate atherosclerosis and heart failure : pharmacological mechanisms »

Expert Rev Clin Pharmacol 2015 Mars : 8(2) :189-99

11 « How statistical deception created the appearance that statins are safe and effective in primary and secondary prévention of cardioovascular disease »

Expert Rev Clin Pharmacol 2015 Mar ; 8 (2) : 201-10

12 « Risk of incident diabètes with intensive-dose compared with moderate dose statin therapy : a méta-analyse »

Jama 2011 Juin 22 ; 305(24) ;2556-64

13 « Differing effect of statins on insulin sensitivity in non-diabetics: a systematic review and meta-analysis » Diabetes Res Clin Pract. 2010 Jan;87(1):98-10

14 « Are statins diabetogenic? » Curr Opin Cardiol. 2011 Jul;26(4):342-7

15 « Efficacy and safety of statin treatment for cardiovascular disease: a network meta-analysis of 170,255 patients from 76 randomized trials » QJM. 2011 Feb;104(2):109-24.

16 « The broad spectrum of statin myopathy: from myalgia to rhabdomyolysis »

Curr Opin Lipidol. 2007 Aug;18(4):401-8.

17 « Myopathy during statin therapy in the daily practice of an outpatient cardiology clinic: prevalence, predictors and relation with vitamin D » Curr Med Res Opin. 2012 Jul;28(7):1247-52

18 « Statin therapy induces ultrastructural damage in skeletal muscle in patients without myalgia » J Pathol. 2006 Sep;210(1):94-102.

19 « Managing the underestimated risk of statin-associated myopathy «

Int J Cardiol. 2012 Sep 6;159(3):169-76

20 « Psychiatric adverse réactions with statins, fibrates ; implications for the use of lipid-lowering agents » Drug Saf 2007 : 30 :195-201

21 « Randomized trial of the effects of simvastatin on cognitive functioning in hypercholesterolemic adults » Am J Med 2004 1 ;117 : 823-9

22 « Statin-associated adverse cognitive effects :Survey results from 171 patients »

Pharmacotherapy 2009 jul,29 :800-11

23 «  Does pravastatin promote cancer in elderly patients? A meta-analysis. » CMAJ 2007 Feb 27 ;176 :649-54

24 « Effect of the magnitude of lipid lowering on risk of elevated liver enzymes, rhabdomyolysis, and cancer: insights from large randomized statin trials »

J Am Coll Cardiol 2007 jul 31 ;31 :50 :409-18

25 « Long-term statin use and risk of ductal and lobular breast cancer among women 55 to 74 years of age. »

Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 2013 Sep : 22 :1529-37

26 « Statin use and association with colorectal cancer survival and risk: case control study with prescription data linkage »

BMC Cancer 2012, Oct 22 :12 :487

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