SIBO, partie 5 : Troubles digestifs et douleurs chroniques et si c’était l’hydrogène sulfureux (H2S)

Print Friendly, PDF & Email

Introduction

Nous avons vu que nous pouvons mieux comprendre l’origine de nos troubles digestifs en analysant les gaz respiratoires avec un appareil spécifique (test respiratoire au lactulose). Les gaz étudiés sont principalement l’hydrogène et le méthane. La présence et le niveau de ces gaz nous permettent de mieux cibler la prise en charge des fermentations intestinales. Il existe un troisième gaz de fermentation qui est l’hydrogène sulfureux. Les appareils actuels ne sont pas encore capables de le quantifier de façon précise. Heureusement, d’ici l’année prochaine, de nouveaux appareils de détection pourront mesurer ce gaz. Actuellement, on peut suspecter ce type de fermentation selon certains symptômes et par la présence d’une ligne plate au test respiratoire, car, par compétition, ce gaz empêche la production d’H2 ou de méthane. On s’intéresse de plus en plus au SIBO à H2S, car ce type de fermentation pourrait être responsable non seulement de troubles digestifs, mais également de douleurs chroniques articulaires ou plus générales (fibromyalgie). De plus, la prise en charge diététique est différente d’une approche SIBO classique.

Le rôle de l’hydrogène sulfureux (H2S)

L’hydrogène sulfureux est un gaz produit par notre organisme (voie endogène) ainsi que par des bactéries intestinales dites sulfato-réductase (SRB) (voie exogène). L’H2S produit par notre organisme est impliqué dans différentes fonctions biologiques : inflammation, stress oxydatif, protection de la muqueuse gastrique, neuromodulation, sécrétion hormonale, apoptose, etc. Toutefois, bien qu’il puisse avoir des effets favorables à faible concentration, ce gaz devient toxique à haute concentration, pouvant induire des dommages de notre ADN, altérer la fonction de diverses enzymes (cytochrome C oxydase, etc.) et perturber la motilité intestinale.

Le rôle des bactéries intestinales dans la production d’H2S

Diverses bactéries intestinales ont la capacité de produire de l’hydrogène sulfureux. La voie de production la plus classique implique les bactéries sulfato-réductases dont les espèces les plus connues sont le Désulfovibrio et la Biophila (transformation du sulfate en sulfite, puis en H2S). D’autres espèces de bactéries peuvent utiliser une voie non prépondérante pour produire de l’H2S telles que certains streptocoques, le fusobacterium, des salmonelles, certains enterobacters, l’helicobacter, etc. Ces bactéries peuvent produire de l’H2S depuis la L cysteine par l’activité de la cysteine desulfhydrase.

La production excessive de bactéries dites SRB (sulfate-reducing bacteria), est associée à diverses conditions inflammatoires, ainsi qu’à l’obésité, à des maladies inflammatoires de l’intestin, à la parodontose ainsi qu’au syndrome métabolique, etc. Par exemple, on sait que dans la colite ulcéreuse, la consommation de viande et une diète riche en aliments soufrés sont accompagnées d’une augmentation des risques de rechute. Dans cette maladie, on comprend mieux l’intérêt du médicament 5 amino-salicylate en raison de sa capacité à inhiber les bactéries SRB et réduire la production d’H2S. Dans le colon irritable, des analyses d’ADN des selles montrent que dans la majorité des colons irritables avec constipation, on retrouve une augmentation importante des bactéries SRB, 10x plus que chez les personnes en bonne santé.

Les symptômes liés à une fermentation à l’excès d’H2S

Certains symptômes peuvent évoquer des fermentations bactériennes avec H2S :

  • Éructation ou flatulence d’œuf pourri (pas toujours)
  • Nausées
  • Diarrhées (SIBO)
  • Constipation (au niveau du colon)
  • Douleur de la vessie
  • Douleurs articulaires et du corps
  • Paresthésies

Comment diagnostiquer une production excessive de l’H2S au niveau intestinal

Dans le SIBO, c’est le test respiratoire au lactulose qui donne une indication indirecte d’une fermentation d’H2S en montrant une absence de fermentation durant tout l’enregistrement (flat lining lactulose breath test). Très récemment, des tests respiratoires pour l’hydrogène sulfureux ont été mis au point aux USA, mais ils ne seront pas commercialisés avant la fin 2018. Des analyses du microbiote par PCR des selles (microbiome) peuvent permettre de mettre en évidence une prépondérance de bactéries SRB (Desulfovibrio piger, Bilophila wadsworthia). Toutefois, il n’est pas possible de différencier une fermentation au niveau du colon ou de l’intestin grêle.

Les facteurs diététiques qui peuvent aggraver une fermentation d’hydrogène sulfureux

Il peut être important de déterminer la présence de H2S dans un SIBO, car la prise en charge classique du SIBO par une diète de type FODMAP peut aggraver ce type de fermentation. En effet, certains comportements alimentaires peuvent aggraver la situation comme :

  • Une alimentation riche en produits animaux (lait, œufs) et viandes
  • Une diète faible en FODMAP
  • Des aliments riches en produits soufrés tels que les végétaux brassica (oignon, ail, brocoli, chou-fleur, kalé, etc.) Toutefois la consommation de crucifères semble réduire les bactéries SRB. On peut essayer quelques semaines de les réduire pour voir si ça aide, mais on les réintroduit dès qu’on peut.
  • Les conservants contenant des produits soufrés comme les sulfites
  • Le carageenan (émulsifiant)

Le problème, c’est que lors de mise en place d’une diète FODMAP ou d’une diète SIBO, on a tendance à augmenter la consommation de gras et de protéines afin de compenser la réduction des carbohydrates. Toutefois, dans certains cas, une diète riche en graisses saturées peut favoriser une dysbiose et augmenter les bactéries SRB comme le Bilophila wadsworthia. D’autre part, une diète riche en produits animaux montre 15x plus de production d’H2S comparée à une diète végétarienne. De plus, si la production d’H2S favorise une prolifération des cellules de la muqueuse du colon et diminue la capacité de détoxification de la muqueuse, le switch d’une alimentation riche en produits animaux en une alimentation riche en fibres permet dans les 2 semaines de réduire la prolifération des cellules de la muqueuse.

Lors d’un SIBO avec hydrogène sulfureux, il faut envisager une diète pauvre en aliments soufrés en évitant :

  • Le lait entier
  • Les fromages
  • Les oeufs de poule
  • Les viandes (surtout viandes rouges)
  • Les crucifères
  • Les préservatifs contenant des sulfites (vin, fruits secs, etc.)
  • Ail, oignon, radis

Dans un premier temps, il est conseillé d’aller vers une diète de type végane

Une diète pauvre en FODMAP semble être peu efficace. Une approche végane d’un SIBO à H2S semble donc plus efficace et cohérente. Cette diète sans produits animaux doit durer d’un à 3 mois. Puis, après cette période, on peut commencer à réintroduire du poulet et du poisson en faisant toujours attention aux aliments riches en soufre. La réintroduction des crucifères doit se faire dès que possible, ainsi que la réintroduction progressive de certains aliments prébiotiques (GOS). Ici également, les personnes désireuses d’être accompagnées dans cette diète particulière peuvent le faire online par Karine D’oro (www.karinedoro.com).

Les produits permettant une réduction de l’Hydrogène sulfureux

Il existe des stratégies particulières permettant de réduire les fermentations bactériennes provoquant l’hydrogène sulfureux. Nous avons vu qu’il est nécessaire de suivre pendant au moins 4 à 5 semaines une diète pauvre en aliments soufrés, en réduisant certains aliments décrits ci-dessus. Il est également conseillé d’éviter des compléments alimentaires contenant du soufre (acide lipoïque, glutathion, méthionine, N acetyl Cystéine, ail, le chardon Marie, etc.) ainsi que des conservants (sulfites).

Les produits antimicrobiens

Les bactéries Desulfovibrio sont des grams négatifs donc assez sensibles à de nombreux produits antimicrobiens. Toutefois, certains produits utilisés dans le SIBO peuvent contenir du soufre, tels que la Berbérine sulfate. Attention également aux dérivés d’ail (allicine) et aux produits cholagogues. Beaucoup de bactéries SRB sont résistantes aux antibiotiques à large spectre et même peuvent augmenter ces bactéries. Selon le Prof. Pimentel, la Rifaximin serait efficace contre le SIBO à hydrogène sulfureux.

Les produits conseillés sont :

  • L’HE d’Origan à haute dose.

Par exemple, si on prend ADP Biotics, le traitement sera de 5 tabs 3 x par jour pendant 10 jours puis 3 tabs 3 x par jour pendant 20 jours.

  • Le Bismuth:

Le traitement le plus recommandé reste le Bismuth à la dose de 2 gr par jour en répartissant sur 2 à 3 x par jour pendant 2 à 4 semaines. On peut se faire faire une préparation en pharmacie ou prendre des préparations apportant 2 gr de Bismuth.

Par exemple : Biofilm phase 2 advanced 10 cp par jour ou d’autres marques telles que PeptoBismol ou ThornePepti-Guard 8 cp/jour.

Le bismuth peut se lier à l’H2S et l’éliminer permettant de retrouver souvent un transit normal qui était réduit par les bactéries SRB.

Autres produits conseillés :

  • Certains probiotiques comme le Lactobacillus plantarum (Lp-8), une dose de 60 milliards est conseillée pendant 4 semaines. Ce probiotique amène une nette réduction du desulvibrio et une augmentation des bifidobacteries, des IgA et SCFAs.
  • L’acétate de zinc permet de réduire la production d’H2S
  • Certains prébiotiques tels que les GOS (galacto-oligosaccharides) permettent de diminuer les taux de E. coli et de desulfovibrio en augmentant les bifidobactéries, l’activité des NK et des cytokines anti-inflammatoires. Attention de ne pas les introduire trop tôt dans la diète SIBO, car ils peuvent augmenter les symptômes digestifs lors des premières semaines.

Dr A. D’oro

Le SIBO, quand vos problèmes de santé viennent de l’intestin grêle, Partie 1 : Comprendre et diagnostiquer

Le SIBO, quand vos problèmes de santé viennent de l’intestin grêle Partie 2 : La prise en charge

Le SIBO, Partie 3 : Empêcher la récidive, la partie souvent oubliée

Le SIBO, Partie 4 : Intolérance à l’histamine

 

 

 

Dr. A. D'Oro

Dr. A. D'Oro

Consultations en Micronutrition et Alimentation Santé, site: www.plomed.ch, Email: secretairedoro@gmail.com,Tel: +41.22.301.63.38, 

  2 comments for “SIBO, partie 5 : Troubles digestifs et douleurs chroniques et si c’était l’hydrogène sulfureux (H2S)

  1. Rebecca
    23 novembre 2018 at 14 h 29 min

    Bonjour,

    Merci pour cet article qui apporte des informations des plus importantes.
    Je pense souffrir d’un SIBO avancé (douleurs digestifs et intestinales) ayant pour conséquence majeure une contracture musculaire quasi permanente du bras droit lorsque j’effectue un geste. Un relâchement éphémère se fait sentir lorsque je prends du 2Fucosyllactose
    Est ce que le test respiratoire pour l’hydrogène sulfureux sera également commercialisé fin 2018 en France ? Est ce que ce dernier doit être réalisé dans un laboratoire médical ?
    Ou pourrais-je me le procurer ?

    En vous remerciant !
    Bien à vous
    Rebecca

    • Dr. A. D'Oro
      27 novembre 2018 at 0 h 22 min

      Bonjour,

      Je ne peux vous répondre clairement sur la commercialisation des tests respiratoires intégrant l’hydrogène sulfureux.
      J’ai parlé avec un labo à Genève qui espère s’équiper avec un de ces appareils d’ici l’année prochaine mais je sais pas quand.
      En attendant, un test respiratoire au lactulose avec un bon appareil avec des enregistrements sur 3 h peut faire suspecter une
      fermentation à hydrogène sulfureux si la courbe reste plate car l’H2S absorbe les autres gaz.

      Sincèrement

      Dr A. D’oro

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.