Approche des troubles digestifs en Micronutrition

Print Friendly, PDF & Email

Mise-à-jour 2017!

Troubles digestifs, Partie 1 : Le microbiote sous la loupe

Troubles digestifs, Partie 2 : Approche naturelle et holistique

Introduction

Les troubles digestifs représentent probablement une des plaintes les plus fréquentes. Les manifestations cliniques et les symptômes sont variées : ballonnements, flatulences, colites, régurgitations acides, éructations, selles défaites, liquides ou  dures.

L’approche médicale classique

Après avoir exclu une pathologie organique ou métabolique, l’approche médicale reste le plus souvent simple voir réductionniste. Généralement le patient ressort de chez le médecin avec le diagnostique d’un colon irritable et une prescription de certains médicaments : laxatifs ou mucilages lors de constipation, antispasmodiques lors de colites ou antiacides lors de brûlures ou remontées acides.

Flore intestinale et système immunitaire

En micronutrition nous attachons une importance particulière au maintient de l’équilibre de la flore intestinale.

Chaque être humain possède une flore intestinale qui lui est propre puisqu’elle s’est mise en place dès la naissance et s’est progressivement modifiée en fonction des contacts personnels avec le monde extérieur. Chacun de nous trouvent ainsi un équilibre intestinal qui lui est propre.

Lorsque nous sommes en bonne santé, notre écosystème intestinal est composé en majorité d’une flore amie ou commensale (lactobacilles, bifidobactéries, etc…). C’est la présence majoritaire de ces bonnes bactéries qui va assurer l’élimination de nombreuses toxines et dérivés métaboliques, la formation de vitamines (groupe B et vitamine K) ainsi que le maintien d’un bon système immunitaire.

Malheureusement l’équilibre de notre flore intestinale peut être rompu et lors de diverses circonstances on peut assister à une destruction de nos bonnes bactéries ou au contraire avoir une prolifération anormale de bactéries opportunistes.

La dysbiose

Tout déséquilibre de la flore intestinale est qualifié de dysbiose. Plusieurs facteurs sont responsables de dysbiose intestinale :

Une alimentation déséquilibrée

  • Des aliments trop riches en sucre : sucreries, boissons sucrées, pains, pâtes, biscuits favorisent la prolifération de bactéries de fermentation, et s’accompagnent parfois par une prolifération de levures qui utilisent le même matériel.
  • Une alimentation trop riche en protéine peut également favoriser une prolifération de bactéries de putréfaction.
  • Une alimentation pauvre en fibres, comme c’est le cas dans une alimentation occidentale riche en produits raffinés, appauvri notre bonne flore intestinale laissant proliférer d’autres espèces.

Des repas trop vite mangés

Une absence de mastication lors des repas représente une cause fréquente de dysbiose par prolifération d’une flore de putréfaction ou de fermentation. Apprendre à manger lentement en mastiquant correctement est indispensable pour une bonne digestion.

 La prise de certains médicaments

  • Les antibiotiques à large spectre sont une des causes les plus fréquentes d’une destruction plus ou moins importantes de la flore intestinale. Les dégâts occasionnés au niveau de la flore intestinale sont nombreux et vont de la diarrhée aux  troubles intestinaux divers. Ces troubles peuvent disparaitre rapidement mais dans certains cas, une dysbiose peut s’installer pendant des nombreuses années.
  • La prescription d’antiacides de plus en plus fréquente peut être également responsable d’un déséquilibre de la flore intestinale. En effet l’acidité gastrique a un rôle important sur la destruction des germes du bol alimentaire et  sur l’activation des enzymes digestifs de l’estomac. La prise d’antiacides interfère avec ces fonctions permettant ainsi le développement d’une dysbiose de putréfaction. Ce problème devient d’autant plus alarmant que de plus en plus de personnes se retrouvent sous antiacides au long cours.
  • La liste des médicaments perturbant la flore intestinale sont nombreux comprenant entre autres les anti-inflammatoires, la cortisone, la chimiothérapie etc…

Une mauvaise gestion du stress

Il ne faut pas négliger l’influence du stress sur les troubles digestifs. En effet, la partie émotionnelle de notre cerveau (le système limbique) est en connexion étroite avec notre intestin via de nombreuses connexionx (système nerveux autonome, neuropeptides etc..). Lors d’un stress chronique ou lors d’états émotionnels mal gérés, on assiste fréquemment à une  perturbation de la flore intestinale pouvant provoquer une dysbiose intestinale. Dés lors, la gestion de ces états de stress est indispensable pour espérer améliorer ces troubles digestifs. La cohérence cardiaque et la pratique de la méditation de pleine conscience apportent de bons résultats.

L’intolérance au lactose

L’intolérance au lactose (sucre du lait) peut également altérer le système digestif. Cette intolérance assez fréquente est responsable de nombreuses manifestations cliniques désagréables : diarrhées, selles défaites, crampes, ballonnements. Ces symptômes se manifestent généralement 30 minutes à 2 heures après un repas. L’importance des symptômes varie selon l’importance du déficit en lactase (enzyme de digestion du lactose) et de la quantité de lactose ingéré. Cette intolérance peut être d’origine congénitale (génétique) ou acquise. Sa  fréquence augmente avec l’âge.

La prise en charge consiste à réduire ou exclure les produits contenant du lactose et d’observer si les symptômes s’améliorent. L’exclusion du lactose nécessite de lire attentivement les étiquettes des aliments ou médicaments car le lactose est fréquemment utilisé comme conservateur. Il existe heureusement des laits et yaourts sans lactose. A noter que les fromages à pâte dure (par exemple le gruyère) n’en contiennent pas.

Les intolérances alimentaires et les allergies

Il existe également des intolérances à divers aliments souvent dues à une réaction immunitaire en relation avec une hyperperméabilité intestinale. Cette hyperperméabilité est souvent la conséquence d’une inflammation de la muqueuse intestinale due à des facteurs divers.

Dans ce cas, ces intolérances alimentaires sont dues à des réactions d’allergies retardées. Il ne s’agit pas dans ce cas d’une allergie classique caractérisée par la présence d’IgE, induisant la libération de facteurs de l’inflammation comme l’histamine et qui sont à l’origine de pathologies de type aigues avec manifestation immédiate (quelques minutes à quelques heures). Les intolérances alimentaires sont plutôt responsables de pathologies de type subaigües avec manifestations retardées.

Ces intolérances sont  fréquentes et se développent au fur et à mesure de la vie d’un individu et souvent de façon spontanée. Ce qui rend l’appréciation difficile est que les symptômes d’une intolérance alimentaire sont, contrairement à l’allergie, extrêmement variés, et peuvent même ressembler à ceux d’une allergie ou se manifester   seulement des heures ou des journées après l’ingestion des aliments.

Sur le plan clinique, les intolérances peuvent se manifester de façon diverses telles que : troubles respiratoires  (rhinite, sinusite, asthme, otite, maux de gorge, toux, enrouement), troubles digestifs (vomissements, ballonnements, crampes, nausées,  constipation, diarrhée, etc…), troubles cutanés (urticaire, eczéma, acné, psoriasis, démangeaisons), troubles nerveux (migraine, vertiges, troubles de la concentration, somnolence, dépression, hyperactivité) ou troubles articulaires  (douleurs articulaires, musculaires, faiblesse, fibromyalgie, crampes).

L’intolérance au gluten et maladie coeliaque

Une des intolérances la plus médiatisées est l’intolérance au gluten. Toutefois dans ce cas la situation est plus complexe qu’on le croit. De nombreuses personnes se plaignent de troubles digestifs lors de l’ingestion de gluten (protéine du blé).

Toutefois il est important de différencier entre la maladie coeliaque, l’intolérance au gluten et la sensibilité au gluten. En effet, une maladie coeliaque est une maladie auto-immune qui entraine une destruction progressive de la muqueuse intestinale pouvant entrainer un syndrome de malabsorption avec des conséquences importantes pour la santé.

A contrario, une intolérance au gluten est due à une augmentation des anticorps (IgG) contre le gluten responsable de troubles divers toutefois sans réaction auto-immune destructrice sur la paroi de l’intestin. Cette intolérance peut toutefois être responsable de troubles digestifs divers ainsi que de plaintes extra-digestives (fatigue, douleurs articulaires, céphalées etc.).

La sensibilité au gluten correspond plutôt à une difficulté de bien digérer le gluten avec diverses manifestations digestives toutefois sans réaction immunitaire contre le gluten. Il n’y a pas de marqueurs sanguins permettant d’affirmer ce diagnostic, seul un régime d’exclusion de quelques semaines permet de se rende compte si l’on se sent mieux sur le plan digestif. Ces manifestations peuvent être expliquées par les modifications génétiques des nouveaux blés qui semblent être plus difficile à digérer que des blés anciens. On peut par exemple se tourner vers un blé ancestral comme l’épeautre.

La consultation en micronutrition

Lors d’une consultation, le médecin micro nutritionniste évalue avec le patient les divers troubles digestifs dont il souffre. Généralement, les troubles sont souvent intriqués d’où la difficulté à poser un diagnostic précis. Il est donc nécessaire de s’inspirer de certaines caractéristiques cliniques pour retenir une hypothèse. Parmi les hypothèses les plus fréquentes on retient :

  • L’intolérance au lactose : caractérisée par des selles molles ou des diarrhées à caractère explosif.
  • Une dysbiose de putréfaction ou de fermentation dont les caractéristiques cliniques sont différentes. L’expression clinique d’un excès de bactéries de fermentation peut se manifester surtout par des ballonnements et des  flatulences souvent peu odorantes. Alors qu’un excès de bactéries de putréfaction entraine des flatulences odorantes, une haleine fétide, des selles défaites ou une constipation.
  • Une candidose intestinale peut revêtir des symptômes très divers parmi les plus fréquents on trouve les ballonnements, la compulsion au sucre et un état de fatigue chronique.
  • Des intolérances alimentaires dont l’expression clinique reste très variées pouvant également être responsables de tableaux extra-digestifs divers (tendinites répétitive, migraine, eczéma etc…)
  • Une irritation de l’intestin en relation avec des aliments irritants (aliments crus divers) ou fermentant (chou, oignon etc..) mal supportés. Souvent ces réactions alimentaires sont dues à l’existence au préalable d’une inflammation de l’intestin.  Lorsque l’intestin va mieux souvent ces aliments sont de nouveau mieux tolérés. Très souvent une diète consistant à réduire les sucres fermentescibles appelés FODMAP suivie d’une réintroduction permet de grandement améliorer ces symptômes.
  • Un problème de digestion due à une insuffisance enzymatique d’origine gastrique, hépatobiliaire ou pancréatique.  On retrouve par exemple chez les personnes âgées une diminution de la sécrétion d’acide chlorhydrique par l’estomac pouvant se manifester par une digestion lente avec sensation de lourdeur, de ballonnements voir même de douleurs gastriques (accompagnées de reflux gastro oesophagien -RGO) avec impression de brûlures. Il est quelquefois difficile de différencier une gastrite par excès de sécrétion acides ou d’une gastrite atrophique par manque d’acide. Un test souvent proposé est de prendre le matin à jeun un peu de vinaigre de cidre, en cas d’hypochlorhydrie les symptômes s’améliorent.
  • Les conséquences d’un état de stress nerveux important.

Outre les différentes hypothèses reliées à des tableaux cliniques définis, le médecin micronutritionniste dispose d’autres outils diagnostiques :

  • Des tests sanguins et respiratoires pour l’intolérance au lactose. Une autre méthode consiste à supprimer le lactose de son alimentation pendant 2 à 3 semaines et d’observer si cela conduit ou non à une amélioration.
  • Des examens sanguins pour les d’intolérances alimentaires (10, 25, 50 ou 100 aliments testés) qui permettent de mettre en évidence des intolérances spécifiques à certains aliments. La découverte de nombreuses intolérances alimentaires est souvent le reflet d’une inflammation de la muqueuse intestinal associée à une hyperperméabilité intestinale.
  • Des examens de la flore intestinale qui permettent de mettre en évidence une flore perturbée de putréfaction ou de confirmer une candidose intestinale.

2 histoires différentes

 Pour mieux illustrer la variété des troubles digestifs ainsi que la complexité de leur prise en charge, voici trois cas cliniques.

CAS n°1 : Jeune femme âgée de 29 ans

Plaintes Etat de fatigue, céphalées fréquentes, problèmes de peau (démangeaisons, antécédent d’eczéma) ainsi qu’épisodes de sinusites à répétition. Sur le plan digestif elle présente peu de symptômes à part des ballonnements prédominants le soir.
Tests et Examens
  1. L’analyse du profil alimentaire montre un excès de sucre (pâtes, pizza, viennoiseries, etc…)
  2. L’analyse de facteurs psychosociaux montre essentiellement un état de stress important en relation avec des exigences professionnelles difficiles à assumer.
  3. L’examen de la flore intestinale ne montre pas de putréfaction ou de candidose intestinale.
  4. L’examen des intolérances alimentaires met en évidence une forte augmentation des anticorps IgG contre le gluten et les œufs et dans une moindre mesure contre les produits laitiers.
  5. Des dosages spécifiques ont permis d’exclure une maladie coeliaque.
Prescription et Prise en charge
  1. Rééducation à la mastication, exclusion du gluten et des œufs et une forte réduction des produits laitiers.
  2. Une supplémentation ciblée mise en place permettant la cicatrisation de la muqueuse intestinale (L-glutamine, zinc, curcuma, probiotique).
  3. Après 3 mois de traitement : disparition des céphalées et des démangeaisons, amélioration de l’état de fatigue. Absence de sinusite durant l’hiver qui  suivi.

Ce cas est intéressant car il démontre l’importance des troubles non digestifs lors de problème d’intolérance alimentaire.

CAS n°2 : Femme de 36 ans

Plaintes Ballonnements 2 à 3 heures après les repas, douleurs épigastriques sans brûlures, flatulences odorantes et selles défaites quelques fois liquides.Egalement des symptômes non digestifs : troubles du sommeil avec réveil fréquent, crises d’angoisse, lombalgies fréquentes.
Tests et Examens
  1. L’analyse du mode alimentaire met en évidence une alimentation excessivement sucrée.
  2. Sur le plan psychologique, la patiente présente un conflit de couple mal géré.
  3. Le test au lactose est négatif.
  4. Intolérances alimentaires multiples (produits laitiers, œufs, gluten, etc…) qui sont une indication d’un leaky gut (hyperperméabilité intestinale).
  5. Le test de maladie coeliake est négatif.
  6. Présence d’une flore intestinale perturbée de putréfaction ainsi qu’une candidose intestinale.
Prescription et prise en charge
  1. Une première phase avec exclusion par étapes des intolérances alimentaires associée à une nette réduction des glucides avec une alimentation saine s’inspirant du modèle crétois.
  2. Au niveau psychologique, la patiente a bénéficié d’une prise en charge lui permettant de clarifier son conflit relationnel.
  3. Sur le plan médical et micronutritionnel elle a bénéficier dans un premier temps d’une cicatrisation de la muqueuse intestinale (L-glutamine, zinc, curcuma, etc…) et d’une optimisation de la flore intestinale (probiotiques).

En quelques mois on assiste à une amélioration à tous les niveaux.

Ce cas clinique est intéressant pour plusieurs raisons :

  • On retrouve une situation complexe associant une dysbiose intestinale, des intolérances alimentaires et une candidose intestinale. Ces situations intriquées sont fréquentes car chaque perturbation peut favoriser l’installation d’une autre.
  • On retrouve aussi des facteurs environnementaux perturbants classiques que sont la présence d’une alimentation déséquilibrée souvent riche en sucres rapides, associés fréquemment à des repas pris rapidement et mal mastiqués.
  • Un état de stress est fréquemment retrouvé dont le rôle perturbant sur l’intestin est bien documenté.

Il est important de bien comprendre qu’avant toute prise en charge micronutritionnelle, la qualité de l’alimentation doit être améliorée. A cela, il est souvent nécessaire d’associer une rééducation à la mastication. La résolution des conflits émotionnels et la gestion du stress restent des éléments essentiels pour retrouver un bien-être digestif.

En conclusion, une prise en charge réussie des troubles digestifs nécessite quelquefois une remise en question complète de nos modes de vie. L’engagement sincère de la personne traitée reste la pierre angulaire de la réussite du traitement. L’échec est fréquemment constaté lorsque les personnes reste dans une attitude passive attendant du médecin la prescription de produits miracles.

Dr Antonello D’Oro et Karine D’Oro

 

 

  87 comments for “Approche des troubles digestifs en Micronutrition

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.